Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Fénelon (François de Salignac de La Mothe-) (suite)

 A. M. Ramsay, Histoire de la vie de messire F. de Salignac de La Motte-Fénelon (La Haye, 1723). / J. Lemaître, Fénelon (Fayard, 1910). / A. Chérel, Fénelon ou la Religion du pur amour (Denoël, 1934). / E. Carcassonne, Fénelon, l’homme et l’œuvre (Boivin, 1955). / J.-L. Goré, la Notion d’indifférence chez Fénelon et ses sources (P. U. F., 1956) ; l’Itinéraire de Fénelon. Humanisme et spiritualité (P. U. F., 1957). / F. Varillon, Fénelon et le pur amour (Éd. du Seuil, coll. « Microcosme », 1957). / L. Cognet, Crépuscule des mystiques : le conflit Fénelon-Bossuet (Desclée et Cie, 1958). / A. de La Gorce, le Vrai Visage de Fénelon (Hachette, 1958). / F. Gallouédec-Genuys, le Prince selon Fénelon (P. U. F., 1964). / H. Hillenaar, Fénelon et les jésuites (La Haye, 1967). / M. Haillant, Fénelon et la prédication (Klincksieck, 1969).

féodalité

Apparu chez les juristes anglais du xviie s., tel sir Henry Spelman (v. 1564-1641), le mot féodalité désigne d’abord, au sens étroit du terme, l’ensemble des institutions qui créent des liens de dépendance entre deux hommes libres, le seigneur et le vassal, le premier accordant au second sa protection en échange de la foi, de l’hommage et des services de ce dernier, qu’il rétribue en lui accordant l’investiture d’un bien à l’origine viager : le fief.


Au sens large, le terme s’applique à une société fondée sur les liens de dépendance d’homme à homme et dans laquelle une classe de guerriers spécialisés, qui inclut la totalité de la chevalerie, domine la masse paysanne, dont elle dirige et exploite les activités de production dans le cadre de la seigneurie rurale, qui lui sert de support économique mais avec laquelle il ne faut absolument pas la confondre. Par extension, le terme de féodalité a été parfois utilisé « pour caractériser des régimes politiques et sociaux n’ayant souvent avec elle que des ressemblances superficielles » (Robert Boutruche), dont la principale est l’existence de liens de subordination d’homme à homme, liens que l’on peut discerner dans certaines civilisations de l’Orient antique, du monde médiéval ou de l’Extrême-Orient. En fait, n’ayant rien de commun avec ces différents mondes, Japon excepté, la féodalité apparaît comme un pur produit de l’Occident médiéval.


Aux origines de la féodalité

Redoutant d’être victimes des troubles qui marquent la fin de l’époque mérovingienne, nombreux sont les petits propriétaires francs ou gallo-romains qui recherchent la protection d’un homme puissant sans pour autant être contraints de lui aliéner leur liberté.

Dans la tradition romaine ou germanique du patronage s’instaure alors un régime nouveau, défini dans le premier quart du viiie s. par la formule de Tours no 43 : la recommandatio, qui s’opère par les mains (per manus) et qui crée à titre viager des liens de dépendance entre un homme libre (ingenuus in obsequio) et un seigneur (dominus), sous la protection duquel il se place (mundium commendatio) et qui lui assure la nourriture, le vêtement, le logement et parfois une terre en échange d’un service de nature variable mais que les textes ne définissent pas et qui devait « être domestique, économique ou armé ou le tout à la fois » selon F. L. Ganshof.

En fait, plutôt que de lui abandonner la terre en toute propriété, le seigneur préfère très tôt la lui concéder en une tenure dont il conserve la propriété, mais qui se révèle particulièrement avantageuse pour le recommandé puisqu’elle est libre de toute charge, à l’exception parfois du versement d’un cens très modique : c’est le beneficium (« bénéfice », « bienfait »), dont nous connaissons bien un type particulièrement important, la précaire (precarium), faisant l’objet d’un contrat de précaire (precaria). En fait, l’octroi de bénéfices à des dépendants libres doit remonter au moins à la fin du viie s., puisque, dans une charte pour l’abbaye de Murbach en Alsace, le fils du duc de cette région. Eberhard, fait état vers 735-737 d’une pratique déjà ancienne lorsqu’il énumère les biens qu’il a concédés en bénéfice à ses vassaux (Ad vassos nostros beneficiatum habui). Ce document est d’ailleurs d’une importance capitale, car, pour la première fois, il mentionne la rencontre de deux institutions jusque-là indépendantes l’une de l’autre : le bénéfice, que nous venons de définir, et la vassalité, qui désigne l’ensemble des membres (gasindi, « compagnons »), en général d’humble origine, de la suite armée des rois, des optimates, des proceres, et qui constitue, au-dessous de la truste du roi, une seconde catégorie de dépendants, celle des guerriers domestiques.

Dérivé du celtique gwas (jeune garçon, serviteur), qui désigne un esclave, et de signification analogue aux termes puer et homo, etc., le mot vassus s’applique dès le viie s. à des hommes libres, mais dépendants.

L’évolution que connaît alors la commendatio et qui amène le commandé lui-même à se qualifier, sans doute par humilité, de vassus s’accompagne, dès le milieu du viiie s., de la prestation d’un serment de fidélité et de l’accomplissement d’un rite très symbolique, l’hommage, qui traduit la deditio du vassal à son seigneur en échange d’un cadeau de quelques sous et deniers.

Dans un empire au sein duquel ils entreprennent de restaurer le pouvoir royal, les Carolingiens comprennent alors tout le profit qu’ils peuvent tirer de l’union, en un même système d’institutions, de la vassalité et du bénéfice. En distribuant, en effet, à ce dernier titre, les terres d’Église confisquées par Pépin de Herstal et par Charles Martel aux grands du royaume considérés comme leurs vassaux immédiats, en incitant ces derniers à donner à leur tour une partie de leurs terres en bénéfice à leurs propres vassaux, les Carolingiens tentent de s’assurer la fidélité de leurs plus lointains sujets par le biais d’une pyramide d’engagements vassaliques consacrés par un serment de fidélité et remontant jusqu’à la personne même du souverain.