Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

allemande (République démocratique) (suite)

La R. D. A. est de tous les États socialistes celui qui a le mieux réussi en matière économique, mais elle n’a pas encore atteint le niveau de la R. F. A., ni celui des autres pays occidentaux. Les nécessités stratégiques font que l’Union soviétique ne peut renoncer à y maintenir ses troupes sans des garanties que l’on voit mal les puissances occidentales lui donner. Aussi, pour se maintenir, la R. D. A. est-elle obligée de garder une structure rigide et de faire preuve de dogmatisme idéologique. Il n’en reste pas moins qu’elle a réussi partiellement son pari économique et que ces dernières années ont vu le régime se renforcer, mieux accepté par les habitants et reconnu par de nombreuses puissances dans le monde.

F. G. D.


La population

L’évolution démographique de la R. D. A. est l’une des plus originales de l’Europe. En 1971, sa population ne dépasse que de 525 000 habitants le chiffre de 1939 (16 700 000 hab.). En 1948, le chiffre de 19 millions est dépassé grâce à l’afflux de plus de 3 millions de réfugiés de l’Est, compensant largement les pertes de la guerre, mais il ne sera plus jamais atteint : la chute se poursuit jusqu’en 1966, année où le chiffre de la population se stabilise légèrement au-dessus de 17 millions. Les mouvements naturels jouent certainement un rôle dans cette évolution : l’excédent naturel depuis 1948 ne dépasse 0,5 p. 100 qu’en 1951 ; il tombe à moins de 0,3 p. 100 en 1957 et en 1958. La guerre a entraîné la réduction des classes jeunes et, par là, un déficit des naissances et un vieillissement au moins relatif de la population.

Mais la cause principale du déficit réside dans le bilan migratoire fortement négatif. Les réfugiés notamment, parfois mécontents des nouvelles conditions économiques et politiques, passent à l’Ouest en grand nombre. L’hémorragie subie au cours de l’été 1961 explique la décision brutale de construire le mur de Berlin, qui empêche désormais tout passage de l’Est à l’Ouest. Mais les transferts ont eu une grande importance sur l’économie, puisqu’ils ont affecté les classes jeunes, en âge de travailler, et les catégories sociales les plus qualifiées (cadres et ingénieurs, commerçants et artisans, intellectuels), alors que les manœuvres et les paysans ont été beaucoup moins sensibles à l’appel de l’Ouest.

Cette perte de substance démographique reste un grand sujet de préoccupation : les structures démographiques s’en trouvent étrangement déséquilibrées. On relève d’abord une disproportion excessive de la sex ratio : en 1953, on comptait pour 100 hommes 127 femmes (en Allemagne occidentale : 112) ; en 1968, on en comptait encore 119, soit 1 million et demi en excédent (dans la seule ville de Dresde, plus de 200 000).

La pyramide des âges présente une asymétrie prononcée. En outre, on constate un vieillissement sensible de la population, ce qui entraîne un accroissement excessif du nombre et de la proportion des personnes inactives — donc du montant global des pensions et des retraites —, ainsi qu’une diminution du nombre total des femmes en âge de procréer.

Ainsi, les taux d’activité dans la population en âge de travailler comptent-ils parmi les plus élevés du monde (plus de 77 p. 100), et la proportion de l’élément féminin approche 47 p. 100 des actifs, avec des différences sensibles selon les secteurs d’activité : 40 p. 100 dans l’industrie, 46 p. 100 dans l’agriculture, mais 63 p. 100 dans les postes et 65 p. 100 dans les activités commerciales. Une législation draconienne tente de maintenir l’effectif global de la population active en créant de nombreux instituts de formation professionnelle pour les femmes et en maintenant au travail les personnes atteintes par l’âge de la retraite. L’immigration originaire des pays socialistes des Balkans prend quelque ampleur. Les progrès rapides de l’automation dans les branches de pointe s’expliquent certainement par cette angoissante pénurie de main-d’œuvre. C’est la répartition sectorielle et géographique de la population qui a subi les moindres changements. De 1939 à 1965, on enregistre une baisse de 4 p. 100 dans l’agriculture, une nette augmentation dans le secteur tertiaire (de 34 p. 100 à 37,1 p. 100) et une relative diminution dans l’industrie. Les villes semblent moins affectées que les campagnes par la diminution générale, mais, cependant, elles sont loin d’avoir retrouvé leur population d’avant guerre. Les districts les moins urbanisés enregistrent donc les pertes les plus sévères.


Structures et bilan de l’agriculture

L’application des principes socialistes a apporté des changements profonds dans la répartition de la propriété. Avant la guerre, le trait caractéristique résidait dans l’opposition entre le régime de la grande propriété des junkers et la propriété exiguë des paysans pauvres : plus du tiers de la superficie cultivée était aux mains d’une dizaine de milliers de propriétaires (un peu plus de 2 p. 100 du nombre total), et la moitié des propriétés paysannes couvraient en moyenne moins de 5 ha chacune.

En un premier stade, les autorités ont confisqué, et généralement démembré et loti, les grands domaines : une partie d’entre eux, intacts ou remembrés, sont devenus biens d’État (Volkseigenes Gut ou Volksgut [VEG]), gérés comme les sovkhozes soviétiques, aux fins soit d’assurer une grosse production, soit de constituer des fermes expérimentales et modèles (Mustergut). La majeure partie a été distribuée entre les salariés agricoles sans terre, les petits fermiers, les réfugiés : ainsi furent constituées 150 000 nouvelles fermes d’une superficie moyenne de 15 à 20 ha. Chacun de ces nouveaux paysans a reçu une aide de l’État.

Le mouvement de collectivisation commence avec l’élimination de la classe moyenne, dont les biens n’ont pas été affectés par ce premier partage ; puis, en 1952, se constituent les premières coopératives. En 1967, le pourcentage de terres cultivées dans les coopératives de type kolkhozien dépasse 85 p. 100, et sont en place plus de 13 000 landwirtschaftliche Produktionsgenossenschaften (LPG). Ces coopératives ont été classées en trois types. Le type supérieur ne laisse à chaque famille d’exploitant ayant abandonné ses terres à la collectivité qu’un lopin individuel très réduit ; il tend à se développer aux dépens du type inférieur et du type moyen, qui tolèrent une partie plus importante des biens sous le régime de la propriété individuelle. Ces coopératives reçoivent l’aide en machines et en engrais de l’État. La consommation d’engrais chimiques figure parmi les plus élevées du monde. On compte un tracteur pour 35 ha de labours (plus de 130 000 tracteurs au total).