Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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France (suite)

La fin de l’Empire carolingien

• L’État carolingien, trop vaste, se désagrège rapidement.

• Aux luttes de succession, liées à l’application de l’ancien droit germanique, s’ajoutent les invasions hongroises, sarrasines et surtout normandes, auxquelles les Francs n’opposent qu’une organisation militaire axée sur l’offensive et donc inadaptée. Commencées par des expéditions de pillage, les invasions normandes se muent en occupation prolongée de territoires (Normandie*).

• Naissance de grandes principautés ; de celles-ci, il faut détacher le marquisat de Neustrie, point de départ du duché de France, domaine des Robertiens (Capétiens).


Les Capétiens*


Les premiers Capétiens (987-1108)

• La grande force des Capétiens est d’abord biologique : il n’y a jamais de minorité ; à chaque avènement, le roi est un adulte. Hugues Capet prend soin de faire sacrer son fils de son vivant. La consécration du sacre fait du roi un personnage littéralement « sacré », différent des autres féodaux, même si nombre de ceux-ci sont autrement puissants que lui.

• Cependant, Hugues Capet (987-996), Robert II le Pieux (996-1031), Henri Ier (1031-1060) et Philippe Ier (1060-1108) sont impuissants face aux grandes principautés qui les entourent. À l’intérieur de leur propre domaine — ensemble confus et mouvant groupé autour d’Orléans, d’Etampes, de Paris, sur le cours moyen de la Seine, dans la vallée de l’Oise et de l’Aisne —, ils sont en butte à de puissants seigneurs.

• Sur le plan international, les premiers Capétiens ne jouent aucun rôle : ils ne participent pas à la première croisade, et le faible Philippe Ier ne peut empêcher son puissant vassal, le duc de Normandie, Guillaume II le Conquérant, de devenir roi d’Angleterre en 1066.

• Cette époque est cependant marquée par un premier essor de la civilisation médiévale, dû à la fin des invasions. La société féodale s’affermit et se ramifie, mais elle ne peut se passer d’un roi, dont la présence terrestre lui est aussi nécessaire que celle, invisible, de Dieu. Car le xie s. vit dans l’inquiétude religieuse (an 1000, vogue de l’Apocalypse, lutte de Dieu et du Diable).

• La rénovation religieuse vient non pas des évêques — trop liés au système patronal de la féodalité —, mais des moines (Cluny*) ; pèlerinages*, croisades*, trêves de Dieu, chevalerie* sont des manifestations de cette rénovation.


L’essor du xiie siècle

Deux règnes décisifs
Ce sont ceux de Louis* VI le Gros (1108-1137) et de son fils Louis* VII le Jeune (1137-1180), dont l’abbé de Saint-Denis, Suger* († 1151), est le conseiller.
Premier problème : l’extension de la reprise en main de leur domaine propre par les armes, les rachats et les alliances matrimoniales. De plus en plus fréquemment, le roi est appelé à intervenir comme arbitre et juge (chartes communales) ; Paris devient décidément la capitale du royaume.
Deuxième problème : les rapports des Capétiens avec les grands barons féodaux (Flandre, Anjou, Bretagne, Champagne, Bourgogne, Toulouse, Aquitaine) sur les domaines desquels le roi exerce des droits de suzeraineté ; par un jeu subtil, le roi s’efforce d’agrandir son domaine à leurs dépens.
Le seul véritable danger pour la royauté vient du duc de Normandie, devenu en 1066 roi d’Angleterre et bientôt maître, en France même, sous les Plantagenêts*, du vaste « Empire angevin ». S’agit-il d’un vassal ou d’un rival ? Durant plusieurs siècles, la politique des Capétiens et des Valois va être liée à cette grave question.

Le réveil économique
Un net accroissement de population (malgré épidémies et famines) coïncide alors avec un bouleversement considérable de la vie agricole traditionnelle : expansion des moulins hydrauliques, adoption de la charrue à versoir et de l’attelage en collier d’épaule, réduction de la jachère improductive, expansion de la superficie cultivée grâce aux défrichements et aux assèchements (Cisterciens*). Les petites tenures se multiplient au bénéfice des cellules familiales et villageoises ; les seigneurs attirent des « hôtes » qui jouiront d’une condition non servile, d’un terrain et d’une maison pour lesquels ils versent une modique redevance.
La vie de relation renaît : hommes, marchandises et idées (cathares*, vaudois*) circulent intensément sur des routes terrestres et fluviales en pleine rénovation ; une classe de financiers, de négociants se crée ; les foires* deviennent les rendez-vous périodiques des professionnels de la marchandise.
Des agglomérations nouvelles (bourgs, faubourgs) se créent ; mais, si les villes deviennent prospères, elles gardent un aspect quasi rustique. Paris, cependant, se couvre de monuments.
Dans ce milieu urbain se développe une bourgeoisie* de plus en plus puissante, ayant le sens de la solidarité et avide d’autonomie militante et d’émancipation (communes*).
Progrès aussi dans la transmission du savoir (Abélard*, Anselme*) et la formation des maîtres autour des cathédrales et dans les monastères. L’Antiquité resurgit dans l’art de raisonner et aussi dans l’architecture et la décoration, qui trouvent leur épanouissement avec l’art roman*, puis dans l’art gothique*.


Les grands Capétiens et le rassemblement des terres et des hommes (1180-1328)

• Le fils de Louis VII, Philippe* II Auguste (1180-1223), affirme la puissance de la monarchie capétienne et lui donne son caractère national. S’il participe sans illusion à la troisième croisade, il fait preuve dans sa lutte contre la puissance des Plantagenêts d’une inflexible volonté. Sa politique annexionniste suscite contre la France la coalition de l’Angleterre, de la Flandre et de l’Empire, que Philippe Auguste brise aux batailles de La Roche-aux-Moines (1204) et de Bouvines (1214), provoquant le premier sursaut d’un véritable sentiment national.

• Philippe Auguste n’a pas participé lui-même à la croisade de Simon de Montfort contre les albigeois, mais son fils Louis* VIII (1223-1226) soumet le Languedoc, et son successeur va hériter du comté de Toulouse (traité de Paris en 1229).

Mort jeune, Louis VIII laisse un fils de neuf ans ; Blanche de Castille assure la régence et réprime les troubles suscités par les féodaux.

• Le règne de Louis* IX, ou Saint Louis (1226-1270), apparaît comme le triomphe de la synthèse de la justice, de la paix et de l’ordre chrétien ; il sera le dernier roi chevalier (7e et 8e croisade).

« Fontaine de justice », il est l’arbitre de nombreux conflits, même hors des frontières du royaume. S’il se fait céder le sud du Poitou et s’il fait reconnaître par les Anglais les conquêtes de son aïeul, il met un terme à l’état de guerre. À l’intérieur du royaume, il fait régner fermement l’ordre tel qu’il est alors exprimé par l’Église.

• Philippe* III le Hardi (1270-1285) s’illustre surtout par l’inféodation de la politique royale aux ambitions méditerranéennes de Charles* d’Anjou.