Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Alsace (suite)

Caractères de l’industrie alsacienne

L’industrie alsacienne se caractérise par la très grande diversité des activités, son relatif haut niveau technologique, la prédominance de l’établissement de taille moyenne, ainsi que la dispersion géographique. Le textile a toujours connu la prépondérance de l’usine de moyenne importance. On compte six établissements de plus de 1 000 salariés dans le Bas-Rhin et une quinzaine dans le Haut-Rhin.


Localisation des industries

Les activités industrielles ont connu une évolution en plusieurs stades. Au xviiie s., la révolution industrielle touche d’abord le Haut-Rhin. Les industriels mulhousiens sont parmi les premiers à introduire les procédés et matériels anglais. L’obligation d’utiliser l’eau avantage les vallées vosgiennes alsaciennes. L’utilisation de la machine à vapeur, au xixe s., entraîne une dispersion sous le contrôle des industriels mulhousiens. La fin du xixe s. voit la concentration au profit des villes. La construction du réseau ferré alsacien donne l’avantage décisif à la plaine. C’est le déclin des villes des collines sous-vosgiennes, que, souvent, le chemin de fer évite. Depuis l’aménagement du Rhin, un nouveau glissement des activités se réalise au profit des bords du grand canal d’Alsace et du fleuve.

L’aménagement du Rhin alsacien

Le traité de Versailles a permis à la France de procéder à l’aménagement du Rhin, sur son territoire. Une première usine hydroélectrique fut édifiée à Kembs, au nord de Bâle, entre 1928 et 1932. L’antagonisme franco-allemand arrêta les travaux, qui ne furent repris qu’après 1945. Ainsi fut entreprise la construction du grand canal d’Alsace. Les eaux du Rhin, détournées par le canal, sont utilisées par huit usines (Kembs, Ottmarsheim, Fessenheim, Vogelgrun, Marckolsheim, Rhinau-Sundhouse, Gerstheim et Strasbourg). En collaboration avec la R. F. A., deux autres barrages-usines sont construits en aval de Strasbourg. Au fur et à mesure de l’avancement des travaux, on s’aperçut de l’enfoncement de la nappe phréatique, provoquant l’assèchement de terroirs agricoles précieux. Le système du canal en ligne fut abandonné à partir du barrage de Vogelgrun au profit du système des biefs, réclamé par les riverains du pays de Bade. Les huit usines produisent environ 7 TWh. En tenant compte de l’électricité d’origine thermique, le bilan énergétique de l’Alsace est largement positif : plus de 8 TWh, dont la moitié est exportée. Ainsi, les possibilités d’industrialisation sont encore grandes. L’aménagement du Rhin permet de supprimer l’arrêt de la navigation imposé jadis par les basses eaux hivernales. Mais c’est la création de zones industrielles sur les bords du canal ou du fleuve qui est l’événement capital. Mulhouse est rattachée au grand canal par le canal de Niffer (ou de Huningue) ; l’essor de la zone industrielle de l’île Napoléon en est la conséquence directe. Colmar, grâce au port de Colmar-Neuf-Brisach, se « rhénanise ». Marckolsheim, Rhinau et Lauterbourg ont des zones industrielles situées sur les bords du fleuve. La zone portuaire sud de Strasbourg a vu l’implantation de la General Motors.


Les transformations récentes

Si le chômage n’existe guère en Alsace, il convient de signaler deux faits qui, de conjoncturels, sont devenus structurels : le développement des migrations de travailleurs frontaliers ; les implantations industrielles étrangères. L’économie alsacienne en est de plus en plus affectée. Du côté de la frontière suisse, les relations ont toujours été fréquentes. Saint-Louis est une annexe industrielle de Bâle. La « zone des trois frontières ou des trois pays » (Suisse, R. F. A., France) se développe de plus en plus sous la direction de l’agglomération bâloise. L’aéroport de Mulhouse-Blotzheim, installé à proximité de la frontière, doit son succès beaucoup plus au trafic avec la Suisse qu’au trafic avec la France. Son trafic de 600 000 passagers est considérable par rapport à celui de Strasbourg, qui ne totalise que 38 000 voyageurs (1968). La ville de Bâle, étant à l’étroit dans un site étriqué, ne cesse de déborder sur le Haut-Rhin. Les capitaux suisses sont nombreux dans les affaires haut-rhinoises. La situation centrale de l’Alsace au sein des pays de la C. E. E. a été plus rapidement valorisée par les industriels étrangers que par les industriels français.

Le manque de main-d’œuvre en R. F. A. et le désir de conquérir des marchés ont décidé de nombreux industriels étrangers à s’installer en Alsace. Dans le Bas-Rhin, près de 50 p. 100 des emplois créés l’ont été par des firmes allemandes. Les implantations nouvelles sont le fait de sociétés d’importance mondiale, ce qui ne manque pas de bouleverser les structures traditionnelles (Timken, General Motors, Salamander, Triumph, Siemens).

Les migrations de travail à travers les frontières touchent environ 25 000 travailleurs. Elles ont tendance à augmenter du fait de la disparité des salaires, qui sont plus élevés en Allemagne et en Suisse qu’en France. Pour certains emplois, la différence atteignait, fin 1969, plus de 40 p. 100. Les travailleurs interrogés déclarent qu’en plus l’atmosphère de travail, la propreté, l’hygiène, les équipements en tous genres sont dans l’ensemble supérieurs à ceux qu’ils trouvent en France.

L’industrie, née de capitaux régionaux, passe de plus en plus entre les mains d’étrangers à la région. Les structures régionales craquent. Avec la pénétration accélérée des capitaux étrangers et l’extension des influences culturelles des pays voisins (radio, télévision, publicité), une nouvelle étape, historique, s’amorce pour l’Alsace. Il semble bien qu’on assiste au développement d’une région supranationale, où le dynamisme français n’est pas prépondérant.

F. R.

➙ Bâle / Colmar / Mulhouse / Rhin / Rhin (Bas-) / Rhin (Haut-) / Strasbourg / Vosges.