Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Gand (suite)

Les liaisons terrestres sont au moins aussi importantes. Gand est un grand carrefour ferroviaire, un bon carrefour autoroutier (Ostende-Bruxelles, Bruxelles-Ruhr et Anvers-Lille-Paris), mais c’est la voie d’eau qui joue le rôle principal. Le trafic fluvial est supérieur au trafic maritime (11,5 Mt en 1969). Par le canal de Terneuzen et les eaux néerlandaises, Gand est un port rhénan (plus de 2 Mt) et entretient des relations fluviales avec les ports des Pays-Bas. Vers le sud, la Lys et l’Escaut ouvrent un vaste hinterland vers la Flandre, le Hainaut et une grande partie du Nord français ; mais ces voies sont encore insuffisamment aménagées : elles ne dépassent pratiquement pas le gabarit de 600 t (souvent au-dessous), tant à cause de la politique belge, qui tend à favoriser plutôt les relations vers Anvers, que de la politique française, qui hésite à ouvrir les frontières, Gand étant un concurrent de Dunkerque.

Le trafic portuaire a fait un bond en 1969 ; les quelque 10 Mt s’équilibrent assez bien entre sorties et entrées ; l’essentiel est formé par du vrac en liaison avec la zone industrielle du port : minerais, charbon, phosphates, textiles à l’entrée ; produits métallurgiques et hydrocarbures raffinés à la sortie.


Les fonctions industrielles

Plus de la moitié des actifs travaillent dans l’industrie ; c’est le taux le plus élevé des agglomérations belges et c’est assez exceptionnel pour un port. Gand a connu une succession de phases industrielles. C’est le foyer traditionnel de l’industrie textile belge : ville drapante, ce n’est pas un hasard si le Gantois Van Artevelde s’est soulevé contre l’arrêt de l’importation des laines anglaises ; au xive s., le lin se fixe le long de la Lys et essentiellement à Gand ; le xixe s. reprend la tradition : Lieven Bauwens (1769-1822) introduit secrètement une mule-jenny anglaise, et Gand devient le grand centre cotonnier belge ; l’ouverture du canal, par lequel on peut importer le coton, renforce cette position. Après la Première Guerre mondiale, on travaille le lin, le jute, le chanvre et l’on dénombre 1 million de broches et 19 000 métiers pour le coton, puis vient une période difficile : près de 26 000 chômeurs en 1952. Le textile s’est défendu par des regroupements : l’UCO (Union cotonnière) emploie près de 7 000 personnes ; les textiles chimiques se sont implantés ; les usines ont eu tendance à venir s’installer au nord, près du port. Mais le textile a perdu sa prépondérance et n’occupe plus que le quart de la main-d’œuvre industrielle.

De la fin du xixe s. à 1960, des industries liées au port s’implantent sur la rive gauche (ouest) du canal. Autour d’une centrale électrique s’installent une papeterie, des usines de chimie minérale, d’électrochimie et électrométallurgie, de métallurgie des non-ferreux ; on y fabrique de l’acide sulfurique, de l’ammoniac, des engrais, des huiles, des ferro-alliages, du carbure de calcium, des dérivés du titane. La rive gauche occupe 6 000 personnes.

En 1960, commence une nouvelle phase d’industrialisation, liée à l’agrandissement du canal et à la nécessité d’une reconversion : les terrains sont classés en « zone de développement ». Presque toute la rive droite (est) du canal est transformée en zone industrielle. La sidérurgie s’établit à partir de 1962, sur près de 2 000 ha : en 1970, Sidmar a une production de près de 2 Mt d’acier. S’est installée également une deuxième centrale électrique avec trois groupes de 138 MW et un quatrième groupe prévu pour 1974. Une raffinerie de pétrole d’une capacité de 5 Mt (Texaco) est entrée en service en 1968 ; elle est ravitaillée en brut par Zeebrugge, mais exporte par le canal des produits raffinés. Volvo a construit une usine de montage d’automobiles (25 000 véhicules par an, et l’on envisage 50 000 véhicules pour 1975) ; trois navires roll on-roll off font une rotation pour les pièces détachées entre les usines suédoises, anglaises et belges. À côté d’autres industries, comme la transformation des plastiques, il faut noter une grande activité d’entrepôt : coke de pétrole, phosphates, céréales. En 1970, ces industries de la rive droite occupent 6 500 personnes, et 1 200 nouveaux hectares sont disponibles (une forte industrialisation se produit aussi le long de la partie néerlandaise du canal).

Ce succès s’explique par la coexistence de puissants moyens de transports, par la présence de milliers d’hectares plats, bien remblayés, de l’eau, des centrales électriques, d’une main-d’œuvre abondante et sous-employée (cette main-d’œuvre, qui reste dans son ancien habitat, se déplace chaque jour). Mais le poids intellectuel de la ville a joué fortement : celle-ci possède un nombre impressionnant de monuments, de musées, de nombreuses écoles, une université, six théâtres, un Opéra ; des manifestations artistiques (par exemple les Floralies) s’y ajoutent.

Après la crise textile et l’enclavement dû au gabarit du canal, Gand reprend une place que la situation maritime actuelle de la Belgique devrait encore valoriser dans les prochaines années.

A. G.

➙ Belgique / Escaut / Flandre.

 V. Fris, Histoire de Gand depuis les origines (Van Oest, Bruxelles, 1913 ; 2e éd., 1930). / H. Van Werveke, Gand, esquisse d’histoire sociale (la Renaissance du livre, Bruxelles, 1946) ; Jacques Van Artevelde (la Renaissance du livre, Bruxelles, 1946). / Gand, Guide illustré, préfacé par M. Pirenne (Gand, 1949). / A. Rousseau, Gand, Bruges et leurs environs (Hachette, 1950). / M. E. Dumont, Gent. Een stedenaarderijkskundige Studie (Bruges, 1951 ; 2 vol.). / M. Rousseau, la Curieuse Histoire de quelques forains et des foires de Gand (Éd. Stella, Gand, 1960). / S. Chantal, Gand et la Flandre orientale (Gand, 1963). / P. de Keyser, Gand (Dessart, Bruxelles, 1963).


Gand, ville d’art

Puissante et riche depuis la fin du xiie s., Gand étendait son rayonnement artistique à toutes les villes de Flandre. Si les guerres et les excès iconoclastes dispersèrent ou anéantirent au xvie s. beaucoup de ses œuvres d’art, elle défendit jalousement le chef-d’œuvre de Jan Van Eyck*, le polyptyque de l’Agneau mystique, conservé à la cathédrale Saint-Bavon. Ce premier monument de la peinture flamande au xve s., somme de toute la science iconographique du Moyen Âge et symbole de l’humanisme nordique, créa à Gand un centre d’attraction culturel pendant plus de deux siècles. En 1604, l’historien d’art Carel Van Mander (1548-1606) nous dit que les peintres affluent à Gand et qu’on peut difficilement approcher l’œuvre aux jours de fête.