Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
F

franco-allemande (guerre) (suite)

Avant même que ne s’engagent les opérations, la France subirait une déroute diplomatique : tour à tour l’Angleterre, l’Italie et l’Autriche lui refusèrent leur alliance. L’Angleterre, parce qu’elle avait su que Napoléon III méditait d’annexer la Belgique ; l’Italie, parce qu’il subsistait la question romaine ; l’Autriche, parce qu’elle craignait le renouvellement de Sadowa. Quant aux États de l’Allemagne du Sud, ils se rangèrent aux côtés de la Prusse et lui apportèrent bon gré mal gré leurs contingents.


La destruction des armées impériales (4 août - 2 sept.)

Quand les forces allemandes, articulées entre les trois armées de Karl Friedrich von Steinmetz (1796-1877), du prince Frédéric-Charles et du prince royal de Prusse (le futur Frédéric III), franchirent la frontière le 4 août, la mobilisation française n’était pas achevée. Aussi les huit corps d’armée qui avaient été péniblement constitués étaient-ils répartis en cordon avec un simple souci de couverture. En Lorraine, trois corps s’égrenaient le long de la frontière ; deux autres — dont la garde — étaient en retrait, et un sixième (Canrobert) devait arriver ultérieurement. En Alsace, seul le 1er corps de Mac-Mahon* était déployé (un autre commençait à se former en Haute-Alsace). Enfin, au camp de Châlons, une armée, forte initialement de trois corps, était en voie de constitution.


La perte de l’Alsace

Une telle dispersion rendait inévitables les premières défaites. Le 4 août, la division Abel Douay (1809-1870), qui occupait Wissembourg, se fit écraser par deux corps d’armée ennemis. Le 6, Mac-Mahon acceptait le combat dans le couloir qui sépare les Vosges de la forêt de Haguenau. Les quatre divisions françaises, opposées aux trois corps du prince royal de Prusse, se maintinrent jusqu’à 17 heures sur les collines où elles étaient déployées, mais le poids du nombre finit par l’emporter. Pour dégager son infanterie, Mac-Mahon lança coup sur coup deux charges de cavalerie : la brigade de cuirassiers Michel pour chasser l’ennemi de Morsbronn, la division de Charles Frédéric Bonnemains pour repousser les nuées de fantassins qui marchaient sur Frœschwiller. Si leur sacrifice leur a valu la gloire, il n’avait consenti qu’un répit au 1er corps. Laissant sur le terrain un quart de son effectif, Mac-Mahon dut retraiter en désordre sur le camp de Châlons, suivi par le 7e corps, toujours incomplet, puis par le 5e, qui se trouvait dans la région de Bitche. La perte de l’Alsace fut ainsi consommée.

Seule la place de Strasbourg soutint un siège, du 12 août au 27 septembre. Le général Ulrich accepta de capituler après que 400 habitants eurent été tués par le bombardement et au moment où l’assaut devenait imminent. Sélestat et Neuf-Brisach avaient succombé très vite, mais Phalsbourg, qui commande le col de Saverne, résista trois mois. Bitche, défendue par le commandant Teyssier, tenait encore à l’armistice et ne capitula que le 27 mars 1871 sur l’ordre du gouvernement français.


La bataille de Lorraine

La journée du 6 août avait été marquée en Lorraine par un autre échec : le 2e corps (Charles Auguste Frossard [1807-1875]) avait dû abandonner les hauteurs de Spicheren, qui dominent Forbach, d’où l’on pouvait surveiller Sarrebruck. À la suite de cet échec, Napoléon III, qui exerçait le commandement suprême, prescrivit un repli général sur Metz, que la construction récente de quatre forts désignait comme môle de résistance. Dans ces conditions, les 2e, 3e et 4e corps ainsi que la garde, auxquels s’ajouta la majeure partie du 6e corps, en cours de formation, furent concentrés à Metz pour le 11 août. Dans l’intervalle, les Allemands avaient avancé en un dispositif très étalé à la recherche d’un adversaire qu’ils croyaient en retraite sur Verdun. La situation se révélait donc avantageuse pour l’armée française, étroitement concentrée, si elle avait attaqué un ou deux corps allemands avant que les autres n’aient le temps d’accourir.

Mais les interventions de l’impératrice et de son entourage ligotèrent l’armée de Lorraine. Les deux défaites du 6 août avaient provoqué la chute du ministère d’Émile Ollivier, et l’opinion réclamait la désignation de Bazaine* comme commandant en chef. L’empereur céda le 12 août, et il se contenta de prescrire à Bazaine de se porter sur Châlons pour y regrouper toutes ses forces. Les mouvements des troupes rassemblées à Metz s’effectuèrent toutefois avec une telle lenteur que les Allemands obligèrent le 3e corps à livrer un combat d’arrière-garde le 14 août à Borny, tandis que l’ensemble de l’armée était accroché le 16 août, au moment où elle venait seulement de gravir les plateaux dominant Metz à l’ouest. La bataille de Rezonville fut une nouvelle occasion de remporter un succès, car l’adversaire était toujours dispersé. Contraints, pour contourner Metz, d’égrener leurs colonnes sur un faisceau d’itinéraires, les corps allemands s’étaient fortement écartés les uns des autres. Aussi, quand une de leurs divisions eut découvert le gros de l’armée française entre Gravelotte et Vionville, la situation fut-elle critique. Un seul corps allemand parvint à s’engager, mais Bazaine se contenta de repousser les attaques ennemies, et, dans la soirée, il décida de rester aux abords de Metz pour se ravitailler, car ses services n’avaient pas su amener à pied d’œuvre les renouvellements en vivres et en munitions nécessaires au soir d’une bataille.

Le 18 août trouva l’armée française déployée à l’ouest de Metz, mais les Allemands avaient employé la journée du 17 à se rassembler, et, dans la matinée du 18, ils reconnurent les positions françaises. La bataille de Saint-Privat s’engagea donc avec une supériorité de huit corps d’armée allemands contre cinq (en réalité contre quatre, puisque Bazaine refusa d’engager la garde). Les attaques allemandes furent repoussées au sud devant Gravelotte et elles furent longtemps contenues au nord devant Saint-Privat, défendu par Canrobert ; néanmoins, la position française fut finalement débordée, et Saint-Privat fut pris par enveloppement. Bazaine, qui était demeuré étonnamment inactif, se contenta de ramener l’armée sous les murs de Metz. Malgré les pertes, la capacité offensive de nos troupes subsistait, comme le montrèrent les sorties effectuées en direction de Thionville les 26 et 30 août. Mais, après Sedan, Bazaine observa un attentisme politique qui rendit la capitulation de Metz inévitable quand les vivres furent épuisés. Elle intervint le 27 octobre, et l’armée française eut la honte de livrer 53 drapeaux, qui eussent été détruits si l’ordre en avait été donné à temps.