Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Éthiopie (suite)

 C. Conti Rossini, Storia d’Etiopia, t. I (Bergame, 1928). / Guébré-Sellasié, Chroniques du règne de Ménélik (Maisonneuve, 1930 ; 2 vol.). / J. S. Trimingham, Islam in Ethiopia (Londres, 1952 ; nouv. éd., 1965). / J. Doresse, l’Empire du Prêtre Jean (Plon, 1957 ; 2 vol.) ; Histoire de l’Éthiopie (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1970). / E. Ullendorf, The Ethiopians (Londres, 1960 ; nouv. éd., 1965). / R. Greenfield, Ethiopia, a New Political History (Londres, 1965). / G. Gerster, l’Art éthiopien, églises rupestres (Zodiaque, 1968). / C. Clapham, Haile Selassie’s Government (Londres, 1969). / D. Buxton, The Abyssinians (Londres, 1970). / A. Davy, Éthiopie d’hier et d’aujourd’hui (le Livre africain, 1970). / J. Vanderlinden, Introduction au droit de l’Éthiopie moderne (L. G. D. J., 1970). / B. Gérard, l’Éthiopie (Delroisse-Vilo, 1973).


L’Église d’Éthiopie

Souvent confondue arbitrairement avec l’Église copte, du fait qu’elle était jusqu’à une date récente (1959) sous la juridiction théorique du patriarche copte orthodoxe d’Alexandrie, qui lui assurait un évêque ordinant — l’abouna —, choisi le plus souvent parmi les moines du monastère de Saint-Antoine, près de la mer Rouge, l’Église nationale officielle d’Éthiopie se distingue par des traits particuliers qui lui donnent une place à part dans l’ensemble des Églises chrétiennes. Elle appartient au groupe dit « non chalcédonien », celui qui refusa d’accepter les décisions du concile de Chalcédoine (451), et notamment la formule sur les « deux natures » du Christ dans l’unité de sa personne.

Demeurée attachée à la formule de « l’unique nature incarnée du Verbe de Dieu », l’Église éthiopienne est habituellement désignée (ainsi que les Églises copte, arménienne et syro-jacobite) du qualificatif de monophysite. Par le nombre de ses fidèles (qu’on peut évaluer entre 10 et 12 millions), elle est la plus importante Église du groupe. C’est aussi l’une des plus nombreuses parmi les chrétientés africaines et la seule qui, jusqu’à ces tout derniers temps, se soit donné un visage africain tout en n’ayant cessé, au cours des siècles, d’intégrer de nombreux éléments reçus des différentes chrétientés d’Orient et d’Occident. C’est enfin une Église étroitement liée aux destinées du pays depuis que le roi d’Aksoum, Ezana, adopta, vers l’an 335, le christianisme comme religion officielle de son royaume.

Il est possible que la foi chrétienne ait plus anciennement encore pénétré dans le pays. Certains des usages qui semblent d’origine juive pourraient s’enraciner jusqu’à des communautés judéo-chrétiennes d’Arabie. Mais il importe d’être très réservé à cet égard. Si saint Frumence (Abba Salama, père de la paix), qui décida le roi Ezana à adopter le christianisme, était d’origine syrienne, c’est l’archevêque d’Alexandrie saint Athanase qui fit de lui le premier évêque d’Éthiopie, liant la nouvelle Église au siège apostolique de saint Marc (Alexandrie). La tradition locale attribue ensuite une importance décisive dans la christianisation du pays aux « neuf saints romains ». Ce sont vraisemblablement des moines de Syrie et de Cappadoce qui, sous l’empereur Justinien (vie s.), auraient fui l’Empire romain en raison de leur attachement aux doctrines « monophysites ». Il est possible que certains d’entre eux aient mené la vie monastique en Égypte, mais c’est seulement après la ruine d’Aksoum (xe s.) et l’épisode de la « dynastie Zagoué » (xie-xiiie s.), sur lequel nous sommes très insuffisamment informés, que l’influence du christianisme copte s’exercera profondément sur l’Éthiopie.

Si l’action de l’abouna égyptien Salama (1348-1388) fut à cet égard décisive, l’œuvre disciplinaire et théologique du négus Zara Yaqob (Constantin Ier, 1433-1467) est profondément originale. Par Jérusalem, les influences les plus diverses ne cessaient de s’exercer dans l’Église éthiopienne. Celles de l’Occident paraîtront un temps prédominantes en raison de l’aide apportée par les Portugais aux Éthiopiens dans leur résistance à l’invasion d’Ahmed Gragne (1527-1543). L’intransigeance maladroite du patriarche envoyé par Rome, le jésuite portugais Afonso Mendes (1621-1632), mit fin pour longtemps à ces relations.

Actuellement, l’Église d’Éthiopie est dirigée par treize évêques sous l’autorité suprême d’un patriarche, l’abouna Théophilos, élu et consacré au printemps 1971. D’après les estimations officielles, il y aurait environ 73 500 prêtres, 52 500 diacres, 12 000 églises paroissiales, 835 monastères, sous la haute autorité de l’etchéguié de Debra-Libanos (titre actuellement conféré au patriarche). Il existe trois écoles théologiques, mais l’immense majorité du clergé n’a d’autre culture que celle qu’il a acquise dans la fréquentation des livres liturgiques et des vies de saints. L’activité théologique demeure très réduite, et l’élite du pays, ouverte à la culture occidentale, tend à se détacher de l’organisation ecclésiastique tout en demeurant très attachée à la foi ancestrale.

Une petite minorité est entrée dans la communion catholique romaine (environ 60 000), organisée depuis 1961 en une métropole (Addis-Abeba) et deux évêchés (Adigrat et Asmara). Un nombre légèrement plus élevé de catholiques de rite latin sont groupés en cinq vicariats apostoliques, dont les plus importants se trouvent en Érythrée et au Harar (Hosanna). Le protestantisme (environ 200 000 fidèles) est représenté par l’Église Makane Yessous (d’origine suédoise), l’Église Bethel (presbytériens américains) et le groupe de la Mission intérieure du Soudan, le plus nombreux.

I. H. D.

 H. M. Hyatt, The Church of Abyssinia (Londres, 1928). / D. L. E. O’Leary, The Ethiopian Church. Historical Notes on the Church of Abyssinia (Londres, 1936). / G. Sottochiesa, La Religione in Ethiopia (Turin, 1936). / J. S. Trimingham, The Christian Church and Missions in Ethiopia (Londres, 1950). / M. Cleret, Éthiopie fidèle à la croix (Éd. de Paris, 1957). / T. T. Mekouria, l’Église d’Éthiopie (Promotion et édition, 1968).