Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
G

Galles (pays de) (suite)

La population

Ce massif pauvre et périphérique, longtemps dédaigné, devint aux ve et vie s. un refuge pour les Gaëls, population celte chassée du bassin de Londres par les envahisseurs anglo-saxons. Il ne devait être annexé au royaume d’Angleterre et érigé en principauté qu’aux xiiie-xive s. Les Gallois restent très attachés à leur langue, qui est proche du breton. Mais l’aire géographique de celle-ci s’est beaucoup rétractée depuis deux siècles, à mesure que progresse l’anglais. Elle est restreinte aujourd’hui aux confins ouest et nord du pays, aux régions les moins peuplées, les plus rurales. Les trois quarts des Gallois ne parlent que l’anglais, un quart peut s’exprimer dans les deux langues. Le manque d’unité linguistique a son pendant sur le plan religieux : les fidèles se partagent entre un grand nombre de sectes protestantes.

La population se répartit très inégalement. Alors que les montagnes et les plateaux du centre et du nord se dépeuplent rapidement et ont atteint de très basses densités, parfois inférieures à 10 habitants au kilomètre carré, le bassin houiller et le Val de Glamorgan rassemblent 75 p. 100 des habitants sur 12 p. 100 de la superficie totale. La principauté retient difficilement sa population. Elle avait 2 millions d’habitants en 1901, et, grâce à une forte natalité et à l’immigration d’Anglais et d’Irlandais vers la région industrielle méridionale, 2 660 000 en 1921. Mais la crise économique et le chômage lui firent perdre 400 000 émigrants entre les deux guerres mondiales, et l’effectif de 1921 n’a été retrouvé que vers 1956. L’émigration des jeunes vers Londres et les Midlands prélève aujourd’hui la presque totalité de l’accroissement naturel. La stagnation des effectifs, le vieillissement de la population sont l’indice d’une économie peu prospère, d’un rajeunissement trop lent de la structure de l’emploi.


L’économie

Les plateaux du centre et du nord n’ont plus guère que deux ressources importantes, adaptées aux faibles densités de population : l’élevage et la sylviculture. Les exploitations agricoles des vallées pratiquent l’élevage naisseur des bovins, vendus en automne aux emboucheurs des Midlands ; celles du plateau, l’élevage en plein air des ovins sur les landes naturelles ; les agneaux, nés en mars-avril, sont vendus en décembre avant le retour de la mauvaise saison. La capacité des pâturages est faible (2 ou 3 brebis à l’hectare) et, sans les subventions de l’État, il est probable que l’activité agricole cesserait complètement. La Commission forestière achète les terres abandonnées et les convertit en plantations de pin.

L’extraction minière (cuivre, ardoises du Snowdon, charbon du bassin de Wrexham) décline peu à peu, mais la teneur en uranium de certaines parties du socle calédonien fait naître de grands espoirs. L’artisanat de la laine (couvertures, flanelles, cardigans) se maintient grâce à la clientèle touristique, en particulier à Cardigan, mais les autres industries disparaissent, faute de main-d’œuvre. Le thermalisme subsiste difficilement dans les petites stations de la vallée de la Wye (Llandrindod Wells, Builth Wells). La présence de deux centrales nucléaires, à Wylfa Head et à Trawsfynydd, s’explique par des motifs de sécurité : la population est presque inexistante aux environs. Les cités anglaises de Liverpool et Birmingham exploitent pour elles-mêmes les abondantes ressources en eau du pays, suscitant ainsi les protestations des nationalistes gallois. Les plateaux dépeuplés tendent à devenir des réserves de bois, d’eau, d’électricité, d’air pur, à l’usage de populations extérieures à la principauté.

La côte nord, favorisée par la proximité du Lancashire industriel et l’attrait du Snowdon, vit surtout du tourisme estival et des industries variées de l’estuaire de la Dee. Rhyl, Colwyn Bay, Llandudno, Conway, Bangor sont les stations balnéaires les plus réputées.

Le bassin houiller et la côte sud détiennent l’essentiel de l’activité économique. Le premier est l’un des principaux bassins britanniques ; son exploitation n’a commencé qu’assez tard, dans les années 1860. Les couches d’âge carbonifère (calcaire, grès, houille) sont disposées selon un axe synclinal est-ouest long de 90 km, affecté de failles et d’ondulations secondaires. Le synclinal est dissymétrique : l’exploitation par galeries a débuté sur le flanc nord, au pendage modéré ; le flanc sud, au pendage raide, parfois presque vertical, ne peut être exploité que par des puits profonds. Le bassin dispose d’une gamme très large de charbons : au sud-est, des charbons domestiques et des charbons à coke (les plus grosses réserves d’Europe occidentale, malheureusement à grande profondeur) ; au centre, les charbons de soute, exportés en grandes quantités à l’époque de la marine à vapeur ; au nord-ouest, le principal bassin d’anthracite d’Europe occidentale. Mais l’exploitation est coûteuse, déficitaire, et sa courbe s’adapte à une demande décroissante : 57 Mt en 1913, 35 Mt en 1938, 14 Mt en 1970. De même, l’effectif des mineurs diminue rapidement. Le bassin houiller, avec ses plateaux venteux et couverts de landes et ses vallées resserrées qui ne laissent place qu’à une route, une voie ferrée et deux ou trois rangs de corons, présente un paysage particulièrement lugubre. Les villes, très pauvres en services tertiaires, ne sont en fait qu’une enfilade de maisons ouvrières, d’usines et de puits de mine.

La sidérurgie naquit sur le flanc nord du bassin houiller, grâce aux minerais interstratifiés dans les couches de houille, et eut longtemps un caractère quasi artisanal. Elle s’est fortement concentrée au xxe s. et elle glisse de l’intérieur vers la côte. Un seul haut fourneau subsiste dans l’intérieur, à Ebbw Vale, alors que Port Talbot et Newport, plus récents, s’agrandissent et se modernisent. Port Talbot, qui traite des minerais riches importés d’Afrique et du Canada, a le plus gros complexe sidérurgique intégré de Grande-Bretagne (port minéralier, cokerie, hauts fourneaux, aciéries, laminoirs). Le Sud gallois fabrique surtout des produits plats, tôles larges pour l’industrie automobile, tôles fines pour la conserverie.

Les tôles sont ensuite étamées ou galvanisées à Llanelly et Swansea, l’étamage étant en Grande-Bretagne un monopole du Sud gallois.

Les environs de Swansea et Neath ont, en outre, l’essentiel du raffinage national des métaux non ferreux (cuivre, nickel, zinc, étain) et des industries du laiton et de la robinetterie. Mais le Sud gallois ne pratique guère la transformation des produits sidérurgiques semi-ouvrés ; presque toutes les tôles sont expédiées vers d’autres régions.

La profonde rade de Milford Haven, accessible aux navires pétroliers de gros tonnage, a trois raffineries de pétrole sur ses rives ; une quatrième, près de Swansea, reçoit par oléoduc le brut de Milford Haven. Grâce à ces quatre raffineries, ce port est devenu le premier port pétrolier britannique ; l’industrie pétrochimique y est modestement représentée.