Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Allemagne (République fédérale d’) (suite)

La perte des territoires agricoles de l’Est (actuelle R. D. A.) a suscité l’intensification de l’agriculture dans les territoires occidentaux. L’industrialisation et l’urbanisation assurent aux paysans des débouchés multiples, proches et rémunérateurs. Les marchés de consommation ne sont jamais très éloignés. Le vocabulaire allemand est riche en expressions pour définir les types d’exploitations agricoles. Le Feierabendbetrieb (exploitation de fin de journée), le Weekendbetrieb (exploitation de week-end) et le Zuerwerbsbetrieb (exploitation d’appoint) n’ont guère de valeur économique. Leur rôle est surtout social, fixant à la campagne une partie de la main-d’œuvre travaillant dans les villes. Les hauptberuflich bewirtschaftete Betriebe (exploitations à temps complet) sont des exploitations paysannes.

Si le nombre des exploitations a diminué de plus d’un quart entre 1949 et 1966, l’évolution est inégale selon la taille des exploitations. Elle est importante pour celles de moins de 10 ha ; par contre, dans les tailles supérieures, jusqu’à 100 ha, il y a augmentation. L’exploitation à temps complet débute aux alentours de 10 ha, selon le système de culture. Il faut souligner, néanmoins, le recul de la catégorie de plus de 100 ha, dont la surface totale a diminué nettement. Il semble que l’optimum actuel se situe aux alentours de 50 à 100 ha ; au-delà de cette superficie, les frais d’exploitation croissent trop vite. Cette constatation paraît d’autant plus importante que l’évolution des structures allemandes semble inverse de celle que préconise le plan Mansholt, qui souhaite la constitution d’exploitations « industrielles » de taille supérieure à 100 ha. L’exploitation type est celle de 20 à 40 ha. Cette taille relativement faible exprime plusieurs caractères propres à l’agriculture allemande : systèmes de culture intensifs, rendements élevés à l’hectare, forts investissements, rareté et cherté de la terre. La population active agricole représentait 14 p. 100 de tous les travailleurs en 1961, mais moins de 12 p. 100 en 1965. L’exploitation familiale domine. Souvent, on passe pour un « gros paysan » lorsqu’on dispose de 50 ha ou plus. Dans les régions viticoles, la moyenne propriété oscille autour de 2 à 5 ha. Les exploitations arboricoles du bassin de Mayence ou des environs de Bonn sont viables à partir de la dizaine d’hectares.

Sur 7 exploitations, 6 disposent d’un tracteur d’une puissance moyenne de 22 ch. On compte 1 tracteur pour 10 ha ; pratiquement, chaque exploitant à temps complet possède au moins un tracteur. Dans les régions viticoles, comme les vallées du Rhin, de la Moselle ou du Main, les vignerons ne cultivant qu’un hectare de vignes disposent d’un tracteur (on prétend plaisamment que ceux qui ont plus d’un hectare roulent en Mercedes). Les investissements en matériel sont considérables. Il n’est pas rare de compter plus de 2 000 DM investis en matériel à l’hectare dans les exploitations de moins de 15 ha.


Les principales cultures et leur distribution

La variété des systèmes de culture dépend des conditions physiques et aussi des facteurs économiques tels que densités humaines, proximité des foyers de consommation. Près des villes, l’intensité des cultures s’exprime par des systèmes agricoles très intensifs (cultures légumières, fruitières, élevage intensif ou industriel) ainsi que par des changements très rapides de ces systèmes.

La vigne, déjà cultivée sous les Romains, couvre plus de 90 000 ha (vallées du Rhin, du Main, du Neckar, de la Moselle, de la Nahe, de l’Ahr ; pays de Bade et bords du lac de Constance). Une surface de 66 000 ha est en rapport, le reste étant des jeunes plantations. Malgré la recherche de la qualité (riesling, traminer, bourgogne tardif, ou Spätburgunder), les rendements moyens sont de l’ordre de 82 hl à l’hectare.

L’arboriculture occupe un territoire discontinu (bassin de Mayence, vallées du Rhin et du Main, bords du lac de Constance). Souvent, des champs sont convertis en vergers, expression de l’intensification de la culture.

Les systèmes herbagers dominent en Allemagne du Nord-Ouest et dans les moyennes montagnes, ainsi que la grande culture céréalière et celle des betteraves à sucre sur les sols lœssiques (Börden rhénanes, Börden de Hanovre, de Hildesheim). À la suite de la perte des territoires orientaux, la culture des betteraves sucrières a gagné en extension. Elle couvre 295 000 ha. Les exploitations betteravières pratiquent l’assolement rhénan, qui repose sur la culture du froment, du seigle et des betteraves à sucre.

La Souabe et la Franconie pratiquent une polyculture intensive, où l’élevage joue un rôle grandissant. La Bavière est marquée par les systèmes herbagers où s’insère, dans les régions alpines, l’exploitation des alpages.

Partout, l’essentiel de la production est commercialisé. Dans les pays rhénans, une exploitation de 20 à 30 ha pratiquant le système céréales - betteraves sucrières obtient un revenu brut de 3 200 DM à l’hectare. Le revenu moyen net par travailleur y dépasse 20 000 DM par an.

L’élevage constitue la principale source de revenus de l’agriculture. Le troupeau bovin compte 14 millions de têtes, dont 5 millions de vaches laitières. Les porcins sont au nombre de 19 millions, la viande de porc jouant un grand rôle dans l’alimentation du citoyen allemand.


Le bilan agricole

Il est incontestable que l’agriculture a bénéficié du haut niveau de l’industrie, ainsi que des subventions gouvernementales. Mais l’effort revient également aux paysans pris individuellement. Les souvenirs de la disette consécutive à la guerre ont été un stimulant. La R. F. A. produit une part importante des aliments de base nécessaires au ravitaillement de sa population.

En 1969, les excédents de beurre dépassaient 100 000 t. Ainsi la R. F. A. possède non seulement une puissante industrie, mais aussi une agriculture moderne, souvent ignorée, jouant un rôle fondamental dans la vie économique nationale.