Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

académies de musique (suite)

Parmi les académies musicales qui naquirent en Italie, citons d’abord l’académie degli Intronati (1460) de Sienne, qui devint plus tard l’académie dei Filomati, ainsi que l’important cénacle qui, sans s’être donné un titre quelconque, se réunissait à Milan vers la fin du xve s. sous la protection de Ludovic Sforza le More, dont firent partie Franchino Gaffurio et Léonard de Vinci. Au xvie s., chaque ville voulut posséder son académie. À Sienne fut fondée l’académie dei Rozzi (1531), à Padoue l’académie degli Infiammati (1540). Ferrare en vit naître trois : les académies dei Concardi (v. 1560), della Morte (v. 1592) et degli Intrepidi (v. 1600). Ces deux dernières subsistèrent jusqu’à la fin du xviie s. À Rome, l’académie congregazione di Santa Cecilia (v. 1566), qui compta parmi ses premiers membres Palestrina, Marenzio et Giovanelli, existe encore aujourd’hui, mais s’est transformée en une association culturelle qui possède son propre orchestre. Elle a, en outre, fondé un Liceo musicale (1876), qui a été depuis transformé en conservatoire (1919). À Venise, l’académie della Fama (1588) compta dans sa compagnie Giovanni Gabrieli et le célèbre théoricien Zarlino. À Florence, la Camerata fiorentina (v. 1580), bien que composée de gens d’opinions différentes, était d’inspiration platonicienne. Hostile à l’ancien style de contrepoint, elle joua, sous l’impulsion du comte G. Bardi, philologue et mathématicien, un rôle très important dans l’avènement du style monodique, seul capable de traduire l’expression de la poésie. Pour satisfaire aussi aux exigences des humanistes, elle favorisa les efforts de l’académie della Crusca (1582), qui réunit, aux côtés de Bardi, les partisans du purisme en matière de langage.

Au xviie s., alors que la vie musicale s’organisait, apparurent, sous le nom d’académies, des sociétés de concert dont les membres en étaient les principaux exécutants. C’est à l’académie degli Invaghiti que fut exécuté à Mantoue, en 1607, l’Orfeo de Monteverdi. La seule ville de Bologne vit naître trois académies : les académies dei Floridi (1615), fondée par Banchieri, dei Filomusi (v. 1615) et dei Filaschisi (1633). En 1666, V. M. Carrati fonda la célèbre académie dei Filarmonici, dont la renommée s’étendit dans toute l’Europe. L’activité de cette institution, qui compta dans ses rangs Arcangelo Corelli, et plus tard le Père Martini et Mozart, se prolongea jusqu’au milieu du xixe s.

En France, la première académie fut l’Académie de poésie et de musique (1570-1587), fondée par le poète J. A. de Baïf et le musicien Thibaut de Courville. Cette compagnie, qui s’inspirait de l’idéal platonicien — dont l’écrivain humaniste Pontus de Tyard s’était fait, après Ficin, le théoricien —, vit se dérouler, avec la collaboration des musiciens Costeley, Mauduit, Cl. Le Jeune, les expériences, sans lendemain, de « musique mesurée à l’antique ». L’académie de Baïf, née après la Réforme et la Contre-Réforme, alors que le climat spirituel de l’Europe s’était modifié et que la liberté et l’universalisme de la haute Renaissance avaient disparu, refléta dans sa conception même une sensible évolution par rapport à ses aînées. À l’encontre des académies de l’Italie et de l’Allemagne, dépendantes de petites cours princières, elle se donna des règles de conduite précises, ainsi qu’en témoignent ses statuts promulgués par le roi Charles IX, et fut en quelque sorte un organisme d’État. Composée de professionnels et d’amateurs, elle n’était ni purement littéraire ni exclusivement musicale. Elle disposait d’une salle de concerts. Au xviie s., son souvenir devait créer une certaine émulation. À Paris, l’Académie royale de musique, créée en 1669, ne fut qu’une imitation des théâtres italiens. Dirigée par Lully de 1672 à 1687, elle eut pour charge de représenter des opéras en langue française. Elle survécut à la Révolution et devint, sous le nom d’Académie nationale de musique, l’actuel théâtre de l’Opéra. En province, par contre, les académies, fondées par des aristocrates ou des bourgeois, reflétèrent assez bien l’ambiance sociale de l’Ancien Régime. Elles héritèrent parfois de quelques coutumes anciennes inspirées de Baïf, mais, dans l’ensemble, elles furent surtout des sociétés de concert, auxquelles le roi accordait parfois des lettres patentes ou qui étaient subventionnées par le Conseil de la Ville. Elles se distinguaient, comme en Italie, de nos modernes associations par le fait que leurs membres prenaient une part active aux exécutions. Elles avaient le mérite de fournir, alors que les concerts publics n’existaient pas, les moyens de jouer et de faire entendre de la musique. Ces académies, que l’on appellerait plutôt aujourd’hui « foyers culturels », contribuèrent grandement à l’extension de la culture musicale. Au xviie et au xviiie s., un grand nombre de villes possédèrent leurs académies : Amiens (académie de Sainte-Cécile, 1625), Troyes (1647), Orléans (1670), Strasbourg (1687-1698), Bordeaux (académie des Lyriques, 1707), Lyon (1713), Marseille (1685), Carpentras (1719), Nîmes (1727), Nantes (v. 1728), Clermont-Ferrand (1731), Moulins (1736), Caen, Nancy, Dijon, Toulouse, Montpellier, Aix-en-Provence, etc. La Révolution sonna le glas de ces institutions, autour desquelles s’était concentrée depuis deux siècles la vie musicale de la nation. De nos jours, l’Académie des beaux-arts, fondée en remplacement de l’Académie de peinture et de sculpture, est une des « classes » de l’Institut. Elle comporte une section musicale, composée de six compositeurs français, de six compositeurs étrangers et des membres correspondants. Des « prix de Rome » sont décernés chaque année dans les différentes sections.

Dans les autres pays, de nombreuses relations font état, dès le début du xviie s., de cercles restreints qui groupaient un peu partout, autour de la poésie, de la musique et de la culture en général, des savants et des chercheurs autodidactes. En Allemagne, il fallut attendre la fondation de la Societät der musicalischen Wissenschaften (1738) à Leipzig pour voir s’officialiser la culture musicale dans un esprit large, sous la direction de J. S. Bach, Händel, Telemann et Stölzel. Goethe, qui donnait à la musique la place accordée par Platon dans la culture de la jeunesse, imposa son étude en 1803 dans les travaux de l’Akademie der Künste. En Angleterre, l’Academy of Ancient Music (1710-1792) fut essentiellement une société de concert. De nos jours, s’il existe encore des académies de caractère plus théorique que pratique (Académie royale suédoise de musique de Stockholm), la plupart sont devenues uniquement des sociétés de concert ou de théâtre (Academy of Music de New York) ou des conservatoires (Akademie für Musik und darstellende Kunst de Vienne, Staatliche Akademie der Tonkunst de Munich, Akademie für Kirchen- und Schulmusik de Berlin, Royal Academy of Music de Londres). Ce ne sont plus des cercles de dilettantes. Des salles de concert portent parfois le nom d’académie (Singakademie de Vienne et de Berlin). Des académies étrangères, institutions d’État, ont aussi des sections musicales (Académie royale de Bruxelles).

A. V.

 M. Brenet, les Concerts en France sous l’Ancien Régime (Fischbacher, 1900). / F. A. Yates, The French Academies of the Sixteenth Century (Londres, 1947).