Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

États de l’Église (suite)

L’occupation française de presque toute l’Italie, malgré l’opposition qu’elle suscite dans les esprits religieux et la paysannerie, obtient par contre l’adhésion d’un nombre croissant de patriotes et d’hommes assez réfléchis pour saisir les avantages d’un régime de progrès économique et social, même uni à un certain despotisme, par contraste avec l’immobilisme borné des monarchies traditionalistes. Une impulsion est alors donnée aux idées d’indépendance nationale, qui ne cessera plus.

Cet immobilisme caractérise les pontificats de Léon XII (1823-1829), de Pie VIII (1829-1830) et de Grégoire XVI (1831-1846), voire de Pie* IX (1846-1878), malgré la popularité que lui valent sa réputation et aussi les actes de libéralisme à mettre à son actif entre son élection en 1846 et son refus de participer à la croisade antiautrichienne que le roi Charles-Albert de Piémont déclenche en 1848 pour libérer l’Italie, mais qui s’achève en désastre.

Pie IX se persuadera qu’il n’a pas le droit de rien sacrifier du patrimoine que lui ont légué ses prédécesseurs, comme l’avait senti avant lui Pie VII, très conciliant sur d’autres points avec Napoléon, dont il avait accueilli la famille après la chute de l’Empire français. Les épreuves de Pie IX dureront plus longtemps, malgré la protection que lui accorde, après l’éphémère épisode d’une République romaine en 1849 sous l’autorité de Giuseppe Mazzini, le neveu du grand empereur, Napoléon III, qui entretient à Rome une garnison française malgré l’irritation que cette présence cause aux patriotes en retardant l’unification de l’Italie. Celle-ci est déjà presque achevée après les victoires franco-sardes de 1859, les plébiscites de la Marche, de l’Ombrie, de la Toscane et des duchés de Parme et de Modène (1860), favorables à l’union au Piémont, l’expédition des Mille et la réunion du royaume de Naples à celui de Victor-Emmanuel II, puis l’acquisition de la Vénétie en 1866. La petite armée pontificale, commandée par Lamoricière, n’a rien pu contre les entreprises piémontaises (défaite de Castelfidardo, 18 sept. 1860).

Il ne reste à Pie IX que les limites initiales de la Comarca (Rome et ses entours immédiats) ; et cela même, l’impatience de Garibaldi voudra le lui enlever en 1867 lors d’une entreprise risquée contre l’État romain, entreprise qui aboutit à sa défaite de Mentana (3 nov. 1867) et au retour à Rome d’une garnison française que les nationalistes italiens mettront beaucoup de temps à pardonner au second Empire.

Après les premières défaites françaises de 1870, le corps expéditionnaire français quitte Rome définitivement ; le 20 septembre, les troupes italiennes y entrent par la brèche de la porta Pia. Pie IX lui-même fera cesser la courte résistance de ses soldats. Un plébiscite de réunion fait de Rome la capitale de l’Italie.

Le pape se considérera dès lors comme prisonnier au palais du Vatican, malgré les égards et la réelle indépendance d’action religieuse que le gouvernement italien ne cessera de lui assurer (loi des Garanties, mai 1871). Léon XIII et Pie X entretiendront cette fiction, qui ne prendra fin politiquement qu’avec le pontifical de Benoît XV, lorsque toute liberté d’action parlementaire sera rendue par lui aux catholiques, et avec celui de Pie XI, quand la « question romaine » sera réglée par les accords du Latran (11 févr. 1929) : signés entre le Saint-Siège et le gouvernement de Mussolini, ces accords reconnaissent entre autres la plénitude de la souveraineté papale sur l’État du Vatican*. La papauté, qui se contente d’une apparence de pouvoir temporel, estime qu’au xxe s. son prestige spirituel suffit à assurer sa liberté.

M. V.

➙ Église catholique / Rome / Vatican.

états généraux

Sous l’Ancien Régime, assemblées convoquées par le roi de France et composées de représentants des trois ordres (clergé, noblesse, tiers état).



Définition

Institution coutumière comme la monarchie elle-même, les états généraux, qui représentent théoriquement la nation, ne sont réunis par le roi qu’en vertu de son bon plaisir, aucune disposition de caractère législatif n’ayant jamais déterminé ni les modalités, ni la périodicité de leur convocation. En fait, ce sont les circonstances qui contraignent le souverain à consulter ses sujets par leur intermédiaire, en particulier quand d’impérieux besoins d’argent nécessitent des impositions nouvelles susceptibles de provoquer une dangereuse opposition chez les assujettis.

Le système électoral des états généraux

Les représentants du clergé et de la noblesse sont élus au chef-lieu du bailliage ou de la sénéchaussée. En fait, tous les seigneurs de fief, y compris les femmes veuves ou célibataires, ainsi que tous les clercs possédant un bénéfice peuvent être représentés aux états, où les communautés religieuses envoient des représentants élus. Par contre, la représentation du tiers est issue d’un scrutin à deux degrés dans les villes. Dans chaque village, l’Assemblée des taillables, ou « chefs de Feux », rédige un cahier de doléances et désigne un délégué qui doit en défendre le contenu devant l’Assemblée de bailliage. Composée des délégués des villages du bailliage, celle-ci élit enfin le député du bailliage, auquel elle confie le cahier de doléances de la circonscription, rédigé en général avec l’aide d’hommes de loi, parfois selon un modèle préétabli par eux. Enfin, dans les villes, le métier juré constitue généralement l’unité électorale de base, dont les membres élisent un délégué au premier degré ; regroupés, les délégués des différents métiers de la ville rédigent en commun leur cahier de doléances, désignent les « électeurs » de j la ville, qui se rendent alors à l’Assemblée de bailliage pour procéder, aux côtés des délégués des villages, à la désignation du député du tiers du bailliage.

Le mandat de chaque député est impératif, et celui-ci, sauf aux séances solennelles présidées par le roi, ne peut exprimer sa position personnelle, puisque chacun des ordres ne dispose que d’une voix et vote séparément.