Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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France (suite)

L’exode rural

Si le renouveau démographique risque d’avoir été un phénomène de courte durée, l’exode rural, d’ampleur séculaire, se poursuit encore. En fait, la répartition actuelle de la population, les différences régionales dans les taux de mortalité et de natalité sont le résultat de plus d’un siècle d’exode rural. Faute de documents suffisamment anciens, il n’est pas possible de fixer avec certitude le point de départ de cette évolution. Toutefois, si le mouvement d’exode rural a touché certaines régions dès les dernières décennies du xviiie s. ou la période révolutionnaire et impériale, il ne se généralisa qu’à partir du milieu du xixe s. Au recensement de 1846, les trois quarts des Français étaient des ruraux. La population urbaine devint plus nombreuse que la population rurale au recensement de 1931. Après avoir quelque peu stagné de 1931 à 1946, l’exode rural et l’essor urbain ont repris depuis un quart de siècle.

L’exode rural a touché toutes les régions de France, mais il a sévi avec une rigueur particulièrement forte dans quelques-unes. Les montagnes de la France méridionale ont été parmi les plus touchées : la population actuelle est inférieure de 30 à 60 p. 100 au maximum atteint dans les Alpes du Sud, le sud du Massif central et les Pyrénées centrales ; les villages en ruine, encore peuplés de quelques vieilles personnes, les friches qui progressent partout traduisent la misère démographique de ces régions. Souvent aussi fortes ont été les pertes humaines en Aquitaine centrale (Lot, Tarn-et-Garonne, Gers), dans le Limousin (Creuse notamment), sur les confins armoricains (Orne, Mayenne), dans le Morvan et sur les plateaux de l’est du bassin de Paris, de Dijon à Sedan (Haute-Saône, Haute-Marne et Meuse notamment). Sans être aussi spectaculaire, l’exode rural a vidé la plupart des autres régions de 10 à 30 p. 100 de leurs effectifs de population.

Les petites villes, les capitales régionales et surtout Paris ont accueilli la plupart de ces migrants. Au xixe s., les paysans ont d’autant plus facilement quitté des campagnes surpeuplées que l’industrie urbaine naissante demandait des bras. Cet exode a encore été accentué par les crises du monde rural et par la ruine de nombreux artisans, victorieusement concurrencés par la grande industrie. Les brassages de population qui se sont produits lors des deux guerres mondiales ont renforcé le mouvement. Enfin, depuis une quinzaine d’années, le nombre des agriculteurs diminue très rapidement (150 000 par an en moyenne). Ce délestage agricole n’est du reste pas généralisé : de véritables colonisations intérieures ont été entreprises (landes de Gascogne, périmètres irrigués du Bas-Languedoc, Corse orientale) mais d’une portée limitée.


Quatre-vingts ans d’immigration étrangère

L’affaiblissement démographique précoce de la France l’a amenée à se tourner très tôt vers des sources étrangères. De 400 000 sous le second Empire, le nombre des étrangers fut porté à 1 million au début du xxe s. Les plus forts effectifs étaient alors recensés à Paris, dans la région du Nord, en Meurthe-et-Moselle (où on fit alors appel à de nombreux Italiens pour la mise en valeur des mines de fer) et surtout dans les départements provençaux.

Les gros besoins en main-d’œuvre pour la reconstruction de l’économie nationale après 1919 nécessitaient d’autant plus le recours à des étrangers que les classes en âge de travailler avaient été fortement décimées par la guerre. Le nombre des étrangers installés en France s’éleva de 1 500 000 en 1921 à 2 700 000 en 1931 ; jamais, par la suite, les arrivées ne furent aussi nombreuses qu’entre 1925 et 1930. Convergèrent alors vers la France des Italiens, pour la plupart originaires du nord de leur pays, notamment du Frioul et de Vénétie, et des Belges ; arrivèrent en grand nombre des Tchèques et plus encore des Polonais venant travailler dans les mines de charbon du Nord. Lors de la démobilisation, certains Algériens restèrent en France. Le mouvement d’immigration se ralentit dans les années 1930. S’il est vrai que la France accueillit des réfugiés espagnols lors de la guerre civile qui ensanglanta ce pays, nombre de Tchèques et de Polonais regagnèrent leur pays. La guerre provoqua le départ de nombreux étrangers et la disparition d’un grand nombre d’israélites. En 1946, il n’y avait plus que 1 700 000 étrangers (dont 450 000 Italiens, 423 000 Polonais et 302 000 Espagnols) ; il est vrai que, de 1936 à 1946, le nombre des naturalisés s’était élevé de 400 000 à 900 000.

Dans les années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, les effectifs d’étrangers résidant en France se stabilisèrent. En 1954, on recensa 1,8 million d’étrangers. L’expansion économique qui s’amorça alors suscita une nouvelle vague d’immigration presque aussi forte que celle des années 1920. Cette immigration est organisée par l’Office national d’immigration, créé en 1945, mais qui doit se contenter souvent de régulariser des entrées clandestines. Arrivent de plus en plus des travailleurs isolés, décidés à rester quelques années seulement : aussi, chaque année, les départs sont-ils nombreux et les naturalisations peu fréquentes. Les Polonais et les Tchèques n’émigrent plus. Jusqu’au début des années 1960, les Italiens, originaires de toutes les régions de leur pays, ont été les plus nombreux ; depuis 1961, leur nombre a sensiblement diminué. Par contre arrivent de gros contingents d’Espagnols, de Portugais et d’Algériens. La France emploie aussi des travailleurs originaires d’Europe du Sud-Est, du Maroc et même d’Afrique noire. Ajoutons qu’il lui a fallu intégrer dans l’économie nationale les Français qui avaient dû quitter l’Algérie : le plus grand nombre d’entre eux s’est établi dans la France méditerranéenne, mais de gros effectifs se sont aussi installés dans le Sud-Ouest, la région lyonnaise, les pays de la Seine et le Nord-Est.

Par ailleurs, de 120 000 à 150 000 travailleurs saisonniers sont recrutés chaque année par l’intermédiaire de l’O. N. I. pour exécuter un certain nombre de travaux agricoles. La plupart sont des Espagnols, employés les uns dans les régions de culture de betterave à sucre (Nord et Bassin parisien), les autres pour les vendanges, dans le vignoble languedocien essentiellement. Enfin, des mouvements complexes de travailleurs sont enregistrés dans les régions frontalières. Des Espagnols viennent travailler sur la Côte basque française ; des Belges viennent dans les usines textiles de l’agglomération lilloise, et des Français passent en Belgique. Alors qu’il y a quelques années des Allemands travaillaient en Lorraine et en Alsace, des Lorrains gagnent aujourd’hui quotidiennement la Sarre, et des Alsaciens le pays de Bade.