Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
F

festivals de musique (suite)

De même qu’à Bayreuth, tous les grands chefs ont participé aux solennités salzbourgeoises : R. Strauss ; Fr. Schalk, 1922-1931 ; Bruno Walter, 1925-1953 ; Cl. Krauss, 1926-1953 ; H. Knappertsbusch, 1929-1955 ; O. Klemperer, 1933 ; F. von Weingartner, 1934-1936 ; W. Furtwängler, 1937-1954 ; K. Böhm, 1938-1959 ; H. von Karajan, enfin. Parmi les étrangers, deux Français, P. Monteux et I. Markévitch, l’Anglais sir Th. Beecham, Toscanini représentant l’Italie, L. Bernstein, l’Amérique, J. W. Mengelberg, la Hollande, E. Ansermet, la Suisse. Quant aux chanteurs, nous citerons, parmi les plus réputés : Lotte Lehmann, K. Flagstad, J. Greindl, M. Ivogün, G. Jouatte, Ritter Ciampi, Lotte Schöne, El. Schumann, E. Schwarzkopf, I. Seefried, Th. Stich-Randall, R. Tauber.


Depuis 1946, un élan nouveau

La période consécutive au second conflit mondial a été marquée, dans toute l’Europe, par une extraordinaire prolifération des festivals. En France, où, de 1918 à 1940, on ne connaissait guère, en fait d’activités musicales d’été, que les « saisons » de villes d’eaux, seul le festival de Strasbourg, fondé en 1932, mérite d’être cité. En 1947, c’est Avignon qui donne l’élan, lequel se propagera, en 1948, à Aix-en-Provence et à Besançon, en 1949 à Lyon-Charbonnières, en 1950 au « Mai » de Bordeaux. Puis ce furent successivement : 1954, Divonne ; 1955, Prades ; 1960, Saint-Céré ; 1961, Saint-Donat ; 1964, Royan ; en 1965, les « Nuits de la Fondation Maeght » à Saint-Paul-de-Vence.

Cet épanouissement des festivals s’est également manifesté en Allemagne, où il a été en partie nourri par une soudaine efflorescence de l’école dodécaphoniste. Né à Darmstadt en 1946, le mouvement gagna bientôt Donaueschingen et s’étendit à la France. Les festivals d’Avignon, de Royan, de Saint-Paul-de-Vence se caractérisent ainsi comme les bastions avancés de l’avant-garde musicale. Au culte de la vedette du chant ou de la baguette s’est substitué, dans ce genre de manifestations, celui de la « première audition ». D’autres villes offrent aussi, mais de façon moins exclusive, des œuvres nouvelles à leurs auditoires, laissant une large place au répertoire classique. Strasbourg, Besançon, Bordeaux sont dans ce cas. Le festival d’Aix-en-Provence requiert une mention spéciale, eu égard à la haute tenue de ses spectacles d’œuvres de Mozart, de Rossini, données au théâtre de l’Archevêché, auxquels prennent part de grandes vedettes internationales. Si bien que l’on a pu dire d’Aix-en-Provence qu’il était, en quelque sorte, un « Salzbourg français ».

À ces festivals d’été, il faut également ajouter : à Paris, les Semaines musicales internationales (musique contemporaine) ; les Nuits de Sceaux (musique des xviie et xviiie s.) et le Festival du Marais. En U. R. S. S., depuis 1964, trois festivals : à Moscou, l’Hiver russe, les Étoiles de Moscou ; et à Leningrad, les Nuits blanches, au moment du solstice d’été, durant lequel on peut observer le saisissant phénomène de l’absence presque totale de nuit.

En Allemagne, la saison des festivals débute dès le milieu d’avril. Signalons particulièrement, en dehors de Bayreuth (et de Salzbourg, en Autriche), des Semaines Mozart (Würzburg, Passau) ; une Semaine Bach (Munich) ; une autre consacrée à Händel (Göttingen) ; des festivals d’opéras, à Munich de nouveau (R. Strauss, Mozart, Wagner, Verdi, Berg, Henze, Stravinski) ; à Berlin (Berg, Dallapiccola, Henze, Ligeti, Schönberg, Stravinski, etc.). En Autriche, les festivals de Vienne et de Graz accueillent également beaucoup d’auteurs contemporains.

En définitive, durant cette seconde moitié du xxe s., les festivals ont non seulement contribué à une extension et à un approfondissement du goût musical, mais ont aussi assuré la confrontation des œuvres du passé avec celles du temps présent.

R. S.

Feuerbach (Ludwig)

Philosophe allemand (Landshut 1804 - Rechenberg, près de Nuremberg, 1872).



Un philosophe engagé

Ancien élève de Hegel, Feuerbach devient privatdozent à Erlangen en 1828 ; il vivra ensuite près de Nuremberg : à partir de 1836 à Bruckberg et à partir de 1860 à Rechenberg.

D’abord hégélien et dans la tradition mystique allemande, comme en témoigne son livre, paru anonymement en 1830, Gedanken über Tod und Unsterblichkeit (Pensées sur la mort et l’immortalité), il se détache de son maître (publication de Kritik der Hegelschen Philosophie [Critique de la philosophie hégélienne], dans la livraison de 1839 des Hallesche Jahrbücher). La critique du christianisme est à l’ordre du jour depuis David Friedrich Strauss (la Vie de Jésus, 1835) ; le lien de l’Église avec l’ordre politique de la Prusse apparaît de plus en plus net après la fusion des Églises luthérienne et réformée en une Église unique contrôlée par l’État. Malgré les gestes de détente de Frédéric-Guillaume IV, devenu roi de Prusse en 1840, le problème religieux tient une place prépondérante dans les attaques contre le régime politique, qui aboutiront à la révolution de 1848 : c’est dans cette atmosphère passionnée que paraît l’ouvrage le plus important de Feuerbach, Das Wesen des Christentums (l’Essence du christianisme, 1841 ; trad. fr., 1864, puis 1968). Il marque immédiatement tous les hégéliens (v. Hegel), dont il accentue les divisions : Marx rédige en 1845 ses Thèses sur Feuerbach, dont la véhémence, parfois élogieuse, plus souvent critique à l’égard de Feuerbach, témoigne de l’effet produit sur lui par l’Essence du christianisme. En 1886, Engels reviendra avec enthousiasme aux moments où il découvrait avec Marx ce livre : « Il faut avoir éprouvé soi-même l’action libératrice de ce livre pour s’en faire une idée. L’enthousiasme fut général : nous fûmes tous momentanément des feuerbachiens. »

Feuerbach a également écrit Das Wesen der Religion (l’Essence de la religion, 1845) et Vorlesungen über das Wesen der Religion (Leçons sur l’essence de la religion, 1851).