Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Espagne (suite)

Ferdinand VI (1746-1759)

Fils de Marie-Louise de Savoie et de Philippe V, Ferdinand VI recherche la prospérité de la nation en se soustrayant à toute influence étrangère et en maintenant la neutralité entre l’Angleterre et la France. Pour ce faire, il désigne deux ministres de tendances opposées afin d’avoir une politique équilibrée : Zenón de Somodevilla, marquis de La Ensenada (1702-1781), partisan de l’alliance avec la France, est nommé aux Finances, et José de Carvajal y Lancáster (1698-1754), favorable à l’Angleterre, assume les fonctions de ministre d’État jusqu’à sa mort, date à laquelle il est remplacé par Ricardo Wall (1694-1778), dont l’orientation est identique à la sienne.


Charles III* (1759-1788)

Ferdinand VI étant mort sans enfants, son frère Charles, déjà roi de Naples et de Sicile, devient roi d’Espagne. Son règne est sans aucun doute le plus heureux de tous ceux des Bourbons et l’un des meilleurs de toute l’histoire d’Espagne.

• 1761 : signature du troisième pacte de famille. Participation à la guerre de Sept Ans contre le Portugal et l’Angleterre.

• 1762 : les Anglais s’emparent de La Havane et de Manille.

• 1763 : traité de Paris. L’Espagne cède la Floride à l’Angleterre en échange des territoires perdus à Cuba et aux Philippines.

• 1766 : soulèvement du peuple contre le ministre Esquilache (v. 1700-1785), que le roi doit remplacer par le comte de Aranda (1718-1798).

Le règne de Charles III se caractérise par le désir profond d’accomplir de grands progrès dans les domaines sociaux et scientifiques. Les hommes publics qui agissent le plus dans ce sens sont le comte de Aranda, le comte de Floridablanca (1728-1808), le comte de Campomanes (1723-1803), Gaspar Melchor de Jovellanos (1744-1811) et Pablo de Olavide (1725-1803). Le despotisme éclairé mène à bien toute une série de réformes économiques et administratives destinées à favoriser le développement du pays : création des sociétés économiques des Amis du pays, abolition des corporations, colonisation de la région de sierra Morena, réforme de la marine et de l’armée, création de la première banque nationale, réforme de l’enseignement et de la recherche, mise en vente des biens de l’Église, construction de nombreuses routes, embellissement de Madrid grâce à l’édification de nouveaux bâtiments, réforme de l’administration des colonies, etc.

• 1767 : expulsion des membres de la Compagnie de Jésus de tous les territoires espagnols.

• 1779 : intervention dans la guerre qui oppose l’Angleterre à la France et à ses colonies rebelles d’Amérique.

• 1783 : le traité de Versailles met fin au conflit. Il reconnaît l’indépendance des États-Unis, restitue Minorque, la Floride et certains territoires du Honduras et du Campeche à l’Espagne.


Charles IV (1783-1808)

Charles IV succède à son père à l’âge de quarante ans. Le comte de Floridablanca conserve ses fonctions jusqu’en février 1792, où il est remplacé par le comte de Aranda. Celui-ci est plus tolérant que son prédécesseur vis-à-vis de la France, qui sort de la Révolution ; il défend une politique de neutralité armée à l’égard du pays voisin, mais il perd le pouvoir en novembre 1792.

Manuel Godoy* (1767-1851) occupe son poste grâce à l’appui de la reine Marie-Louise de Parme (1754-1819).

• 1793 : la condamnation à mort de Louis XVI est à l’origine de la guerre contre la République, au cours de laquelle le général espagnol Antonio Ricardos (1727-1794) envahit le Roussillon.

• 1795 : les Français occupent Saint-Sébastien, Bilbao, Vitoria et Tolosa. Signature du traité de Bâle pour mettre fin au conflit.

• 1796 : traité de San Ildefonso stipulant un accord offensif contre l’Angleterre entre le Directoire et l’Espagne. Déclaration de guerre à l’Angleterre.

• 1797 : défaite de la flotte espagnole au cap San Vicente, au sud-ouest du Portugal. Les Anglais attaquent les territoires espagnols situés en Amérique du Sud.

• 1798 : destitution de Godoy.

• 1801 : Godoy est nommé généralissime de l’armée qui lutte contre les Portugais dans la « guerre des Oranges ». Les Espagnols occupent Olivenza au Portugal.

• 1802 : paix d’Amiens, qui marque la fin des hostilités avec les Anglais. L’Espagne récupère Minorque mais perd l’île de la Trinité.

• 1804 : guerre contre l’Angleterre.

• 1805 : la flotte franco-espagnole commandée par l’amiral Villeneuve est battue à Trafalgar par les Anglais sous les ordres de Nelson. Ce désastre anéantit à tout jamais la puissance maritime espagnole.

• 1807 : traité de Fontainebleau avec la France ; le Portugal est divisé en trois parties.

• 1808 : en février, les troupes françaises s’installent en Espagne pour pouvoir plus facilement envahir le Portugal. Les armées napoléoniennes occupent les points stratégiques de la Péninsule. Le peuple espagnol, inquiet, se soulève (émeute d’Aranjuez). Charles IV destitue Godoy et cède ses pouvoirs à son fils (19 mars). Ferdinand VII se rend à Bayonne, où se trouvent déjà ses parents, et, sous l’emprise de Napoléon, restitue la couronne à Charles IV, qui la remet à l’Empereur. Ce dernier installe sur le trône espagnol son frère Joseph Bonaparte.


La guerre d’indépendance

• 1808 : le peuple espagnol, irrité par cette intrusion étrangère, se soulève tout d’abord à Madrid (2 mai), puis dans le pays tout entier. Victoire des Espagnols à Bailén (prov. de Jaén). Sièges de Gérone et de Saragosse. Napoléon entre en Espagne, occupe Madrid et retourne en France.

• 1809 : les Anglais s’associent aux Espagnols contre les Français. Convocation des Cortes constituantes. Commencement de la guérilla. Début de l’émancipation des colonies d’Amérique.

• 1810 : les troupes françaises sont victorieuses au cours de la campagne d’Andalousie. Cadix est le dernier bastion de la lutte contre l’envahisseur. Le pouvoir est confié à un Conseil suprême de régence. Le « cri de Dolorès » au Mexique représente le départ du mouvement séparatiste de ce pays. Destitution de Baltasar Hidalgo de Cisneros, vice-roi de La Plata, et constitution à Buenos Aires d’une junte révolutionnaire (25 mai).

• 1811 : campagne d’Estrémadure. Défaite française à La Albuera (prov. de Badajoz). Tentatives, au Paraguay et au Venezuela, d’accéder à l’indépendance.

• 1812 : Wellington fait essuyer à Napoléon de sérieux revers à la bataille de Los Arapiles (près de Salamanque). Joseph Bonaparte doit abandonner Madrid pour la seconde fois. Promulgation d’une Constitution de tendance libérale.

• 1813 : offensive de Wellington couronnée de succès et prise de Vitoria. Joseph Bonaparte s’enfuit vers son pays. Ferdinand VII, alors prisonnier à Valençay, est libéré par Napoléon.