Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Allemagne (République fédérale d’) (suite)

Le deuxième grand parti est la Sozialdemokratische Partei Deutschlands (SPD). Elle renaît immédiatement après la guerre, mais elle est à reconstituer entièrement. En zone soviétique comme en zone occidentale, la SPD l’emporte largement sur la Kommunistische Partei Deutschlands (KPD). C’est en octobre 1945, à Hanovre, que se joue l’avenir du parti entre trois hommes, tous trois socialistes, mais dont le passé a été très différent. Kurt Schumacher (1895-1952) a vécu le régime nazi dans les camps de concentration ; Erich Ollenhauer (1901-1963) s’est réfugié en Grande-Bretagne ; Otto Grotewohl (1894-1964) a passé la guerre en Union soviétique. En 1945, on rejette la fusion avec les communistes et, en mai 1946, le congrès de la SPD désigne Schumacher et Ollenhauer comme président et vice-président du parti pour l’Allemagne occidentale. La SPD va alors connaître un certain essor. En 1947, elle a 875 000 adhérents. Son programme est alors véritablement socialiste, puisqu’il réclame une réforme agraire avec rachat des grandes propriétés et création de coopératives, la nationalisation des mines, de la sidérurgie et de la chimie, une planification stricte et la cogestion. Le parti passe pour révolutionnaire et se veut marxiste, mais, fortement influencé par les socialismes britannique et scandinave, il va peu à peu se « démarxiser ». Les élections de 1949 placent le parti très près de la CDU, à 1,8 p. 100 derrière elle, mais, quatre ans plus tard, la SPD stagne alors que la CDU augmente ses voix de 50 p. 100. Le poids de la SPD faiblit dans la nation ; une évolution semble nécessaire à certains cadres pour ne pas laisser le parti indéfiniment dans l’opposition. La SPD l’emporte alors souvent aux élections locales, mais elle est régulièrement battue aux élections fédérales. L’échec de la SPD aux élections de 1957 va faire repenser la doctrine du parti. Au congrès de Stuttgart, en 1958, la SPD, hostile jusqu’alors à toute politique de défense, admet qu’elle peut être nécessaire. L’adoption du programme de Bad Godesberg en novembre 1959 marque un tournant net dans la ligne du parti. Jusqu’alors, la SPD a été un parti de classe : elle se proclame maintenant parti du peuple. Peu à peu, l’idée que la SPD est un parti révolutionnaire s’estompe et, dès les élections de 1961, le parti commence à progresser fortement. À partir de ce moment, sous l’influence de Herbert Wehner (né en 1906), il admet l’alliance atlantique, le réarmement de l’Allemagne, l’union européenne, mais se montre relativement favorable à un rapprochement avec les pays de l’Est. Les tendances soupçonnées de marxisme sont exclues du parti. Après les élections de 1965, la situation de la SPD s’améliore, et, en décembre 1966, celle-ci entre au gouvernement aux côtés de la CDU. De 1969 à 1974, c’est un socialiste, Gustav Heinemann, qui sera président de la République. Après les élections du 28 septembre 1969, Willy Brandt deviendra chancelier fédéral à la tête d’un gouvernement de coalition socialiste-libéral. La nette victoire que la SPD remporte aux élections du 19 novembre 1972 permet à Willy Brandt de rester à la chancellerie. En 1974, cependant, il doit démissionner à la suite du scandale qui accompagne une affaire d’espionnage. Helmut Schmidt (né en 1918) sera désigné par la SPD pour lui succéder. Malgré cela, la SPD perdra 17 sièges en 1976, au profit de la CDU-CSU, la coalition socialiste-libérale n’ayant plus dès lors que 8 voix de majorité au Parlement.

Le parti libéral est un petit parti, dont les électeurs n’ont jamais dépassé 13 p. 100 du corps électoral. La Freie Demokratische Partei (FDP) est issue de tendances républicaines libérales, unies les unes et les autres par le désir d’une politique économique le plus libérale possible, mais aussi par le sentiment que la politique panallemande du gouvernement fédéral doit être plus ouverte qu’elle ne l’a été. Cela explique l’évolution de la FDP. De 1948 à 1966, elle a collaboré avec la CDU, car c’était alors sa « tendance de droite » qui l’emportait. L’échec électoral de 1965 favorisa des soubresauts nombreux à l’intérieur du parti, qui provoquèrent la rupture CDU-FDP. L’influence grandissante de Walter Scheel (né en 1919) et du sociologue Ralf Dahrendorf (né en 1929) écarta peu à peu la FDP de la CDU, et la rapprocha de la SPD. C’est cette tendance qui conduisit le parti, en mars 1969, à voter en faveur de Gustav Heinemann pour la présidence de la République. Malgré sa défaite électorale en septembre 1969, la FDP collabore avec la SPD et participe à nouveau au gouvernement. Aux élections de 1972, elle remporte un très net succès, ce qui lui permet de renforcer sa participation dans le second cabinet Brandt, et, en 1974, Walter Scheel est élu à la présidence de la République.

Depuis 1964 existe en Allemagne un quatrième parti : la Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD), héritière d’un parti pronazi dissous par le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe. En 1965, le parti n’a eu que 2 p. 100 des suffrages. La crise économique et les difficultés politiques de l’Allemagne en 1966-1967 lui apportèrent quelque succès lors des élections au Landtag de Bavière, de Hesse, de Rhénanie-Palatinat, de Basse-Saxe et de Bade-Wurtemberg. Il avoisinait alors 8 p. 100 des voix et siégeait dans les assemblées des Länder. Mais la vigueur de la reprise économique entraîna un recul de la NPD, qui, si elle doubla ses suffrages aux élections du Bundestag en 1969, ne put pas y siéger et subit un échec qui, en 1972 et 1976, tourna au désastre.

À l’extrême gauche existent un certain nombre de petits partis, comme la Deutsche Friedensunion (DFU), disparue en 1965. Il existe aussi des groupes anarchistes qui cristallisent contre eux les mass media, et dont certains membres, arrêtés pour terrorisme, sont victimes de pratiques policières et judiciaires qui suscitent des protestations, notamment au sein des Églises allemandes et à l’étranger.