Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Espagne (suite)

• 1936 : dissolution des Cortes et convocation d’élections générales pour le 16 février. La majorité se porte sur le front populaire, et Manuel Azaña (1880-1940) devient chef du gouvernement puis président de la République après la destitution de N. Alcalá Zamora. Santiago Casares Quiroga (1884-1950) dirige le gouvernement. Le 13 juillet, le chef de l’opposition, José Calvo Sotelo (1893-1936), est assassiné. Le 17 juillet, l’armée se soulève au Maroc, puis deux jours plus tard dans toute la Péninsule. Le 24 juillet est créée à Burgos une junte de défense nationale présidée par le général Miguel Cabanellas qui se dissout le 29 septembre ; le 1er octobre est nommé un gouvernement nationaliste sous la direction du général Francisco Franco* Bahamonde, chef du gouvernement de l’État espagnol et généralissime des forces nationales de terre, de mer et de l’air.


La guerre civile (1936-1939)

La guerre civile espagnole (v. Espagne [guerre civile d’]) est due notamment à l’ambiguïté de la Constitution républicaine de 1931, qui, sans être fédérale, prétend être « fédérable » et suscite un certain malaise dans plusieurs régions non castillanes. En outre, le caractère laïque de la république répugne à une partie de la population, tandis que l’instabilité politique favorise un fort mouvement anarcho-syndicaliste.

• 1936 : le 18 novembre, l’Italie et l’Allemagne reconnaissent le gouvernement dirigé par le général Franco et lui offrent leur appui pour poursuivre la lutte contre le régime existant.

Parmi les forces qui s’opposent immédiatement à la république figure la Phalange espagnole de José Antonio Primo de Rivera. Au début du soulèvement, son chef, en prison depuis le mois de mars, est jugé et exécuté à Alicante le 20 novembre. En dehors des membres de la Phalange, le mouvement est composé de presque toute l’armée régulière, d’une partie de la marine de guerre, des milices volontaires des partis antirépublicains, des « requêtes » (traditionalistes carlistes) et des troupes cantonnées dans le protectorat du Maroc.

En août-septembre, les troupes nationalistes occupent Badajoz, Irún et Saint-Sébastien.

En novembre, premières offensives sur Madrid : le siège va durer jusqu’à la fin de la guerre, en raison de la résistance dont font preuve les Madrilènes, restés fidèles au gouvernement républicain, qui jouissent par surcroît de laide des brigades internationales venues d’Europe.

Dès les premiers moments, les forces de Franco dominent une grande partie de l’Espagne, excepté Madrid, Barcelone et la Catalogne, Valence, la côte méditerranéenne d’Andalousie, avec Málaga et Almería, Albacete, les Asturies et la Biscaye.

• 1937 : Málaga (févr.), Bilbao (juin) et Santander (août) tombent devant les troupes nationalistes. La région asturienne est totalement soumise, et le nord du pays échappe aux républicains.

• 1938 : offensive nationaliste contre l’Aragon (mars) qui coupe la Catalogne du reste de l’Espagne. Début de la bataille de l’Èbre (mars).

• 1939 : chute de Tarragone, Barcelone et Gérone (janv.). Madrid est occupé le 28 mars, puis c’est le tour de Valence, Alicante, Almería, Murcie et Carthagène. La guerre se termine le 1er avril par la reddition des dernières troupes de l’armée républicaine.


L’Espagne contemporaine

Au lendemain de la guerre civile, l’Espagne doit faire face à l’effondrement total de son économie, à l’épuisement de ses ressources et à la menace d’une guerre mondiale qui éclate peu de temps après. Mais les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, notamment, ont reconnu le nouveau gouvernement.

La Seconde Guerre mondiale commence en septembre 1939. Dès le début, le gouvernement de Madrid adopte une politique de neutralité totale et, en 1940, il déclare qu’il suivra le principe de non-belligérance. La même année, les forces espagnoles occupent Tanger (14 juin) pour garantir la neutralité de cette ville internationale. Malgré les pressions exercées par l’Axe, l’Espagne continue à maintenir sa politique de neutralité.

En 1942 sont constituées les Cortes, qui assument, avec le chef de l’État, les fonctions législatives.

En février 1942, l’Espagne signe avec le Portugal le Pacte ibérique, qui resserre encore les liens existant entre les deux pays. À la fin du conflit mondial, l’Espagne rompt ses relations diplomatiques avec le gouvernement de Tōkyō à la suite des outrages infligés par les forces militaires japonaises aux ressortissants espagnols se trouvant à Manille (1945).

À la conférence de San Francisco (avril-juin 1945), qui crée l’Organisation des Nations unies (O.N.U.), différents pays protestent contre le régime établi en Espagne et, par acclamation, refusent d’accorder un siège à cette nation. Le 12 décembre 1946 est adoptée une recommandation aux termes de laquelle doivent être rappelés tous les chefs de missions diplomatiques en poste à Madrid. Seuls le Portugal, l’Argentine, la Suisse et le Vatican n’appliquent pas cette décision.

En 1947, la « loi de succession », approuvée par les Cortes et ratifiée par référendum, prévoit le rétablissement de la monarchie. Cette loi représente, avec le Fuero des Espagnols, le Fuero du travail et les décrets d’unification et de création des Cortes, la charte politique du pays.

En 1957, la Phalange perd le contrôle de l’orientation du régime au profit de l’Action catholique, l’Église retrouvant une place prépondérante et étant secondée par l’Opus* Dei, fondé en 1928. L’accent est mis sur le problème économique, et un plan de stabilisation, visant à freiner l’inflation, entre en vigueur en 1959. En décembre 1966, un référendum ratifie la « loi organique de l’État », approuvée par les Cortes et promulguée le 10 janvier 1967. Elle prévoit une plus grande représentativité des Chambres, accorde la liberté de culte et précise les fonctions et les devoirs du chef de l’État. Cette loi n’est pas encore entièrement appliquée, car ses dispositions ne doivent entrer en vigueur qu’à l’avènement du successeur du général Franco. La même année est promulguée une nouvelle loi sur la presse (9 avr.) qui abolit la précensure et autorise une plus grande liberté d’expression.