Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Europe (suite)

Des côtes articulées

L’architecture complexe de l’Europe contribue à l’articulation de ses rivages. Disposition du relief et dernières phases de la glaciation expliquent la profonde pénétration des mers intérieures et l’extrême découpage des côtes. Ainsi, la Baltique, bassin digité peu profond, a été creusée par l’inlandsis en voie de retrait, alors que s’ouvraient les détroits danois et se produisait le soulèvement isostatique des côtes de Scandinavie. Ses îles, ses écueils sont les sommets de collines morainiques ou l’affleurement du substratum épargné par l’action glaciaire ; le golfe de Finlande témoigne d’une phase de creusement ; le golfe de Botnie, de l’emplacement d’un lobe glaciaire. Les langues formées sur les plateaux, ou fjelds, de Norvège ont surcreusé les vallées, devenues des fjords profonds et digités en Norvège (les firths en Écosse). Les dernières transgressions marines résultant de la fonte des glaces au nord ont été sensibles sur les côtes de l’Europe atlantique, puisque la Manche est de formation récente et que l’avancée de la mer a provoqué le comblement des golfes, et l’ennoiement des vallées creusées par les petits fleuves côtiers, sous la forme de rias, comme en Bretagne. Autour de la Méditerranée, les terrasses, ou plages, soulevées marquent les rythmes du niveau marin, la dernière transgression ayant envahi le fond de l’Adriatique et modelé cette côte typique des canali parallèles aux chaînes Dinariques du littoral et des îles de l’archipel dalmate. Les archipels égéens résultent de l’effondrement fractionné d’un massif ancien, alors que la mer Noire se séparait de la Caspienne et s’ouvrait à la Méditerranée par le Bosphore et les Dardanelles. Les grandes îles, Corse, Sardaigne et Sicile, représentent à la fois des môles anciens soulevés et des fragments de chaînes alpines.

Ainsi, peu de régions du monde offrent de si grandes possibilités à la navigation, à l’établissement de ports en eaux profondes, de sites de passage et de surveillance (Copenhague et Göteborg, Calais et Douvres, Gibraltar, Malte, Istanbul). Avec le Japon et le nord-est de l’Amérique du Nord, l’Europe est une des trois régions privilégiées dans les activités maritimes. Ainsi s’explique la place tenue par les États européens dans les domaines des flottes marchandes, des constructions navales, de l’activité portuaire et de la pêche maritime.


Les climats modérés de la zone tempérée

Articulée par ses côtes, morcelée par son relief, l’Europe bénéficie de climats relativement modérés et extrêmement variés. Elle est presque entièrement située dans la zone tempérée, puisque son territoire s’allonge en latitude de 71° à 36° N. seulement. La toundra n’occupe qu’une frange assez mince le long de l’océan Arctique et de la mer Blanche, dont le littoral reste dégagé de glaces en hiver grâce au maintien d’eaux relativement tièdes. Au sud, la palmeraie d’Elche en Espagne, l’élevage de chameaux dans la Turquie d’Europe annoncent seuls la proximité du monde tropical désertique. Le territoire européen, de ce point de vue climatique, est donc presque entièrement apte à l’agriculture : la limite septentrionale de la culture du seigle traverse la partie sud de la Scandinavie. Grâce aux hybrides, celle du maïs remonte fort loin vers le nord, jusqu’aux Pays-Bas et aux États baltes. De l’estuaire de la Loire au littoral de la mer Noire et de la mer d’Azov, par les Ardennes, les vallées du Rhin, du Main et du Danube, court la limite de la vigne. Au sud du 45e parallèle, de nombreuses plantes venues d’Afrique, d’Asie et d’Amérique se sont acclimatées : agrumes, fruits tropicaux, oléagineux. Ainsi, subissant des actions variées, les climats restent partout tempérés : même la plaine russe, à latitude égale, enregistre des minimums d’hiver très supérieurs à ceux de Sibérie. Il n’y a en Europe ni banquise ni déserts, et aucune de ses régions ne connaît, comme les autres continents, de sécheresses catastrophiques ou de pluies diluviennes durant des saisons entières.

Ses climats sont également fort variés : les temps changent d’une année à l’autre, d’un mois et d’un jour à l’autre, si bien que la prévision météorologique ne peut s’exercer efficacement que sur deux ou trois jours. D’une part, en effet, le climat tempéré est caractérisé par la succession de quatre saisons de durée à peu près égale, chacune d’entre elles comportant de nombreuses variantes et des transitions. D’autre part, l’irrégularité et l’indécision, l’instabilité des grandes masses d’air, des anticyclones et des trajectoires des dépressions cyclonales originaires de l’Atlantique Nord provoquent une infinité de situations. Les types de temps définis par les météorologues se succèdent en toutes saisons à des vitesses inconnues sur les autres continents, aux climats plus stables, comme ceux des moussons, des déserts, de la zone tropicale humide : temps anticyclonaux d’hiver marqués par la stagnation de masses d’air froid et sec sur le continent ; temps humides et doux provoqués par la circulation océanique qui apporte des pluies jusqu’au fond de la Baltique et de la mer Noire, parfois même à l’Oural ; temps d’été chauds et orageux sur un continent surchauffé, des plaines russes à l’Espagne et aux Açores ; temps des étés « pourris », frais et humides lorsque l’air maritime envahit la majeure partie du continent.

La position en latitude et l’éloignement des mers permettent de définir les trois grands types de climats : atlantique, continental et méditerranéen, mais chacun d’eux admet de nombreuses nuances, selon le régime des précipitations et des amplitudes thermiques. Ainsi, la différence entre les régions les plus arrosées (Écosse, Irlande, Alpes et quelques points des chaînes Dinariques) et les zones les plus sèches (bassins intérieurs de l’Espagne, plaines à l’est du Don) est moindre que sur d’autres continents : de 2 à 3 m à 500 mm. Les isothermes d’été traversent l’Europe en écharpe du S.-S.-O. au N.-N.-E., traduisant à la fois l’action continentale et celle de la Méditerranée, et présentent une différence de l’ordre de 10 °C du nord au sud. Celles d’hiver expriment l’influence des océans et des mers : celle de 0 °C joint les côtes de Norvège aux sources du Danube et à la mer Noire, et l’amplitude est de l’ordre de 18 °C : de + 6 °C en Irlande à – 12 °C sur la Volga. Partout, les effets du relief, de la pente, de l’abri et de l’orientation s’ajoutent pour diversifier la gamme des climats régionaux et locaux.