Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
F

fortification (suite)

Les forts qui devaient subir l’épreuve du feu en 1914-1918 présentèrent donc l’aspect d’organisations enterrées, d’où émergeaient seulement des cloches observatoires et les coupoles de tourelles, les unes simplement tournantes, comme les tourelles des navires de guerre, les autres pourvues d’un dispositif d’éclipsé. L’infanterie occupait seulement les dessus des forts à l’heure de l’assaut ennemi. Les ouvrages allemands, ou Festen, se distinguaient cependant par une grande dispersion : des batteries cuirassées, des casernements souterrains, des positions d’infanterie s’y étalaient sur une grande superficie, alors que le fort français ou belge renfermait quelques organes de feu à l’intérieur d’un fossé, dont la contrescarpe était bétonnée, l’escarpe ayant pris la forme d’un remblai pour offrir moins de prise aux obus ennemis.


La fortification moderne

Elle se caractérisa par la substitution de positions fortifiées au système des places à forts détachés, car la Première Guerre mondiale avait montré l’extraordinaire résistance des différents fronts. Or, ceux-ci étaient seulement constitués par l’association de tranchées, de blockhaus légers et de réseaux de fil de fer. Il apparut donc que la fortification devrait offrir l’image d’un front, et deux formules s’offraient pour réaliser dès le temps de paix une position. Les Allemands (ligne Siegfried et mur de l’Atlantique) ont mis sous béton les armes d’infanterie nécessaires pour établir un barrage hermétique. Ils ont construit à cet effet un nombre impressionnant de petits blockhaus, disposés en lignes successives pour respecter le principe de l’échelonnement en profondeur. Ils ont couvert l’ensemble par des fossés antichars (ou des obstacles constitués par des blocs de béton nommés dents de dragon) et par d’épais réseaux de fil de fer.

Les Français ont adopté une solution mixte. Dans les secteurs où fut établie la ligne Maginot, ils ont implanté un petit nombre d’ouvrages très puissants, quitte à meubler les intervalles de quelques casemates. Dans les autres secteurs, ils ont eu recours à un chapelet de blockhaus, construits hâtivement et couverts par un obstacle antichars (champ de rails ou fossé). Les gros ouvrages de la ligne Maginot étaient fondés sur la séparation des organes de feu et des autres locaux. Ces derniers étaient enfouis profondément dans le sol et comportaient une caserne, des magasins, une centrale électrique, le tout desservi par un réseau de tunnels. Les organes de feu étaient, d’autre part, groupés en un certain nombre de blocs, protégés par d’épaisses dalles de béton et reliés aux locaux souterrains par des puits, pourvus souvent d’ascenseurs. Chaque bloc pouvait comporter des tourelles à éclipse, des cloches cuirassées ou des chambres de tir ouvrant sur l’extérieur par des créneaux très protégés. Un souci de dispersion conduisait à éparpiller les blocs sur une vaste surface, tandis que l’entrée de l’ouvrage (souvent deux entrées distinctes) était rejetée à plusieurs centaines de mètres, dans une zone invisible pour l’ennemi (ravin, bois). Entre les gros ouvrages s’égrenaient des casemates bétonnées, où les chambres de repos du personnel étaient enfouies assez profondément pour protéger des effets psychologiques d’un bombardement.

La Seconde Guerre mondiale ne fit que confirmer la valeur des fortifications de qualité ; alors que les gros ouvrages de la ligne Maginot résistaient à des attaques sévères, les positions constituées par de simples alignements de blockhaus cédèrent rapidement. On le vit bien en 1940 et en 1944-45 quand la ligne Siegfried fut défoncée en plusieurs points par les armées américaines.

P. R.

 R. Ritter, Châteaux, donjons et places fortes (Larousse, 1953). / R. Ritter, l’Architecture militaire du Moyen Âge (Fayard, 1974). / J. Levron, le Château fort et la vie au Moyen Âge (Fayard, 1963). / J. F. Finó, Forteresses de la France médiévale. Construction, attaque, défense (A. et J. Picard, 1967). / P. Rocolle, 2 000 Ans de fortification française (Lavauzelle, 1972-73 ; 2 vol.).


Les grandes positions fortifiées des deux guerres mondiales


Atlantique (mur de l’),

ensemble des organisations de défense côtière établies par la Wehrmacht de 1941 à 1944 sur le littoral depuis le Zuiderzee jusqu’à la Bidassoa pour se protéger d’un débarquement allié. Sa construction fut réalisée par l’organisation Todt grâce à d’importantes réquisitions de main-d’œuvre. À partir de l’occupation totale de la France en novembre 1942, les fortifications s’étendirent aux côtes méditerranéennes.

Les organisations étaient plus ou moins fortes suivant la vulnérabilité des côtes : grande densité d’ouvrages dans les zones portuaires comme sur le littoral du pas de Calais ; chapelet continu d’organisations bétonnées là où des plages se prêtaient à un débarquement ; simple cordon de surveillance dans les zones d’accès difficile.


Hindenburg (ligne),

ensemble des positions fortifiées établies à partir de septembre 1916 sur ordre de Hindenburg et de Ludendorff en arrière du front français. En mars 1917, les Allemands se replièrent spontanément sur cette ligne entre Arras et le Chemin des Dames : ils réalisèrent ainsi un raccourcissement du front de 70 km et une économie d’effectifs. En arrière de la ligne Hindenburg, d’autres positions plus ou moins continues furent établies en 1917-18 et reçurent des noms tirés de la mythologie germanique : positions Hermann, en Flandre et en Artois, Hunding dans le Laonnois, Brünhild en Champagne, Kriemhild de l’Argonne à la Meuse, Michel en Lorraine. Une position Anvers-Bruxelles-Meuse était en cours d’établissement au moment de l’armistice de novembre 1918.


Maginot (ligne).

Issu d’études menées de 1920 à 1927, ce système fortifié, entrepris sous l’impulsion du ministre André Maginot (1877-1932), devait couvrir la frontière nord-est pour mettre à l’abri d’une nouvelle invasion allemande les provinces recouvrées d’Alsace et de Lorraine. L’effort principal fut porté sur la région de Metz et les contreforts des Vosges ; au nord, la position ne dépassait pas Montmédy ; toutefois, un élément de front fortifié fut réalisé devant Maubeuge. Couverte par des obstacles de rails antichars, la ligne Maginot comprenait une suite de gros ouvrages (Hochwald, Rochonvillers) reliés par un alignement de casemates bétonnées. Le gros des travaux fut terminé en 1936, et l’on se contenta de réaliser des positions de circonstances sur la frontière du nord. Laissant ainsi la frontière belge sans protection, la ligne Maginot ne put jouer son rôle en 1940, où elle fut débordée par la Wehrmacht, qui ne se risqua pas à l’attaquer de front.


Mannerheim (ligne),

position établie par la Finlande pour barrer l’isthme de Carélie de Koivisto à Taipale sur le lac Ladoga. Située à une distance de 25 à 80 km de la frontière finno-soviétique, elle fut le théâtre de violents combats en 1939-40 et en 1944.


Mareth (ligne),