Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
F

fanfare (suite)

Mais, en dehors du théâtre lyrique, l’accroissement des effectifs orchestraux a permis là aussi d’opposer à l’orchestre proprement dit soit une fanfare, soit une harmonie, plus ou moins réduite, dont les interventions avaient un caractère de fanfare. Des exemples ont été donnés par Mahler (deuxième symphonie, 1888-1894), Janáček (premier mouvement de la Sinfonietta, 1926, inspiré par les sonneries des Sokols) ou Villa-Lobos (quatrième symphonie, la Victoire, 1919 ; cinquième symphonie, la Paix, 1920). Mais, sans qu’il y ait eu lieu, comme dans les cas déjà cités, de procéder à des dispositions spéciales, les vents habituellement employés dans l’orchestre ont été utilisés séparément, par opposition aux cordes qui les suivaient ou les précédaient, leur nombre étant suffisant pour atteindre à une grande plénitude de sonorité. Citons comme exemples types les fanfares initiales du prélude du Roi malgré lui de Chabrier ou de la quatrième symphonie de Tchaïkovski. Quant aux fanfares où les cordes apportaient seulement aux vents un simple soutien harmonique ou rythmique, mentionnons celle peu connue de Ravel pour le ballet collectif l’Éventail de Jeanne (1927) et surmontée de cette plaisante indication : « wagneramente ». Enfin, un emploi très heureux aussi des cuivres dans le style fanfare a été proposé en 1948 par Jacques Castérède pour accompagner un récitant (Fanfares pour trois proclamations de Napoléon).

F. R.

➙ Instruments à vent (cuivres) / Musique militaire / Saxophones.

Fangs ou Pahouins

Ethnie que l’on trouve au Gabon, au Cameroun et en Guinée équatoriale. Les Fangs occupent le nord et l’ouest (jusqu’à la côte) du Gabon, dont ils constituent un tiers de la population (env. 150 000 personnes) ; légèrement moins nombreux en Guinée, ils le sont quatre fois plus au Cameroun. Le territoire qu’ils habitent est une région de forêts et de savane arborée, parcourue dans sa partie méridionale par l’Ogooué.


L’implantation des Fangs remonte à la seconde moitié du xviiie s. Mais les divers groupes de cette ethnie se sont interdispersés au cours de migrations incessantes. Ils ont donc adopté des traits culturels propres aux peuples rencontrés. Et c’est dans le Bas-Gabon, à l’achèvement de leur course, que les groupes fangs présentent un état de confusion maximale.

Ces éclatements successifs et ces migrations rendent très difficile toute détermination rigoureuse de la nature des groupements actuellement répartis à travers le pays fang.

Les identités tribales ont perdu depuis longtemps leur signification sociologique. Les migrations se sont marquées par un processus de domination militaire en vue du contrôle des circuits et des points de traite. G. Balandier va jusqu’à définir l’ethnie fang comme une « société transportable », faite pour la guerre. Elle possède une structure par patrilignages emboîtés. La fission de clans exogames donne naissance à des lignées constitutives de villages. Cette situation tient à une organisation sociale qui accorde la prééminence économique et politique aux aînés. La volonté d’indépendance, qu’expriment les « têtes » des lignages dès que leur groupement a pris quelque volume, ne se trouve pas contrariée. C’est la personnalité des leaders qui détermine l’importance et la cohésion des groupements.

La société fang ne connaît pas d’organisation hiérarchique. Il n’existe même pas de mot spécial pour désigner le chef. La faiblesse originelle des liens avec la terre rendait impossible toute stabilisation sociale fondée sur la territorialité. Par ailleurs, l’esclavage, même domestique, était inconnu des Fangs. En fait, le plus influent est le plus capable, quoique dans les villages la qualité de chef soit en général dévolue de fils aîné à fils aîné dans le lignage issu du fondateur. Il est contrôlé par un conseil qui ne comprend pas seulement les représentants de tous les lignages mineurs, mais qui est aussi ouvert au meilleur guerrier, au plus riche, au plus habile à régler les palabres ainsi qu’aux dignitaires des « associations ».

Le système des associations procure en fait les moyens d’une cohésion sociale difficile à affirmer. Le culte bieri est à la fois un culte d’initiation et un culte des ancêtres : on y affirme la continuité de la lignée, l’initiation à ce culte crée des groupements de jeunes gens appartenant sensiblement aux mêmes classes d’âge. Mais il existe des associations qui ne fonctionnent pas dans le cadre de la parenté. Ainsi, le ngil est une association rituelle, sollicitée dans les moments de crise grave. Le ngil a une valeur thérapeutique, qui sert en même temps d’élément de cohésion tribale et interclanique. Les membres du ngil portaient des masques blancs sévères. Les Fangs connaissent d’autres associations d’hommes à fonctions spécialisées : l’une d’elles est exercée par l’akoum, espèce de chantre chroniqueur qui intervient lors des funérailles et des affaires mettant en cause la fécondité.

Enfin, l’association dite « des sorciers », böyem, joue un rôle plus ambigu d’opposition à l’ordre social. Pour G. Balandier, elle représente « la part la plus individualisante, la plus révolutionnaire de la culture fang ».

Cette société, dont l’implantation spatiale est hétérogène, fonde son alliance sur une double exogamie clanique, paternelle et maternelle. L’ancienne division du travail — la chasse et le commerce pour l’homme, l’agriculture pour la femme — a disparu avec le développement des cultures commerciales : cacao, arachides, palmistes. Les cultures vivrières sont essentiellement consacrées au manioc, à l’igname, au maïs et à la banane plantin. La chasse et la cueillette sont également pratiquées. Le commerce de l’ivoire a disparu. Ce sont les activités agricoles de plantation qui font la richesse des villageois maintenant sédentarisés. Le développement des cultures commerciales a donné naissance à des sociétés de travail de jeunes qui n’existaient pas dans la société fang originelle.