Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

étudiants (suite)

Japon

C’est le seul parmi les pays les plus industrialisés où la fusion entre étudiants et fractions avancées du prolétariat soit acquise. Issues, en 1948, de la Ligue communiste révolutionnaire (organisation ouvrière), la Ligue des jeunes travailleurs marxistes et la Zengakuren (étudiante) regroupent plusieurs centaines de milliers de révolutionnaires combattant aussi bien le capitalisme de l’Ouest que la bureaucratie des pays socialistes. Les combats de rue pratiqués par ces organisations leur permettent souvent de tenir la police en échec.


France

Contrairement à ce que l’on admet parfois, la montée révolutionnaire de 1968 n’est pas uniquement un fait estudiantin. Engagées depuis la guerre d’Algérie dans l’opposition de principe à l’« impérialisme » et dans le réformisme universitaire, les organisations étudiantes (l’Union nationale des étudiants de France [U. N. E. F.], en particulier) se trouvèrent dès le début à la remorque de l’agitation déclenchée par des « conseillistes » (partisans des conseils ouvriers) en janvier au campus universitaire de Nanterre. Par la suite, ce fut encore en dehors des organisations étudiantes et contre elles que les diverses interventions se produisirent (en particulier le 22 mars, l’occupation d’un local administratif à Nanterre par un groupe d’étudiants). Au mois de mai 1968, devant l’extension du mouvement, elles cherchèrent à le canaliser. Quoique composé en majeure partie d’étudiants, le Mouvement du 22 mars a constitué une transgression temporaire de la concurrence « groupusculaire » ainsi qu’une volonté d’abandonner la problématique universitaire. Mais c’est surtout au sein des comités d’action que la jonction avec des ouvriers fut tentée. Notons que le mouvement qui s’était formé à Nanterre était fortement influencé par les thèmes propagés dans la République fédérale d’Allemagne : critique de l’université/université critique (au début), anti-autoritarisme, action directe, provocation. Après les événements de 1968, le mouvement étudiant n’a cessé de se décomposer ; l’U. N. E. F. s’est divisée en une tendance trotskiste (U. N. E. F. proprement dit) et en une tendance animée par des communistes (U. N. E. F. - Renouveau).


République fédérale d’Allemagne

L’« opposition extra-parlementaire » étudiante est représentée depuis une dizaine d’années par le SDS (Sozialistischer Deutscher Studentenbund), exclu du SPD en 1960 et regroupant aujourd’hui diverses tendances gauchistes. Le mouvement s’est étendu à tout le pays à partir de 1967. Parti d’une critique de l’université (critique publique des cours ou go-in), il aboutit, en novembre 1967, à la création d’une « université critique ». Durant la même année — où un étudiant est tué par la police lors de la visite du chāh d’Iran à Berlin (2 juin) — le mouvement se radicalise, proposant une tactique fondée sur la provocation du pouvoir pour amener celui-ci à révéler sa nature répressive. L’opposition extra-parlementaire fait maintenant porter sa critique sur la sexualité, la notion d’autorité, la technocratie, la médecine, les mass media (après l’attentat contre R. Dutschke [1 avr. 1968], les étudiants s’attaquent au trust Springer : violentes manifestations dans tout le pays) et multiplie les expériences d’habitat collectif. Mentionnons encore le groupe Kommune I, à la gauche du SDS. Peu nombreux, ses membres misent sur une tactique du scandale, dont le plus réussi fut celui d’avril 1967, qu’ils créèrent par leur projet d’« attentat au pudding » contre le vice-président américain en visite à Berlin. Notons enfin qu’au mois de mai 1968 l’opposition aux lois d’exception a provoqué un net rapprochement entre étudiants gauchistes et bon nombre d’ouvriers (surtout de la métallurgie).


Italie

De 1957 à 1967, chaque année voit de nouvelles occupations de locaux universitaires ; mais, là encore, il ne s’agit que de revendications corporatistes en vue d’améliorations immédiates (bien qu’elles donnent lieu à maints affrontements avec la police). Depuis, le mouvement a réussi à sortir du marais universitaire : la jonction entre radicaux ayant abandonné les luttes étudiantes et les fractions les plus avancées du prolétariat est actuellement la mieux développée parmi tous les pays européens de l’Ouest. Le parti communiste adopte d’ailleurs en Italie une stratégie différente de celle qu’il pratique en France : par exemple, plutôt que l’affrontement, il préfère utiliser le « dialogue » contre les gauchistes ; ceux-ci pénètrent d’autant mieux les usines.


Espagne

Si, depuis 1956, les fermetures d’universités et les grèves d’étudiants n’ont cessé de se produire, les mobiles de ces derniers n’ont que rarement dépassé le stade des revendications en faveur de la liberté de penser et de la démocratisation de l’université. À partir de 1965-66, l’agitation étudiante rejoint dans la rue l’agitation ouvrière, mais elle reste en deçà de celle-ci.


Brésil

L’União nacional dos estudantes, fondée en 1937, a été interdite en 1964 lors du putsch militaire. En 1967, elle a éclaté en deux tendances : gauchistes et modérés. Au cours des années 1967 et 1968 se multiplièrent les affrontements avec la police et les interventions de l’armée (dont une fusillade à São Paulo en juillet 1967).


Mexique

Le mouvement, déclenché en juillet 1968 par des bagarres entre étudiants suivies d’une intervention des « granaderos », a suscité la répression la plus sanglante jamais subie par des étudiants. Le 2 octobre, après un été jalonné d’occupations et d’affrontements meurtriers avec la police et l’armée, le pouvoir organisa le massacre de la place des Trois-Cultures à Mexico : quelque sept cents personnes furent victimes, à l’issue d’un meeting, de cette opération effectuée conjointement par la police et l’armée.

J. N.

étuvage

Opération qui consiste à exposer à la vapeur à 100 °C ou à l’air saturé à températures élevées (de 50 à 80 °C) des bois qui, suivant les cas, sont très humides ou à l’état sec à l’air.