Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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fleuve (suite)

La fusion nivale devient prépondérante dans les grandes plaines septentrionales à hivers rigoureux et à pluies d’été. C’est le cas de la Volga supérieure (à Kouïbychev), dont les variations saisonnières annoncent celles des fleuves des régions froides. La neige en fondant provoque une forte montée des eaux d’avril à mai, aussi subite que brève. L’inondation s’étale aisément dans des plaines fluviales riches en marécages, étangs et lacs. Dès juillet, les réserves sont fortement amoindries, et les coefficients d’écoulement tombent au-dessous de l’unité ; les pluies d’été ne parviennent que difficilement à soutenir les débits jusqu’en novembre. Le mois suivant, le niveau baisse, et les eaux se prennent en glace : c’est l’embâcle. Il s’agit d’un régime peu pondéré, mais régulier, car l’épaisseur du manteau neigeux ne varie que très peu d’une année à l’autre.

• Un domaine oriental, enfin, qui est plus fortement influencé par les pluies d’été à caractère de mousson. Ce régime est caractéristique de la façade pacifique de l’Asie. L’Amour connaît une première montée des eaux d’origine nivale en fin de printemps, puis une seconde d’origine pluviale, en fin d’été. Cette dernière période est la plus abondante en raison de la réduction de l’évaporation en septembre.


Les régions froides

L’écoulement est conditionné par la médiocrité des précipitations (en grande partie neigeuses) et la faiblesse des températures moyennes annuelles, qui se manifeste dans le gel des sols et des fleuves. En raison des faibles prélèvements effectués par l’évaporation, les modules spécifiques (qui varient entre 4,5 et 91 s/km2) sont relativement élevés. Les fleuves ont des régimes excessifs puisque, en quelques semaines, ils écoulent les neuf dixièmes de leur débit annuel. Les petits cours d’eau qui n’ont qu’une alimentation locale ont des débits absolus médiocres et groupés de mai à septembre ; leurs crues ne sont pas volumineuses, d’autant qu’elles sont partiellement absorbées ou retenues par les lacs et les marécages tourbeux. À l’inverse, les grands fleuves, comme ceux de l’Arctique soviétique (Ob’, Ienisseï, Lena) et les fleuves américains (Yukon, Mackenzie), ont une alimentation en grande partie allogène, souvent montagneuse. Leurs modules absolus élevés les classent parmi les fleuves les plus abondants du monde, avec ceux des régions tropicales. Leur rythme annuel oppose de hautes eaux estivales aux basses eaux hivernales, dont l’importance respective permet de distinguer plusieurs catégories.

• Sur les fleuves de Sibérie centrale et occidentale (la Lena), comme ceux de l’Arctique américain, la fusion de la neige provoque un volumineux afflux d’eau qui soulève et brise la carapace de glace, laquelle est entraînée en radeaux. C’est la débâcle qui gagne progressivement du sud vers le nord : commencée fin avril sur les cours supérieurs des fleuves sibériens, elle ne s’achève qu’au début de juin dans les embouchures de l’océan Arctique. Le lit d’inondation atteint des dimensions considérables (plus de 50 km sur l’Ienisseï). Les eaux, le plus souvent torrentueuses, labourent les rives à l’aide des glaçons (plus de 10 m parfois) et des troncs d’arbres qu’elles charrient et vont déposer dans les plaines amphibies des cours inférieurs. Les débits de crue sont impressionnants : plus de 60 000 m3/s à Kioussiour (Lena) et 78 000 à Igarka (Ienisseï). Les hautes eaux durent jusqu’en octobre, mois où commence l’embâcle, qui progresse du nord vers le sud.

• Les fleuves de la Sibérie orientale (l’Indiguirka) n’ont d’écoulement véritable que pendant six mois ; le reste de l’année, le débit s’annule. Les hautes eaux sont encore plus disproportionnées par rapport au module, mais plus tardives (juill.-août), en raison de la fonte des glaces de montagnes et de la part importante prise par les pluies d’été.


Les régions arides

À cause de la faiblesse et de l’irrégularité dés précipitations (la période sans pluies peut durer de quelques mois à quelques années), l’écoulement local est intermittent et provoqué par des averses torrentielles donnant naissance à des crues volumineuses, fugaces, mais le plus souvent modérées. Généralement, le ruissellement s’épuise avant d’atteindre le cours des grands fleuves, car il est la proie d’une désorganisation spontanée (divagation, étalement), d’une absorption considérable et de l’évaporation, avant d’aller mourir dans des dépressions fermées (chotts, dayas ou sebkhas). Pendant la plus grande partie de l’année, le lit n’est qu’un chapelet de points d’eau et de fondrières réunis par des seuils alluvionnés sous lesquels peut subsister un écoulement. Les notions de modules et de variations saisonnières n’ont alors plus de sens ; on ne peut parler d’étiage puisque c’est la situation normale. Tout au plus peut-on classer les cours d’eau selon la période de plus grande fréquence des crues. En bordure des régions tempérées, celles-ci surviennent en hiver (exemple : le nord du Sahara). Au voisinage des régions tropicales, on les observe surtout en été (le sud du Sahara). C’est au printemps et en été qu’elles sont les plus nombreuses dans les domaines subarides à hivers froids et relativement neigeux (Asie centrale).

Aussi la traversée de ces régions par des fleuves allogènes, provenant de régions plus arrosées, apparaît-elle comme un phénomène géographique de grande importance. Privés d’affluents notables, ils conservent jusqu’à la fin le régime des régions où ils sont nés. C’est appauvris à l’extrême (diminution sensible des débits bruts et spécifiques) qu’ils parviennent au terme de leur traversée dans l’océan ou une mer intérieure qui n’est le plus souvent qu’un grand lac (Caspienne, Balkhach, mer Morte, etc.). Les hautes eaux produites par les pluies ou les neiges lointaines sont donc source de vie pour toute la vallée. Certains fleuves proviennent de régions tropicales : l’exemple le plus célèbre est celui du Nil, qui parcourt sur plus de 2 000 km un des déserts les plus parfaits du monde et dont les hautes eaux se produisent régulièrement en été, pendant la période la plus sèche de l’année. Elles se propagent vers l’aval à la façon d’une grosse houle qui va s’amenuisant, puisque, au Caire, celle-ci n’apporte plus que 12 000 m3/s des 90 000 qu’elle roulait en entrant dans le désert égyptien. D’autres fleuves naissent dans les montagnes méditerranéennes. C’est le cas du Tigre et de l’Euphrate (Mésopotamie), dont les hautes eaux d’avril-mai (origine pluvio-nivale) s’épuisent peu à peu vers le sud à la faveur des infiltrations, des déversements dans les lacs et marécages bordiers et des divisions en deltas successifs. À Bassora, le Tigre a perdu 85 p. 100 de son débit à Sāmarrā. Mais, à la différence du Nil, les deux fleuves n’en sont pas moins parcourus par des crues dangereuses.

Les fleuves provenant des régions à hivers froids, comme ceux qui parcourent les régions arides du sud de l’Europe soviétique (Dniepr, Don, Volga inférieure) et du centre de l’Asie, subissent une déperdition comparable : dès juin, les coefficients d’écoulement tombent au-dessous de 0,3 jusqu’en janvier.