Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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fourrages (suite)

Productions fourragères


La prairie naturelle comme seul moyen d’exploitation du milieu

L’exploitation du milieu par l’agriculture implique un rendement suffisant par rapport aux facteurs limitants. Si ceux-ci sont trop importants, la consommation par le bétail de la production annuelle de la végétation représente l’exploitation la plus rentable. Cela se rencontre dans des régions à densité de population faible ; c’était la règle aux États-Unis à la fin du xixe s., dans la Prairie. Cependant, ce sont en général des conditions du milieu qui imposent cette forme d’exploitation, en particulier des conditions climatiques : le déficit en eau (périphérie des déserts subtropicaux) en général accompagné de températures élevées, et les basses températures en montagne et dans les hautes latitudes.

Des conditions édaphiques particulières induisent aussi une telle utilisation : excès d’eau (marécages ou zones inondables), sols salés (bordures de mer : prés salés), pentes (le travail du sol n’est pas possible en pente supérieure à 15-20 p. 100) et régions à sol trop peu épais. La charge en poids d’animal par unité de surface est alors fonction de la disponibilité du facteur le plus limitant. La détermination est délicate et dépend de la « productivité », c’est-à-dire de la matière végétale créée chaque année par la photosynthèse. La dégradation du pâturage se marque par l’apparition de plantes moins acceptées par les animaux ou moins sensibles au pâturage (espèces à port étalé, espèces ligneuses). Cette altération est sensible aux points de passage obligatoires des animaux (points d’eau, abris).

L’intensification implique des investissements, particulièrement dans l’organisation de l’exploitation, car c’est le surpâturage qu’il faut surtout éviter. Pour cela, des zones sont tenues à l’écart du pâturage habituel, pour n’être utilisées qu’en cas de pénurie ; certaines ne seront alors pâturées qu’une année tous les cinq ou dix ans, selon la fréquence du risque le plus élevé. Certaines formes d’amélioration sont cependant peu coûteuses : désherbage sélectif (lutte contre les broussailles), épandage d’oligo-éléments, semis en surface d’espèces peu exigeantes et à croissance rapide. La condition première, surtout en nomadisme, est une circulation rapide des informations sur les pâturages.

Fréquemment, une région de pâturage extensif est reliée, ou peut être reliée, à une zone agricole où sont produits soit des résidus de culture, soit des cultures fourragères.

Un problème particulier apparaît dans les régions de retrait de l’agriculture (pays à excédents agricoles et à exode rural, comme la France). Une restructuration foncière est souvent nécessaire pour permettre une bonne utilisation extensive ; sinon, un boisement spontané, de faible valeur, occupe progressivement les terres abandonnées par l’agriculture. Enfin, dans les régions agricoles intensives, les zones de prairies permanentes sont exploitées en liaison avec le système de production animale : souvent une première exploitation en fauche, puis pâture estivale. Si le terrain le permet, le pâturage d’hiver est utilisé comme complément de l’alimentation à l’étable.

Dans certaines régions au climat favorable, les prairies permanentes, en bonne terre, ont une productivité suffisante pour que le travail épargné justifie de les maintenir ; la production est cependant plus faible que celle des cultures d’herbe sur les mêmes terres.


Prairies assolées de courte durée

Elles ont deux particularités qui les distinguent des précédentes. D’une part, la flore procède d’un semis ; des espèces améliorées, à meilleure productivité, peuvent être alors implantées. D’autre part, la prairie améliore les propriétés du sol : les graminacées, par leur biologie racinaire, améliorent la structure et la stabilité structurale de la terre, et les légumineuses, par la fixation symbiotique de l’azote de l’air, améliorent la teneur en azote minéralisable. Ainsi, la mise en rotation des prairies se traduit par une amélioration de la production fourragère et de la fertilité des terres.

Diverses conditions doivent, cependant, être satisfaites pour extérioriser au mieux ces effets. Tout d’abord, le retournement de la prairie doit permettre une bonne évolution de la matière organique (pas d’excès d’eau, bonne aération du profil) ; n’importe quelle prairie ne peut donc être assolée. Ensuite, la fertilisation doit être élevée, pour compenser les exportations plus élevées en éléments minéraux (P2O5, K2O, N). Enfin, l’exploitation de l’herbe doit être ordonnée : faible durée du pâturage (mieux vaut une charge élevée pendant quelques jours qu’une charge faible pendant des mois, qui provoque le surpâturage des repousses jeunes et le refus des graminacées montées à graine) ; fréquence des pâturages, estimée selon l’importance de la repousse. Cela conduit ordinairement à un cloisonnement mobile des parcelles (utilisation des clôtures électriques). Des améliorations foncières sont souvent nécessaires (drainage, irrigation...), et des disponibilités en fourrages (parcelles en réserve ou stockage à la ferme) sont indispensables pour adapter l’effectif animal à la production végétale. Le système est optimal quand la récolte et la consommation sont différées. C’est ainsi que de nombreuses exploitations se spécialisent dans la production de fourrages qui sont ensuite déshydratés et commercialisés. Il faut aussi noter que la prairie de graminacées doit durer suffisamment pour produire une amélioration notable des propriétés physiques du sol (au moins trois ans). Le retournement doit se faire dès la baisse de production provoquée par une dominance de la flore spontanée. Historiquement, l’expansion des prairies artificielles (légumineuses) s’est produite à partir du xvie s., quand celles-ci ont été substituées à l’année de jachère habituelle des rotations traditionnelles. Les prairies temporaires de graminacées se sont répandues à partir de 1930 en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, et à partir de 1950 en France ; cette expansion s’est traduite par une très importante augmentation de la production de fourrage et a été qualifiée de révolution fourragère. Mais la prairie temporaire n’est pas possible partout, et elle nécessite des techniques d’exploitation particulières pour extérioriser sa productivité accrue. Sinon, sa production ne dépasse guère celle des prairies permanentes.