Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Flandre (suite)

➙ Anvers / Artois / Belgique / Bourgogne / Bruges / Dunkerque / Escaut / Flamingantisme / France / Gand / Hainaut / Lille / Nord (départ. et Région du) / Pays Bas.

 H. Pirenne, Histoire de Belgique, des origines à 1914 (Lamertin, Bruxelles, 1902-1932 ; 7 vol.). / R. Blanchard, la Flandre (Société dunkerquoise pour l’avancement des sciences et des arts, Dunkerque, 1906 ; rééd., Familia et Patria, Handzame, 1970). / E. Lotthé, les Églises de la Flandre française (Impr. S. I. L. I. C., Lille, 1940-1942 ; 2 vol.). / R. Monier, les Institutions centrales du comté de Flandre de la fin du ixe siècle à 1384 (Domat-Montchrestien, 1943). / J. Lestocquoy, Histoire de la Flandre et de l’Artois (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1949 ; 2e éd., 1966). / A. Perpillou et coll. Visages de la Flandre et de l’Artois (Horizons de France, 1949). / F. L. Ganshot, « la Flandre » dans Histoire des institutions françaises au Moyen Âge, sous la dir. de F. Lot et R. Fawtier, t. I (P. U. F., 1957). / F. Lesure, la Renaissance dans les provinces du Nord, Picardie, Artois, Flandres, Brabant, Hainaut (C. N. R. S., 1957). / B. Verhaegen, Contribution à l’histoire économique des Flandres (Béatrice-Nauwelaerts, 1961 ; 2 vol.). / A. Verhulst, Histoire du paysage rural en Flandre de l’époque romaine au xviiie siècle (Renaissance du livre, Bruxelles, 1966). / E. Coornaert, la Flandre française de langue flamande (Éd. ouvrières, 1970). / P. Pierrard, Flandre, Artois, Picardie (Arthaud, 1970) ; la Vie quotidienne dans le Nord au xixe s. (Hachette, 1976). / L. Trénard (sous la dir. de), Histoire des Pays-Bas français (Privat, Toulouse, 1972).


L’art dans la Flandre et le Hainaut français

Théâtre multiséculaire de furieuses batailles, le nord de la France, ravagé, n’a gardé qu’un très petit nombre des chefs-d’œuvre qu’il a produits. Les moines lettrés qui peuplaient ses prospères abbayes — Saint-Vaast, Saint-Bertin, Marchiennes, Honnecourt, et Tournai* alors française — ornaient les manuscrits d’enluminures dans lesquelles se manifestent les influences irlandaise et germanique. Les mêmes indices marquent les quelques sculptures préromanes qui subsistent : les fonts de Vieux-Berquin (près de Dunkerque) et de Saint-Venant (Pas-de-Calais), le tombeau de saint Erkembode supporté par deux lions couchés (basilique Notre-Dame à Saint-Omer). Les églises ne sont pas voûtées, mais couvertes d’un berceau lambrissé. De l’époque romane date la collégiale de Lillers (Pas-de-Calais), demeurée presque intacte.

Les églises gothiques de moyenne importance présentent un caractère particulier : leurs nefs, de faible hauteur, sont portées non par des piliers à dosserets, mais par des colonnes rondes et trapues. La région a toutefois produit un type d’édifice cultuel qui lui est propre : la hallenkerk, l’église-halle, aux trois nefs égales en largeur comme en hauteur, celle du milieu se terminant en abside. Par exception, la hallenkerk de Lille* (l’église Saint-Maurice) compte cinq nefs.

L’architecture civile se recommande par ses beffrois, témoins des franchises communales. On admire encore ceux de Bergues, de Cambrai, de Béthune et celui de Douai*, sujet du délicieux Corot du Louvre. Les châteaux forts ont, dès le xve s., décapité leurs tours, éventré leurs murailles pour y percer des fenêtres : sous la bonne administration des ducs de Bourgogne, l’ordre assure la sécurité publique, et les donjons peuvent se convertir en résidences. Du château d’Olhain (Pas-de-Calais), qui subsiste, l’appareil défensif a disparu. Puis la Renaissance remplace le système ornemental gothique par le souriant répertoire a grotteschi ; mais c’est le xviie s. qui, sous l’empire de Rubens*, créera dans les Flandres françaises et le Hainaut un style nouveau, plantureux, souvent surabondant mais plein de sève. Il en reste quelques monuments, tels l’ancienne Bourse de Lille et l’ancien mont-de-piété (auj. musée) de Bergues, œuvre de Wenzel Cobergher (1561-1634).

Les échanges culturels sont courants entre les Flandres néerlandaises, la région septentrionale de la France et le domaine royal. Le renom de l’architecte Villard* de Honnecourt s’étend, au xiiie s., jusqu’en Hongrie. Des peintres comme Melchior Brœderlam ou Jean de Beaumetz (v. Dijon) se déplacent d’une cour à l’autre. André Beauneveu*, de Valenciennes, passe des Flandres à la cour de Charles V, exécute pour le roi plusieurs statues et pour le duc de Berry les vingt-quatre enluminures du psautier de la Bibliothèque nationale. Jacques Daret, de Tournai, est élu maître de la gilde d’Arras* en 1441. Il ordonne les cérémonies du Vœu du faisan, à Lille, en 1454, et dirige à Bruges les festivités du mariage de Charles le Téméraire. Jean Bellegambe (v. Douai) unit dans son œuvre les formes flamandes et françaises du réalisme. Au xvie s., Jean Boulogne (Giambologna*), né lui aussi à Douai, travaille à Anvers, laisse dans sa ville natale une terre cuite, Samson terrassant les Philistins, qui n’est pas sans inexpérience, et va s’établir à Florence.

L’art des Flandres et du Hainaut français conserve son caractère régional jusqu’au xviie s. La forte autorité de Rubens remporte alors sur les traditions. L’un de ses élèves, Jakob Van Oost (1637-1713), de Bruges, s’installe en 1668 à Lille : il y restera quarante ans. Jean de Reyn (1610-1678), de Dunkerque, se fait disciple de Van Dyck*. Portraitiste et graveur, Wallerant Vailland (1623-1677), de Lille, reste sous l’influence de Rubens, que trahissent aussi les tableaux de fleurs de Baptiste Monnoyer (1634-1699), autre Lillois. Arnould de Vuez (1644-1720), de Saint-Omer, disciple de Le Brun*, se fixe à Lille, comme le feront, venant de Valenciennes, ces anecdotiers que sont les neveu et petit-neveu de Watteau*, Louis (1731-1798) et François (1758-1823). Les deux Van Blarenberghe, peintres de batailles, Jacques Guillaume († 1742) et Louis Nicolas (1716-1794), descendent de Adam Frans Van der Meulen (1632-1690). Peintre de genre gracieux et mesuré, Louis Léopold Boilly (1761-1845), natif de La Bassée, fait toute sa carrière à Paris. Enfin, les délicats paysages de l’ami de Corot, Constant Dutilleux (1807-1865), de Douai, les portraits méticuleux de Jean-Baptiste Wicar (1762-1834), de Lille, dénotent par divers endroits la persistance d’un sentiment assez particulier pour caractériser une école.

G. J.

➙ Artois.