Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

allemande (République démocratique) (suite)

Le Mecklembourg se composait de la partie orientale de l’ancienne province prussienne du Hanovre et de la partie occidentale de la Poméranie ; il constitue aujourd’hui les districts de Rostock, de Schwerin et de Neubrandenburg. Il correspond aux « croupes baltiques », collines atteignant par endroits 180 m d’altitude, découpées par de nombreux cours d’eau dessinant un réseau de vallées empâtées par les dépôts morainiques et postglaciaires, et occupées par des lacs ou des marécages mal drainés. C’était la région de grande agriculture extensive pratiquée sur les vastes domaines des junkers, qui exploitaient une main-d’œuvre sans terre : convertis en exploitations d’État, recevant des engrais et des machines, ces domaines pratiquent désormais, en rapport avec l’élevage bovin, une agriculture plus intensive à base de céréales et de betteraves. La rénovation de l’habitat a provoqué la concentration de la population rurale en villages-centres.

La côte Baltique a pris une grande importance. Kiel et Lübeck appartiennent à l’Allemagne occidentale, et Szczecin (l’anc. Stettin), port de Berlin avant 1940, à la Pologne. La R. D. A. a modernisé les vieux ports hanséatiques en déclin, au fond d’estuaires envasés ou barrés de flèches de sable : ainsi Wismar, Stralsund et surtout Rostock et son avant-port de Warnemünde, dont le trafic atteint aujourd’hui 10 Mt, sont devenus des ports de pêche, de commerce avec les États baltiques (notamment la Suède, la Pologne, l’U. R. S. S.), sièges de grands chantiers navals exportateurs. Les plages et l’île de Rügen ont un intérêt touristique.


Berlin-Est

La zone d’occupation soviétique de Berlin est devenue en 1952 le quinzième district de la R. D. A. La Constitution en a fait la capitale de la République. En 1953, l’administration de la ville s’est alignée sur celle de l’État. Les organes centraux y sont localisés : chambre du peuple, ministères, services du Plan. La limite entre les deux villes, matérialisée par le mur de 1961, est considérée comme une frontière d’État.

Berlin-Est s’étend sur la partie orientale de l’agglomération d’avant-guerre, comprenant la majeure partie du centre ancien, notamment la city, et les quartiers industriels et résidentiels à l’est de la Sprée ; au total : 8 des 20 arrondissements, 45,6 p. 100 de la superficie et 37 p. 100 de la population du Grand Berlin de 1939.

L’activité industrielle se concentre autour du port fluvial sur la Sprée et le long du canal qui l’unit à l’Oder. La moitié de la production industrielle est fournie par l’électromécanique, plus du dixième par la chimie, le reste par la confection et les gros combinats alimentaires. Berlin-Est abrite le tiers des sièges des grandes entreprises d’État de la R. D. A. et assure plus de 10 p. 100 de la valeur globale de la production industrielle de l’État.

La population a diminué d’un tiers par rapport à 1939. Pourtant, par la concentration accrue des activités administratives et culturelles, Berlin-Est prend peu à peu le visage d’une authentique capitale, mais elle reste la moitié d’une ville.

A. B.


L’histoire de la République démocratique allemande


La zone soviétique d’occupation

Dès 1945, le gouvernement militaire soviétique organisa sa zone d’occupation selon les critères d’un régime socialiste. De 1945 à 1949, le processus de marxisation fut assez lent, car l’Allemagne soviétique n’était qu’une des zones allemandes et l’Union soviétique pouvait espérer une réunification à son profit autour de sa zone. Très vite, en tout cas, les partis ouvriers furent reconstitués : la Kommunistische Partei Deutschlands (KPD) et la Sozialdemokratische Partei Deutschlands (SPD), sensiblement plus importante. Peu après apparurent le parti libéral démocratique (Liberal-Demokratische Partei Deutschlands [LDPD]) et la Christlich-Demokratische Union (CDU).

Le régime d’occupation soviétique favorisa aussi le développement des syndicats, mais les Russes mirent en place une organisation militaire qui s’assignait un double but : renforcer la sécurité soviétique, fournir à l’économie de l’U. R. S. S. les éléments indispensables à sa reconstruction. Sa sécurité, l’U. R. S. S. l’assura en faisant reconnaître la cession du nord de la Prusse-Orientale et en plaçant sous administration polonaise tous les autres territoires à l’est de la ligne Oder-Neisse. Les Russes procédèrent en outre à une dénazification accélérée et, dès le 27 août 1945, obligèrent tous les anciens nazis à se faire recenser dans les Kommandantura. Bon nombre furent emprisonnés.

Parallèlement, l’U. R. S. S. entreprit de démonter l’économie allemande et de transporter sur son territoire machines, voies ferrées, usines. Environ 40 p. 100 de l’équipement industriel de la zone Est fut ainsi déplacé.

Mais, pour assurer sa sécurité, l’U. R. S. S. jugeait nécessaire de changer les structures économiques de sa zone d’occupation. Le 11 juin 1945, le parti communiste proclama son désir de voir se construire « une République parlementaire qui achèverait la transformation démocratique bourgeoise commencée en 1848 » ; cela laissait penser que la zone soviétique ne se verrait pas imposer un régime communiste, mais qu’au contraire elle s’engagerait sur une « voie spécifique vers le socialisme », que prônaient alors nombre de communistes restés en Allemagne, tel Anton Ackermann.

L’Allemagne de l’Est connut presque aussitôt de grands changements. Dès septembre 1945 eut lieu la réforme agraire. En avril 1946, 2 millions d’hectares avaient changé de propriétaire pour être attribués à 400 000 familles. Cela permit au parti communiste, qui animait ces bouleversements, de s’implanter fortement dans les régions agricoles.

Sur le plan industriel, l’évolution fut plus lente. On se contenta d’instaurer des conseils d’entreprise (Betriebsräte), mais la production ne démarra que très lentement. Elle était encore à l’indice 43 en 1946 pour 100 en 1936.