Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

expressionnisme (suite)

peintre et graveur allemand (Aschaffenburg 1880 - Frauenkirch, près de Davos, 1938). Il se forme à Dresde et à Munich, étudie les gravures de Dürer à Nuremberg, les sculptures africaine et océanienne au musée ethnographique de Dresde. Cofondateur de Die Brücke, sa personnalité a dominé le groupe. Il subit l’influence de Van Gogh et de Munch, puis la pratique assidue de la gravure l’amène, comme ses camarades Heckel et Schmidt-Rottluff, à élaborer un style pictural elliptique et vigoureux. À Berlin, en 1911, la connaissance du cubisme le fait développer une manière plus analytique (scènes berlinoises, 1912-1914). Il grave pendant la guerre des bois pour Peter Schlemihl de Chamisso et se retire en Suisse, à Davos, en 1917. Les tendances abstraites de l’après-guerre autant que l’objectivité crispée de la Neue Sachlichkeit s’intègrent difficilement à sa peinture, tandis que son œuvre gravée conserve jusqu’au bout une qualité fort homogène. La confiscation par les nazis de 639 de ses œuvres achève de démoraliser l’artiste, qui se suicide.


Franz Kline,

peintre américain (Wilkes-Barre, Pennsylvanie, 1910 - New York 1962). Il se forme à l’école des arts appliqués de Boston ainsi qu’à Londres (1931-1938). À New York, en 1938, il exécute des caricatures pour vivre et commence à peindre des tableaux assez réalistes. Stimulé par l’exemple de Pollock et de De Kooning, il s’essaie à dessiner avec le maximum d’improvisation et, à partir de 1950, abandonne la couleur pour le noir et blanc, en même temps qu’il donne plus d’ampleur à ses formats. Sa manière abstraite, qui rappelle souvent l’architecture des ponts et des métros aériens qu’il peignait naguère, est une sorte d’hommage à l’aspect le plus triste de New York. À partir de 1957, il réintroduit les teintes vives dans ses compositions.


Robert Motherwell,

peintre américain (Aberdeen, État de Washington, 1915). Il fit des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Columbia. Il s’intéresse vivement à la psychanalyse et particulièrement à l’inconscient sexuel révélé par Freud, rejoignant en cela le surréalisme. Il commence à peindre à New York en 1940. Ses premières œuvres évoquent l’art spontané de Klee, de Miró, de Matta, avec lequel il était lié. Mais bientôt il donne à ses compositions une structure plus ample et ferme, en même temps qu’il privilégie les grands contrastes de valeur. À partir de 1949, la suite des Élégies inaugure une méditation sur la vie et la mort, sur la révolte de l’homme et sur l’amour. Après 1960, le paysage devient pour l’artiste une source fréquente d’inspiration.


Otto Mueller,

peintre et graveur allemand (Liebau 1874 - Breslau 1930). Il apprend de bonne heure à lithographier et est élève de l’académie de Dresde (1894-1896). Arrivé à Berlin en 1908, il devient membre de Die Brücke deux ans plus tard. Le thème du nu et du couple, constant dans son œuvre, illustre la nostalgie d’un état édénique ou le trouble insidieux de la complicité érotique. D’ascendance maternelle tzigane, les bohémiens sont ses modèles favoris. Mueller évolue peu après 1920, alors que, fixé à Breslau depuis 1919, il enseigne à l’école des beaux-arts.


Jules Pascin

(Julius Pinkas, dit), peintre et dessinateur américain d’origine bulgare (Vidin 1885 - Paris 1930). À dix-sept ans, il commence à publier à Munich ses premiers dessins pour les revues Jugend et Simplicissimus. Il séjourne à Berlin et arrive à Paris à Noël 1905. En 1914, il part pour New York, voyage en Floride, en Louisiane et à Cuba. Il revient en 1920 à Paris, où il se suicidera dix ans plus tard. Son œuvre presque entière est dévolue à la femme, et tout particulièrement à celle des maisons closes, dont il sut restituer l’atmosphère d’abandon animal et heureux autant que d’obscénité.


Max Pechstein,

peintre et graveur allemand (Zwickau 1881 - Berlin 1955). Il se forme à l’académie de Dresde et adhère à Die Brücke en 1906. Plus sollicité que les autres membres du groupe par l’extérieur, il voyage en Italie, passe par Paris en 1908 et s’installe à Berlin ; en 1914, il se rend aux îles Palaos. Son art, moins abrupt, se rapproche de celui des fauves français. En 1945, il est nommé professeur à l’école des beaux-arts de Berlin.


Egon Schiele,

peintre autrichien (Tulln 1890 - Vienne 1918). Il étudie à l’école des beaux-arts de Vienne et, dessinateur extrêmement doué, est très influencé à ses débuts par Klimt. Son art, essentiellement graphique, restitue un univers d’une solitude tragique qui ne connaît d’autre recours qu’un érotisme exaspéré. Les postures explicites de ses couples valent à l’artiste deux semaines de prison en 1912. Ses paysages, assez différents, rappellent ceux du Suisse Hodler et annoncent parfois ceux de Klee. Schiele meurt prématurément, frappé par l’épidémie de grippe espagnole qui emporte également Klimt. Par son sentiment de frustration sexuelle, il offre quelque analogie avec Die Brücke, mais il s’en distingue par un excès d’autoanalyse presque morbide.


Karl Schmidt-Rottluff,

peintre et graveur allemand (Rottluff, près de Chemnitz, 1884 - Berlin-Ouest 1976). Il est un des cofondateurs de Die Brücke à Dresde en 1905. D’abord excellent graveur sur bois, ses premières peintures le montrent débiteur de l’impressionnisme ; c’est à partir de 1911 que la synthèse entre le style graphique et le style pictural est réalisée dans son œuvre (paysages de Norvège). Schmidt-Rottluff s’installe à Berlin en 1911 et grave durant la guerre une suite de bois inspirés par l’Ancien Testament. Après 1920, paysages et figures sont traités avec une familiarité réaliste ou plus abruptement stylisés. Le régime nazi lui interdit de peindre en 1941. Retiré à Chemnitz de 1943 à 1947, Schmidt-Rottluff revient ensuite à Berlin. Il y fonde en 1967 un musée consacré à Die Brücke.


Clyfford Still,

peintre américain (Grandin, North Dakota, 1904). Il est professeur au Washington State College de Pullman (1933-1941) et à la California School of Fine Arts de San Francisco (1946-1950). Dans les années 40, il procède notamment de Miró, puis met au point son style, où de vastes champs colorés sont accidentés de taches violemment contrastées, l’effet produit évoquant des configurations naturelles chaotiques. Il superposera ensuite les couches de couleur, qui empiètent les unes sur les autres à la manière des affiches lacérées, avant que celles-ci ne soient directement exploitées par les pop’artists.


Frits Van den Berghe,