Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
F

fascisme (suite)

Cependant, le développement d’un nationalisme exacerbé chez les principaux dirigeants fascistes et la presse aux ordres, la jalousie secrète qu’éprouve Mussolini des succès extérieurs obtenus par Hitler* dans le cadre d’un régime analogue au sien poussent le Duce à vouloir combattre et annexer l’Abyssinie pour créer à l’Italie un domaine colonial comparable à ceux de la France et de l’Angleterre. En 1935, Mussolini croit avoir obtenu de Pierre Laval un blanc-seing en Afrique orientale en échange de concessions minimes dans l’arrière-pays tunisien. Aussi déclenche-t-il la guerre d’Éthiopie (v. italo-éthiopienne [guerre]), que cinquante-deux États stigmatisent à Genève comme une agression caractérisée. Mais ces pays reculent devant la seule mesure de rétorsion qui aurait pu placer l’Italie dans un embarras insurmontable : l’embargo sur le pétrole nécessaire à ses armées d’Afrique. Sous le commandement du maréchal Badoglio*, l’Italie triomphe donc en 1936 des forces du négus Hailé* Sélassié, succès exploité hors de toute mesure par le régime et son chef. Les fascistes préparent dès lors un renversement des alliances traditionnelles de l’Italie avec les grandes puissances démocratiques en s’associant, dans la guerre civile d’Espagne, aux contingents hitlériens qui apportent une aide au général Franco (Axe Berlin-Rome). En 1938, Mussolini joue encore à Munich un rôle de « brillant second » auprès du Führer, auquel est sacrifiée la Tchécoslovaquie, et, tandis que les puissances occidentales se préparent à une seconde guerre mondiale, qui apparaît désormais inévitable devant le déchaînement des ambitions allemandes, le gouvernement fasciste lie son sort à celui du national-socialisme par le pacte d’acier (22 mai 1939). Quelques semaines auparavant (7 avr.), l’Italie a envahi et occupé l’Albanie pour répondre, par un coup d’audace similaire, à l’annexion de la Tchécoslovaquie.

Dès le début du second conflit mondial, le Duce veut se joindre à l’Allemagne. Hitler et von Ribbentrop y comptent, tout en ayant laissé leur allié dans l’ignorance complète de leur dessein d’agression immédiate contre la Pologne. Le comte Ciano (1903-1944), gendre de Mussolini et ministre des Affaires étrangères, réussit, toutefois, à retenir son beau-père pendant près d’un an, après lui avoir prouvé que l’Italie, dont les arsenaux ont été vidés par les deux expéditions d’Abyssinie et d’Espagne de leur matériel de guerre, non reconstitué, est hors d’état de prendre part à un nouveau conflit, ce que confirment les chefs d’état-major consultés. Mussolini supporte cette « non-belligérance » forcée avec une impatience croissante, mais, après les premiers succès allemands sur le front occidental en mai 1940, il ne peut admettre de rester encore passif et, malgré les avis pessimistes de ses généraux, non seulement il déclare la guerre à la France, sans d’ailleurs pouvoir faire pénétrer ses troupes sur son territoire au-delà de Menton, ni en aucun point sur les Alpes, mais il se lance en octobre 1940, encore une fois contre les conseils de la plupart des chefs responsables, dans une opération de prestige contre la Grèce, alliée de la Grande-Bretagne, opération qui se change rapidement en désastre et oblige Hitler à intervenir directement dans les Balkans.


Vers la chute

Les troupes italiennes ont servi mollement cette entreprise impopulaire. Dès ce moment, les plus lucides des dirigeants fascistes, et surtout Dino Grandi, revenu de son ambassade de Londres et alors président de la Chambre des Faisceaux et Corporations, pressentent la défaite probable, d’autant qu’en Libye aucun avantage décisif n’est obtenu et que l’Italie perd la majeure partie des bâtiments qu’elle y envoie pour ravitailler ses effectifs et ceux du Reich. L’intervention américaine et les échecs allemands dans la campagne de Russie achèvent de déprimer l’opinion publique de la péninsule, où la pensée d’une paix séparée avec les Alliés progresse très rapidement après le débarquement allié en Afrique du Nord (8 nov. 1942) et surtout en Sicile (juill. 1943), île que les troupes allemandes défendent pratiquement seules.

En mars 1943, le Duce lui-même, au témoignage de Ciano, a envisagé de rompre les liens avec l’Allemagne, mais celle-ci a en Italie des forces plus nombreuses et plus sûres que celles de son alliée, et l’idée se révèle irréalisable.

Une entente se noue entre la plupart des membres du Grand Conseil fasciste — organisme suprême du régime que Mussolini n’a plus réuni depuis le début des hostilités — pour que celui-ci fasse son autocritique et se démette, entre les mains du roi, des pouvoirs militaires considérables qu’il a revendiqués en violation flagrante de la Constitution italienne et que le roi Victor-Emmanuel III a bien hésité à lui accorder.

La nuit du 24 juillet 1943 voit se prononcer à la fois contre la conduite des opérations et contre la prolongation de la dictature, sur un ordre du jour de Dino Grandi, presque tous les « hiérarques » fascistes. Mussolini croit encore pouvoir l’emporter le lendemain, lorsqu’il va rendre compte au roi de la réunion. Mais Victor-Emmanuel a tout prévu de son côté pour remplacer Mussolini par un gouvernement militaire présidé par le maréchal Badoglio ; dans un entretien dramatique, il demande à Mussolini sa démission et le laisse arrêter par ordre du nouveau Premier ministre. Privé de son chef, le fascisme authentique s’écroule parmi les manifestations de la joie populaire, contenue cependant par la présence des troupes allemandes, présence qui a contraint le roi à chercher lui-même un asile sûr, en septembre, avec son nouveau gouvernement, dans la région des Pouilles, qui a déjà été occupée par les Alliés.

Hitler réussit à faire libérer Mussolini par un groupe de parachutistes allemands commandé par le major Otto Skorzeny, puis à le faire ramener auprès de lui en Allemagne, pour lui enjoindre ensuite de retourner dans la partie de l’Italie septentrionale encore occupée par l’armée allemande, afin d’y reconstituer un succédané du régime fasciste et un cabinet fantoche. Ce sera la « République sociale » de l’Italie du Nord, où le Duce essaiera vainement de redonner, sous le contrôle allemand, un lustre d’emprunt à un régime discrédité, servi encore par quelques hommes estimables, mais surtout par des profiteurs serviles, qui, en 1945, tomberont presque tous, comme Mussolini lui-même, sous les feux de salve de la Résistance intérieure.