Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

gallicanisme (suite)

Le second, se référant au concile œcuménique de Constance, proclamait la supériorité du concile général sur le pape. Le troisième fondait sur les traditions et les constitutions particulières au royaume de France l’autonomie et l’originalité de cette Église face au pouvoir pontifical. Le quatrième ne faisait que tirer des conséquences pratiques de la théorie conciliaire énoncée dans le deuxième article.

En fait, la Déclaration de 1682 ne présentait aucune innovation par rapport à l’avis doctrinal de la Sorbonne de 1663. Elle prenait une importance particulière du fait d’être présentée officiellement, car un édit royal l’érigeait en loi le 22 mars 1682.

Que penser de la sincérité de cette déclaration ? Il semble peu douteux, selon les meilleurs historiens, que, laissés à eux-mêmes, les prélats eussent préféré garder le silence, ne serait-ce que par opportunité. Quant au fond doctrinal, nombreux étaient-ils, même parmi ceux qui n’étaient pas partisans de sa proclamation, qui le croyaient vrai.

L’unanimité se fit sur le premier article ; les répugnances eurent pour objet les trois derniers, envers lesquels les critiques furent nombreuses. Personne, par contre, ne mit en doute l’absolue indépendance du roi dans les affaires temporelles. La Sorbonne, également, parfaitement d’accord sur le premier article, enregistra difficilement la déclaration parce qu’elle mesurait au chef de l’Église l’autorité dans le domaine spirituel.

Rome, par prudence, réagit fermement mais sans violence. Innocent XI condamna les décisions prises à propos de la régale. De plus, il rédigea un bref, proclamant la nullité de la Déclaration de 1682. Il fut publié par son successeur, Alexandre VIII (1689-1691). Sous le pontificat d’Innocent XII (1691-1700), la pression des événements politiques (guerres contre l’Europe) amena Louis XIV à assouplir sa position et les évêques à se rétracter, au moins pour la forme.

La doctrine gallicane subsista cependant en France jusqu’au xixe s., soutenue principalement au xviiie s. par le parlement ; elle culmina avec la Constitution civile du clergé, au moment de la Révolution, et avec les articles organiques annexés, par la volonté de Bonaparte, au Concordat de 1801. Paradoxalement, en asservissant les libertés de l’Église de France à l’absolutisme gouvernemental, le Concordat permit à la papauté de reprendre, sur le plan doctrinal et disciplinaire, le contrôle du clergé, contrôle qui fut définitivement assuré lorsque la séparation de l’Église et de l’État (1905) fit éclater les restes d’un gallicanisme depuis longtemps touché à mort par un ultramontanisme dont l’expression la plus éclatante avait été la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale en 1872.

P. P. et P. R.

➙ Bossuet / Catholicisme / Concile / Église catholique ou romaine / France / Louis XIV.

 V. Martin, les Origines du gallicanisme (Bloud et Gay, 1939 ; 2 vol.). / J. Orcibal, Louis XIV contre Innocent XI. Les appels au futur concile de 1688 (Vrin, 1949). / A. G. Martimort, le Gallicanisme de Bossuet (Éd. du Cerf, 1953). / P. Blet, le Clergé de France et la monarchie. Études sur les assemblées générales du clergé de 1615 à 1666 (Presses de l’Université grégorienne, Rome, 1960 ; 2 vol.). / R. Taveneaux, Jansénisme et politique (A. Colin, coll. « U », 1965).

Gallieni (Joseph)

Maréchal de France (Saint-Béat, Haute-Garonne, 1849 - Versailles 1916).


Son père avait abandonné la nationalité italienne pour servir dans l’armée française ; aussi le jeune Joseph fut-il élève du Prytanée militaire de La Flèche avant d’être admis à Saint-Cyr en 1868. Deux ans plus tard, ayant choisi l’infanterie de marine, il rejoint la division du général de Vassoigne, celle qui apporta un peu de gloire à la journée de Sedan par sa magnifique défense de Bazeilles. Blessé à la tête, fait prisonnier, Gallieni revint en France et embarqua pour la Réunion. Ainsi commençait une carrière coloniale qui devait durer trente-cinq ans.

Tout faisait alors une existence périlleuse de la vocation de marsouin : l’hostilité des populations, la rigueur du climat, les servitudes résultant de l’éloignement de la France et de l’indigence des moyens de liaison. L’absence de crédits, de cartes, d’équipements appropriés transformait la moindre entreprise en une aventure pleine de risques : par trois fois Gallieni allait la tenter et en faire une grande œuvre de conquête et de pacification. Ce fut d’abord au Soudan, où il fut appelé à prolonger l’action de Faidherbe. Il y négocia en 1881, comme capitaine, un traité d’alliance avec Ahmadou, qui l’avait cependant retenu prisonnier plusieurs mois. Devenu lieutenant-colonel et commandant supérieur, il consolide l’implantation française au Soudan par un traité avec Samory. Après une dizaine d’années en Afrique noire, en 1893, le colonel Gallieni commande au Tonkin le deuxième territoire militaire, qui bordait la frontière chinoise et dont Lang Son marquait le centre de gravité. C’est là qu’il fait la connaissance du commandant Lyautey. De 1894 à 1895, il leur fallut mener une série d’opérations pour venir à bout d’un banditisme d’autant plus virulent que les bandes rebelles trouvaient dans la jungle montagneuse un terrain favorable et qu’elles pouvaient écouler en Chine le produit de leurs rapines.

De septembre 1896 à mai 1905, Gallieni est enfin résident général à Madagascar avec la mission de faire entrer dans les faits le traité de protectorat qu’avait signé le général Duchesne en 1895. Il fallut donc mettre fin à l’hostilité de la reine Ranavalona et de son entourage, réduire à l’impuissance les tribus dissidentes, puis entamer la pacification et la mise en valeur. La réussite fut éclatante, et, lorsque Gallieni revint en France pour commander le 13e, puis le 14e corps d’armée, Madagascar portait témoignage de son œuvre. En 1914, Gallieni avait atteint le sommet de la hiérarchie militaire. Il était membre du Conseil supérieur de la guerre, et sa nomination au poste de généralissime avait été envisagée ; mais il devait atteindre la limite d’âge de son grade le 24 avril, ce qui avait fait écarter sa candidature, et sa santé, délabrée par le paludisme et la dysenterie, exigeait le repos.