Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
F

fertilité (suite)

Appliquées à des terroirs anciennement cultivés et à des pratiques empiriques, résultant de l’expérience accumulée de générations d’agriculteurs, ces études mirent en évidence la nécessité de restituer aux sols qui en manquaient, ou plutôt qui n’en mettaient pas à la disposition des végétaux, les éléments « fertilisants » que les méthodes analytiques permettaient de doser. Ce fut, par l’analyse des cendres des végétaux, la première pratiquée, la mise en évidence des besoins en phosphore, potassium et calcium (éléments qui se trouvent aux plus hautes doses dans les cendres de la plupart des végétaux). Les besoins en azote ne furent précisés que plus tardivement. À la suite de ces travaux, l’entretien de la fertilité fut, pendant longtemps, obtenu par des restitutions de composés d’origines diverses apportant ces éléments : les « engrais ».

Les progrès de la chimie analytique firent, au début du xxe s., prendre conscience du rôle d’éléments minéraux qui, à bien plus faibles doses, jouent également leur rôle dans la fertilité des sols, et dont la présence, ou l’absence, et la mise à disposition conditionnent également l’importance des récoltes. Ce fut la période des oligoéléments, dont le champ d’application s’étend de plus en plus, sur toutes les terres cultivées et sur tous les continents.

Parallèlement, en face de cette évolution des connaissances ayant trait à cet aspect de la fertilité, et de l’extension de leur application, il convient de noter que, bien avant l’intervention de l’analyse chimique, la matière organique des sols était, sous le nom d’humus, considérée comme un facteur de fertilité, et une relation quantitative tendait à dominer cet aspect du problème.

D’où l’apparition, à propos de l’entretien de la fertilité, de deux courants d’opinion qui divisent encore à la fois agronomes et praticiens : certains pensent ne pouvoir agir sur la fertilité que par l’apport de produits « minéraux », en restitution aux sols cultivés ; d’autres considèrent l’humus comme étant simultanément le résultat, le résidu d’une situation antérieure et le milieu dans lequel s’élaborent, par voie microbienne et fongique, les facteurs « organiques » de croissance qui participent à la production, à la fertilité.

Entre ces deux tendances se trouve évidemment une attitude mixte, à la fois chimique, pour les restitutions, et bactériologique, pour les fermentations de la matière organique ; elle paraît rendre compte, avec davantage de vraisemblance et de rigueur scientifique, des caractères des sols fertiles.

Il convient d’ajouter que, à propos plus particulièrement de l’azote, dont l’atmosphère regorge, mais dont les sols ne sont pas toujours pourvus, les bactériologistes ont mis en évidence l’existence d’une microflore fixatrice d’azote qui, dans les sols fertiles, joue un rôle non négligeable, à condition bien entendu qu’ils soient pourvus des autres éléments. Le travail du sol, le renouvellement de ses surfaces en contact avec l’atmosphère améliorent la fixation « microbienne » de l’azote de l’air et, partant, la fertilité. Celle-ci ne dépend pas seulement de l’apport ou de la présence, dans les sols, des facteurs « chimiques » et « biologiques ». Il convient aussi que les mécanismes qui président à la nutrition radiculaire des végétaux puissent fonctionner : l’état physique du sol, l’épaisseur de la couche dans laquelle s’installent les racines, le niveau de l’eau dans le sol, ou plutôt la surface de séparation de l’eau et de l’air dans le sol, sont également des facteurs de fertilité ou de pauvreté quant aux récoltes obtenues.

La fertilisation consiste à maintenir ou améliorer la fertilité, mais celle-ci se dégrade suivant diverses circonstances :
— les unes en raison du climat : par exemple, les pluies abondantes du climat méditerranéen lessivent les sols de cette région, entraînant les produits solubles avant que les végétaux en aient tiré parti ;
— les autres en raison d’un déséquilibre entre, d’une part, les réserves du sol et ce que l’homme leur a ajouté et, d’autre part, les prélèvements, les exportations des récoltes.

Si, dans ce dernier exemple, les prélèvements sont inférieurs aux apports, le sol s’enrichit et son potentiel de fertilité s’accroît. Cela peut se produire dans un pâturage que l’on transforme en labour. Pendant la période de pâturage, il y a en général accroissement de la teneur en azote du sol. Cet élément sera utilisé dans la période des labours.

La fertilité est donc un capital sur lequel on fait des prélèvements et une trésorerie qui reçoit et qui donne.

L’évolution de la fertilité est également dépendante des méthodes d’organisation de la production. Les monocultures sont plus exigeantes, car leurs prélèvements d’éléments minéraux, constamment renouvelés dans une proportion constante, récolte après récolte, tendent à déséquilibrer les réserves d’éléments utiles du sol. Par contre, les assolements* de la polyculture, succession de productions différentes sur un sol donné, ménagent davantage les déséquilibres éventuels et préservent plus longtemps les potentiels de fertilité naturelle.

Pour maintenir ou améliorer la fertilité, c’est-à-dire agir à l’inverse de la démarche de l’agriculture minière, les agriculteurs se trouvent devant plusieurs types d’intervention sur les sols qu’ils travaillent :
— la démarche purement minérale, travaillant comme en présence d’une comptabilité analytique et conduisant à restituer aux sols ce qu’ont emporté les récoltes qu’ils ont portées. L’analyse chimique y fait régner ses lois, et cela revient à établir un équilibre comptable « entrées et sorties » des éléments ou radicaux fertilisants. Cette démarche a fourni d’excellents résultats, et nombre d’agronomes contemporains s’en tiennent à cette méthode d’entretien de la fertilité ;
— une démarche différente anime d’autres agronomes et d’autres agriculteurs ; elle vise à développer et entretenir dans les sols la présence et l’évolution de matières organiques en quantités variables suivant les climats et les méthodes de culture ; cette évolution intervenant, tant par les micro-organismes qui la provoquent que par les produits qui en résultent, sur la vitesse de croissance des végétaux, sur le coefficient d’assimilation des produits fertilisants mis en œuvre et, souvent sinon toujours, sur les caractéristiques organoleptiques et nutritionnelles des produits élaborés.