Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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futurisme (suite)

Le nationalisme virulent dont il a fait toujours preuve conduit bientôt Marinetti à jouer un rôle très actif dans les manifestations en faveur de l’entrée en guerre de l’Italie contre l’Autriche et l’Allemagne. C’est à cette occasion qu’il rencontre Mussolini, militant socialiste persuadé, lui aussi, de la nécessité de l’intervention italienne dans le conflit. La suite des événements entraînera Marinetti à apporter son appui au fascisme naissant. Lorsque celui-ci sera porté au pouvoir, le futurisme n’en deviendra pas pour autant la doctrine esthétique officielle, mais Marinetti et ses fidèles demeureront suspects au moins d’intelligence avec le nouveau régime, ce qui leur sera extrêmement préjudiciable, surtout à longue échéance. Il semble d’ailleurs que le caractère autoritaire du régime mussolinien ait fait obstacle à la bouillonnante activité de Marinetti, limitée de plus en plus à la célébration des conquêtes passées du futurisme.

Les grands peintres du futurisme

C’est Umberto Boccioni (Reggio di Calabria 1882 - Vérone 1916) qui fait figure de leader, incontestablement, parmi les peintres futuristes. Il s’installe à Rome à l’âge de seize ans, résolu à se consacrer à la peinture. Il travaille chez un peintre publicitaire et rencontre en 1900 Severini, qui lui fait connaître Balla. Celui-ci les initie tous deux à la technique divisionniste. En 1908, Boccioni arrive à Milan, et, dès lors, les préoccupations sociales, héritées peut-être de Balla, vont prendre une place importante dans son œuvre. Aux portraits et aux paysages, en effet, tendent à se substituer des évocations de la vie des humbles, de l’expansion urbaine et des luttes ouvrières. À la technique divisionniste, l’artiste ajoute alors les ressources expressionnistes d’une arabesque venue de l’Art* nouveau et une ponctuation colorée assez brutale, apparue vers 1909, qui conviendra tout particulièrement, par la suite, à animer les surfaces découpées selon des lignes géométriques. Boccioni est un des premiers à rallier Marinetti au lendemain de la publication du Manifeste. Il joue un rôle déterminant dans la rédaction des deux manifestes picturaux de 1910 et signe seul le Manifeste technique de la sculpture futuriste. En outre, il participe activement aux manifestations publiques du mouvement et vraisemblablement à l’orientation générale des activités futuristes.

Une contribution de premier ordre à l’esthétique futuriste sera constituée par les « états d’âme », dont il donne en 1911 une admirable démonstration dans un triptyque : I. Les Adieux ; II. Ceux qui s’en vont ; III. Ceux qui restent (version définitive au Museum of Modern Art, New York). À la fin de la même année, un bref séjour à Paris met Boccioni au courant des conquêtes cubistes, qui vont l’aider à s’affranchir des contraintes figuratives et à s’orienter vers une représentation schématique, mais énergique du dynamisme musculaire. Ses recherches en trois dimensions, si elles semblent, dans un premier temps, avoir été guidées par des préoccupations picturales (Fusion d’une tête et d’une fenêtre, 1911), le conduisent bien au-delà des possibilités de la peinture dans la construction d’un corps entièrement fait de mouvements (Formes uniques de la continuité dans l’espace, 1913). En effet, là où la peinture ne peut qu’aboutir à un brillant tohu-bohu de forces diversement colorées (Dynamisme d’un corps humain, 1913), seule la sculpture autorise la perception claire d’un déplacement dans l’espace, quand bien même sa représentation serait irrémédiablement figée en statue. À dater de 1914, Boccioni semble moins préoccupé par le mouvement : nombre de ses œuvres participent d’un expressionnisme qui emprunterait de plus en plus ses moyens au cubisme et même à Cézanne (le Buveur, 1914). Bien que, notamment par des « mots en liberté », il participe toujours à l’activité futuriste, Boccioni retourne progressivement à l’esprit des œuvres (portraits, paysages) qui précédèrent son adhésion au mouvement. Il meurt en 1916 des suites d’une chute de cheval au cours d’un exercice militaire.


Carlo Dalmazzo Carrà

(Quargnento, prov. d’Alexandrie, 1881 - Milan 1966) s’installe en 1893 à Milan pour devenir décorateur. En 1904, il entre à l’académie des Beaux-Arts de Brera pour y apprendre la peinture. Lui aussi adopte avec enthousiasme la technique divisionniste. Ses premières œuvres originales, en 1910, témoignent notamment d’une sorte de fascination pour les spectacles urbains nocturnes (Nocturne place Beccaria). Mais son adhésion au futurisme va se traduire pour lui, au cours de l’année 1911, par une intense activité créatrice, inspirée par les spectacles de la rue (Cahots de fiacres, Ce que m’a dit le tram), par les luttes révolutionnaires (Funérailles de l’anarchiste Galli, New York, Museum of Modern Art), par les objets familiers (Rythme d’objets), ou encore par les phénomènes cosmiques (Mouvement du Clair de lune). En 1912, il semble que Carrà, qui a accompagné Boccioni à Paris à la fin de l’année précédente, se ressente de la rencontre des œuvres cubistes dans sa volonté de structure et même d’hermétisme (Simultanéité, Femme au balcon). Dès cet instant, le désir d’un ordre plastique l’éloigné progressivement du futurisme, auquel il donnera sa dernière contribution en 1915 avec le recueil Guerrapittura. Au début de 1916, Carrà rencontre Giorgio De Chirico* et son frère Alberto Savinio. Il devient alors le prosélyte convaincu de la pittura metafisica et peint de beaux tableaux froids et statiques influencés par les « intérieurs métaphysiques » de De Chirico. Mais, dès 1921, il succombe à son attirance pour Giotto et peint désormais des paysages simplifiés à l’extrême, qui ne sont pas toujours dépourvus de qualités.


Luigi Russolo

(Portogruaro, prov. de Venise, 1885 - Cerro di Laveno, prov. de Varese, 1947) doit sans doute à la musique de n’avoir pas plus développé une œuvre picturale pleine de charmes. Il est en effet musicien de formation et peintre par inclination. On décèle dans sa peinture de nombreuses affinités avec l’Art nouveau, et, bien qu’il ait traité tous les thèmes futuristes, c’est dans l’onirisme et l’évocation de l’impalpable (Parfum, 1909-10 ; la Musique et Souvenirs d’une nuit, 1911) qu’il a montré le plus de dispositions. À partir de 1913, il se consacre exclusivement à la musique ou, plus exactement, au « bruitisme » et construit une sorte d’orgue à bruits, l’intonarumori, dont il attend merveilles. Grièvement blessé au combat en 1917, il s’installe à Paris au lendemain de la guerre. Un peu plus tard, il se passionne pour l’occultisme. Il se remettra à la peinture en 1941.


Gino Severini