Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

alpinisme (suite)

Les méthodes de progression décrites sont les procédés élémentaires de l’escalade et des manœuvres auxquelles se livre habituellement une cordée, tant à la montée qu’à la descente. La corde, et surtout la double corde, permet l’emploi de procédés artificiels qui donnent la solution de difficultés insurmontables par les procédés courants. Le principe en est simple : en enfonçant dans le rocher des pitons suffisamment rapprochés, auxquels il « s’assure » et auxquels il se suspend au moyen de petites échelles appelées étriers, l’alpiniste arrive à s’élever sur des murs parfaitement lisses, même surplombants, à condition, bien entendu, qu’ils soient suffisamment fissurés. Les pitons employés ont les formes et les dimensions les plus variées. Depuis quelques années, certains petits pitons spéciaux peuvent être placés dans des dalles monolithiques où l’alpiniste a creusé un trou cylindrique au moyen d’un tamponnoir.


L’ascension

Lorsque l’alpiniste suit un bon guide, aucune question particulière ne se pose en principe. Dans le cas contraire, la course doit toujours être précédée d’une préparation minutieuse à l’aide de cartes, de documents, de guides-itinéraires, de renseignements de tous genres ; l’horaire projeté, le matériel nécessaire, l’équipement, l’alimentation devront faire l’objet d’une étude précise.

Les points de départ sont rarement les derniers villages habités, lesquels, dans les Alpes, ne dépassent pas 1 200 à 1 500 m d’altitude et ne permettent en général d’atteindre que des sommets secondaires. Dès que l’on se propose l’ascension d’une cime qui dépasse 3 000 m, on est pratiquement obligé d’utiliser les refuges, situés à quelques heures de marche des vallées, le plus souvent au cœur même des montagnes. Le départ du refuge se fait d’habitude au petit matin, quelquefois dans la nuit, surtout si l’on envisage de faire une course de neige ; la partie de l’ascension qui sépare le refuge des premières difficultés s’appelle la marche d’approche ; elle s’effectue d’ordinaire sur un glacier, rarement sur un sentier. Au-delà, l’alpiniste se trouvera face à face avec la montagne.

Les itinéraires peuvent être ramenés à trois types principaux : les voies d’arête, qu’elles soient rocheuses, neigeuses ou mixtes, qui sont souvent les plus belles par les vues plongeantes qu’elles ménagent ; les voies de couloir, qui sont souvent directes, mais exposées aux chutes de pierres ; les voies de face, complexes, empruntant, selon le cas, couloirs, éperons, arêtes secondaires.

La voie la plus facile qui a été tracée sur une montagne s’appelle la voie normale ; une voie plus difficile, mais parcourue plus souvent parce que plus belle ou plus sûre, est une voie classique. Lorsqu’on a effectué une ascension par un itinéraire plus difficile encore, la voie de descente emprunte la voie normale ou la voie classique ; on dit alors qu’on a effectué une traversée.


Les difficultés et les dangers

Entre les ascensions faciles et les courses exceptionnelles se situe toute une gamme de difficultés, fonction des problèmes techniques des passages, de leur continuité, de la longueur de l’ascension, de l’exposition, de la commodité des relais. Encore que ces grandeurs soient difficilement mesurables, les alpinistes ont classé les diverses courses en six catégories, qui sont : facile ; peu difficile ; assez difficile ; difficile ; très difficile ; extrêmement difficile. Il est à peine besoin de signaler combien cette classification est délicate et combien elle a suscité de discussions.

La difficulté des passages d’escalade rocheuse, où n’intervient que l’appréciation intrinsèque du passage lui-même, est plus aisée à déterminer : il existe six degrés, pour lesquels des exemples catalogués ont été donnés. Chaque degré comprend de plus une limite supérieure et une limite inférieure, étalonnées par des exemples appropriés.

L’escalade artificielle a aussi sa cotation propre en quatre degrés : A1, A2, A3 et A4, selon la difficulté du « pitonnage », la qualité du rocher, l’abondance ou, au contraire, la rareté des fissures, la pente négative des surplombs, etc.

La difficulté rencontrée en montagne n’est pas un danger pour l’alpiniste qui sait l’apprécier et qui possède les moyens techniques lui permettant de la surmonter.

Mais la montagne présente de nombreux dangers, dont quelques-uns sont objectifs (c’est-à-dire créés par la nature elle-même) et d’autres subjectifs (dus à l’alpiniste lui-même).

Parmi les dangers objectifs, on doit faire une place particulière :
— aux chutes de pierres, soit que celles-ci se détachent au dégel des premières heures de la matinée, soit qu’elles se détachent au passage des alpinistes eux-mêmes ; les lieux de prédilection des chutes de pierres sont évidemment les couloirs ;
— aux chutes de séracs, qui sont dues aux mouvements des glaciers et qui peuvent se produire à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit ;
— aux crevasses, qui sont de graves dangers lorsqu’elles sont recouvertes de ponts de neige trop fragiles ;
— aux corniches de neige, qui risquent de s’écrouler sous le simple poids de l’alpiniste ;
— aux avalanches, qui peuvent se déclencher même en été, pendant les jours de mauvais temps et aussi dans les quelques jours qui suivent ;
— au vent, au froid, à la neige, au brouillard, qui constituent ce que l’alpiniste appelle la tourmente ;
— à l’orage, à la foudre, à la grêle.

Parmi les dangers subjectifs, il faut noter le manque d’entraînement, l’incapacité physique ou morale de l’alpiniste, qui peuvent mettre en péril toute une cordée, mais surtout le manque d’expérience et le manque de technique, qui, joints à la témérité des débutants, sont les causes directes des trois quarts des accidents de montagne ; ce qu’on appelle l’imprudence est une combinaison d’ignorance et d’audace inconsciente.

Avoir l’expérience de la montagne, c’est connaître ses dangers et les moyens qu’il faut employer pour les éviter, c’est avoir une juste appréciation de ce que l’on peut faire dans les conditions du moment et une juste connaissance de soi. Ainsi naît la notion de risque. L’alpinisme est un sport dangereux : on n’éliminera jamais l’ensemble des dangers de la montagne, et le risque sera d’autant plus grand que l’entreprise sera démesurée par rapport aux moyens dont on dispose.