Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Alsace (suite)

Les aspects régionaux et les transformations récentes

La Hardt, jadis connue pour sa pauvreté, a enregistré une extension considérable des cultures céréalières sur les terres caillouteuses faciles à travailler. L’évolution récente a amené la constitution d’exploitations dépassant souvent 50 ha. La construction du silo à grains dans le port de Colmar-Neuf-Brisach, en autorisant l’exportation, a été un stimulant dans le développement de la céréaliculture.

Le Ried s’oriente de plus en plus vers l’élevage. L’industrialisation de la vallée rhénane, stricto sensu, accélère l’abandon du travail de la terre chez de nombreux jeunes. De ce fait, la taille moyenne des exploitations oscille autour de 25-30 ha.

La plaine proprement dite (Ackerland-Kochersberg) est le cœur de l’Alsace agricole. Là, la polyculture intensive à base de plantes commerciales détermine les paysages. Mais la simplification des assolements consécutive au départ de nombreux agriculteurs amène la constitution d’exploitations pouvant dépasser 50 ha, bien que la moyenne se tienne aux alentours de 20 ha. L’élevage laitier est presque toujours une activité importante, sinon dominante.

Le vignoble déroule un ruban de vignes sur les glacis qui font le raccord entre montagne et plaine. La monoculture domine. Le cœur du vignoble se situe entre Barr et Guebwiller. L’appellation « vin d’Alsace » est réservée aux meilleurs terroirs. La petite exploitation de moins de 5 ha caractérise tout le vignoble ; la grande propriété est très rare. Les destructions consécutives aux hostilités de 1939-1945 ont favorisé le développement du mouvement coopératif, qui occupe une place importante dans la vinification et la commercialisation. Les cépages nobles produisent des vins de qualité (Gewurztraminer, Sylvaner, Riesling, Pinots, Tokaj, Muscat). Coupage et chaptalisation intéressent les petits vins des basses terres. La recherche de produits de qualité a permis de trouver une solution à la crise qui affecta le vignoble dès la fin du xixe s. Les villages coquets, serrés autour de l’église, égaient les pentes couvertes de leur parure précieuse. La « Route du vin », qui passe par l’ensemble de ces villages, a suscité un intense développement touristique. Aujourd’hui, le vignoble, fierté de l’Alsace, est la région agricole la plus prospère de la province.

L’Alsace ne comprend que le versant oriental des Vosges. L’économie herbagère y prédomine, mais la montée des bêtes sur les « hautes chaumes » se fait de plus en plus rare. Le cheptel bovin diminue, même dans les vallées. Le déclin de l’industrie textile dans les hautes vallées affecte toute l’économie vosgienne. À l’exode rural s’ajoute un exode général, au profit des régions de plaines. Le tourisme d’été gagne en importance, mais l’enneigement, souvent insuffisant, rend l’équipement de stations de sports d’hiver aléatoire.


La vie industrielle

La précocité de la vie industrielle a plusieurs causes. L’abondance de l’eau, principale source d’énergie jadis, a favorisé les vallées vosgiennes plus que la plaine. La fonction de passage a éveillé la région au commerce, d’où naquirent maintes industries. L’appartenance de Mulhouse à la Confédération helvétique jusqu’à la fin du xviiie s. a permis de nouer des liens avec les milieux suisses, qui n’ont cessé d’investir dans de nombreuses branches industrielles en Alsace. Si l’exploitation de la potasse a fait naître des industries qui survivront sans doute à l’arrêt de l’extraction, on ne peut en dire autant pour le pétrole, dont le petit gisement de Pechelbronn avait plus une valeur historique qu’économique ; c’est grâce à lui que la France a pu former, sur son territoire, les premiers techniciens du pétrole. La richesse agricole a très tôt incité à transformer certains produits de la terre. Ainsi sont nées, dès les xviie - xviiie s., des « industries » comme les manufactures de tabac, les brasseries. Plus tard viendront les conserveries et les confiseries. Cependant, plus que les matières premières, c’est la richesse en hommes qui explique l’industrialisation précoce. Au xixe s., les campagnes alsaciennes sont surpeuplées. La main-d’œuvre est bon marché. L’abondance de l’eau favorise les régions situées au pied du massif ainsi que les vallées. Il a suffi de l’initiative de quelques hardis industriels pour implanter des usines. L’industrie mulhousienne doit plus à des industriels comme Dollfus, Mieg, A. Kœchlin qu’aux conditions naturelles. La seconde moitié du xixe s. voit la naissance d’un système bancaire régional, qui a largement financé le développement industriel. La Société générale alsacienne de banque et le Crédit industriel d’Alsace et de Lorraine sont issus de banques locales. La Banque fédérative rurale (Crédit mutuel) est la banque centrale du système Raiffeisen alsacien.

Haut-Rhin et Bas-Rhin présentaient d’assez grandes différences dans les activités industrielles, il y a encore vingt ans. Près de 50 p. 100 des travailleurs industriels étaient employés dans l’industrie textile haut-rhinoise, alors que ce pourcentage n’était que de 25 dans le Bas-Rhin. La crise textile a entraîné la fermeture de nombreux établissements, notamment dans les vallées vosgiennes. En un peu plus de dix ans, cette activité a perdu plus de 10 000 emplois dans le Haut-Rhin, contre 6 000 dans le Bas-Rhin. Par contre, la métallurgie de transformation et les industries mécaniques ont gagné en importance et constituent à présent, avec plus de 80 000 travailleurs sur 260 000 actifs industriels, le secteur le plus important. L’extraction de la potasse de la région de Mulhouse oscille autour de 1,7 Mt ; les effectifs salariés des Mines domaniales de potasse atteignent encore 11 000 personnes, niais diminuent régulièrement. L’épuisement du gisement étant proche, des activités de remplacement sont envisagées. L’industrie chimique est une des principales bénéficiaires de la reconversion de la potasse et du textile. Ses effectifs ont presque doublé depuis 1954. L’implantation de deux grandes raffineries de pétrole au nord de Strasbourg, ravitaillées par le pipeline sud-européen, permet de mettre à la disposition de l’industrie une source énergétique souple et moderne. Le gaz de Hollande est disponible depuis 1970.