Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
F

fertilité (suite)

Ces deux démarches engendrent deux doctrines, quant aux commentaires sur la fertilité, parfois opposées dans des polémiques de techniciens, mais qui, en réalité, sont complémentaires. En effet, le sol qui porte les récoltes, même avec apport strictement minéral, conserve les résidus non exportés qui, généralement, fermentent et disparaissent dans l’intervalle de deux récoltes consécutives. Il y a toujours, dans les facteurs de fertilité, l’intervention de « fermentation » au sein du sol. Quand ces résidus enfouis ne fermentent pas dans cet intervalle, les rendements ne tardent pas à s’en ressentir : la fertilité est compromise.

Indépendamment de ces facteurs ayant trait aux apports nutritionnels tant minéraux qu’organiques, il y a lieu de préciser que l’initiative humaine s’exerce également par aménagement du milieu dans lequel se développent les racines, facilitant leur développement, par exemple par l’ameublissement (labours superficiels ou profonds, sous-solage, pulvérisation, sarclages), qui améliore la circulation conjointe de l’air et de l’eau dans la couche arable.

L’air, l’eau, l’ameublissement contribuent, à des titres divers, à la fois au développement des racines et au développement des fermentations de la matière organique, au point que l’on a pu rechercher une relation entre l’activité « fermentaire » d’un sol et sa fertilité et que, dans certains climats où les fermentations sont saisonnièrement paresseuses, l’ensemencement « bactérien » du sol a acquis droit de cité.

Il faut souligner que le sol, absorbant les apports minéraux, fermentant les apports ou résidus organiques, se comporte comme un atelier de fermentations, sur les processus desquelles se branchent les croissances végétales. Les sols fertiles fermentent, et digèrent davantage et mieux que les sols pauvres ; cela conduit à raisonner et organiser le travail du sol, et les apports qu’on y incorpore, comme s’il s’agissait de conduire une fermentation, avant d’obtenir une récolte.

J. K.


Quelques grands agronomes


Jean-Baptiste Boussingault,

v. Dumas (Jean-Baptiste).


Albert Demolon,

agronome et biologiste français (Lille 1881 - Paris 1954). Directeur au Centre national de recherches agronomiques de Versailles (1927-1946), il est l’auteur de travaux sur les végétaux, la pédologie, ainsi que sur l’action du soufre et des colloïdes en botanique. (Acad. des sc., 1946.)


Albert Howard,

agronome britannique (Bishop’s Castle, Shropshire, 1873 - id. 1947). Conseiller agricole des États de l’Inde centrale, il a publié un Testament agricole (1940).


Justus von Liebig,

v. Dumas (Jean-Baptiste).


E. John Russell,

agronome britannique (Frampton, Gloucestershire, 1872 - Goring, Oxfordshire, 1965). Leader incontesté de la recherche agronomique, il fut directeur du centre expérimental de Rothamsted de 1912 à 1943. Parmi ses ouvrages, consacrés à l’agronomie générale, on peut citer Soil Conditions and Plant Growth (1912).


Selman Abraham Waksman,

microbiologiste américain. V. bactériologie. Spécialiste de la microbiologie des sols, il a publié un ouvrage fondamental sur l’humus : Humus (1936).

 J.-B. Boussingault, Agronomie, chimie agricole et physiologie (Bechet, 1844 ; 2 vol. ; 3e éd., Gauthier-Villars, 1891 ; 8 vol.). / J. von Liebig, Chemische Briefe (Heidelberg, 1844 ; trad. fr. Lettres sur la chimie, Masson, 1847). / E. J. Russell, Soils Conditions and Plant Growth (Londres, 1912 ; 9e éd., 1961 ; trad. fr. les Conditions du sol et la croissance des plantes, Flammarion, 1924). / A. Howard, Agricultural Testament (Oxford, 1940 ; trad. fr. Testament agricole, Vie et Action, Marcq-Lille, 1940). / A. Demolon, Principes d’agronomie, t. I : Dynamique du sol (Dunod, 1956).

Fès

En ar. Fās, v. du Maroc ; 260 000 hab.


Fès est la cité du Maroc la plus chargée d’histoire, mais aussi l’une des grandes villes du pays dont l’accroissement démographique récent est le plus faible : 145 000 habitants en 1936, 180 000 en 1952, 216 000 en 1960, dont 9 000 étrangers. Le taux de croissance de 2 p. 100 entre 1936 et 1960 a été inférieur au croît naturel. Sa situation fait de Fès le centre de gravité du quart nord-ouest du Maroc, secteur le plus humide et le plus peuplé, au cœur du bassin du fleuve Sebou, en bordure de la riche plaine du Saïs, au carrefour des routes menant à l’est vers Oujda par le seuil de Taza, au nord vers Tanger par le pré-Rif et le Rharb, à l’ouest vers Meknès et Rabat, au sud vers le Tafilalet (Tāfilālt) par Bouleman ou Azrou. Le site de la ville de Fès est celui d’une vallée encaissée, celle de l’oued Fès, échancrant le rebord du plateau du Saïs, dont les calcaires régularisent le débit des sources dont l’abondance et la régularité ont compté parmi les avantages permanents de l’agglomération.

La ville aurait été fondée par Idrīs Ier en 789, mais c’est son successeur, Idrīs II, qui, à partir de 808, en entreprit vraiment l’organisation, fixant sur la rive gauche de l’oued Fès deux mille familles réfugiées de Tunisie et sur la rive droite huit mille familles expulsées d’Espagne. Il fit ainsi du quartier des Kairouanais et du quartier des Andalous les deux noyaux de Fās al-Bālī et donna à la ville, avec ses palais, ses mosquées, ses medersas et ses souks, les fondements de son rayonnement politique, religieux, intellectuel et commercial. Au xiiie s., les Marīnides, se jugeant à l’étroit sur les versants de l’oued Fès, élevèrent, sur un plateau plus à l’ouest, une ville « nouvelle », Fās al-Djadīd, avec vastes palais et casernes, auprès desquels, dans le mellāḥ, les Juifs vinrent chercher protection. Les xive et xve s. virent l’épanouissement de la ville, qui aurait compté plus de 120 000 habitants. Le choix de Marrakech comme capitale par les Sa’diens, celui de Meknès par Mūlāy Ismā‘īl ternirent aux xvie, xviie et xviiie s. cet éclat qu’au siècle suivant les sultans ‘alawītes rendirent à leur ville.