Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

ergonomie (suite)

L’ergonomie des travaux manuels ou des travaux faiblement mécanisés

Le problème est celui des travaux lourds (industriels, agricoles, forestiers). Des indices physiologiques précis permettent de mesurer la fréquence cardiaque, la dépense énergétique évaluée à partir de la consommation d’oxygène, les efforts musculaires statiques (électromyographie), certains effets d’ambiance (chaleur). On peut ainsi élire les modes opératoires les moins coûteux, choisir (ou inventer) les outils les plus appropriés, intercaler les pauses nécessaires, etc. Le problème n’est, cependant, pas seulement physiologique : par exemple, le niveau maximal d’effort accepté par les travailleurs dans un contexte technique déterminé résulte non d’une limitation organique, mais de l’intériorisation d’une norme socio-culturelle. Au plan des relations industrielles, ce stade se caractériserait par un certain équilibre de pouvoir entre le groupe de direction, qui crée le dispositif technique de production, et le groupe d’exécution ; une procédure de « coopération antagoniste » permet aux deux groupes d’harmoniser tant bien que mal situation technique et comportement opératoire.


L’ergonomie du travail mécanisé

La mécanisation a pour effet général de transformer la tâche, qui, de musculaire, devient perceptive, informationnelle ; dans l’équipe ergonomique, le psychologue prend le pas sur le physiologiste ; il étudie la prise de l’information (modalités de l’exploration perceptive, vigilance, etc.), son traitement (auquel J. M. Faverge [1958] applique la théorie de l’information), enfin les réponses de l’opérateur (dispositifs de commandes).

Mais, d’autre part, une mécanisation excessive dénature le travail humain en supprimant son caractère autorégulé ; dans les chaînes de montage, l’ouvrier spécialisé doit obéir aux ordres et au rythme de la mécanique. D’où une insatisfaction ouvrière qui peut se manifester par des conduites d’opposition déclarée ou larvée. D’où aussi les correctifs organisationnels récemment proposés pour les prévenir, qui visent à varier et à enrichir les tâches mécanisées (F. Herzberg, 1959), à en élargir les limites (L. Davis, 1966), voire à équilibrer l’autorité technique par le pouvoir reconnu aux travailleurs (théorie des systèmes socio-techniques, Institut Tavistock, Londres).


L’ergonomie du travail automatisé

Ici, tout le programmable (dont le travail en chaîne antérieur) est — ou sera — confié aux automates ; l’ouvrier spécialisé disparaît, et le travailleur (opérateur en salle de contrôle, réparateur, ouvrier d’entretien) redevient un professionnel qualifié. L’ergonomie demeure d’ordre informationnel, l’étude psychologique et psychophysiologique (électro-encéphalographie) du fonctionnement mental prenant une importance particulière ; un problème nouveau est celui du partage des fonctions entre l’ordinateur et l’opérateur humain ; le premier assure la marche normale des installations en procédant par algorithmes ; l’opérateur intervient en cas d’imprévu par « heuristique », c’est-à-dire à partir de « règles empiriques relativement non systématisées et de critères flous » (J. M. Faverge, 1966) qui lui sont personnels ; il manifeste alors un sens intuitif de la régulation qui évoque des modèles opératoires assez archaïques (D. Ochanine, le Système homme-automate, 1962).

P. C.

➙ Automatisation / Travail.

 F. Herzberg et coll., The Motivation to Work (New York, 1955 ; 2e éd., 1959). / A. Ombredane et J. M. Faverge, l’Analyse du travail (P. U. F., 1955). / J. M. Faverge, J. Leplat et B. Guiguet, l’Adaptation de la machine à l’homme (P. U. F., 1958). / G. Simondon, Du mode d’existence des objets techniques (Aubier, 1958). / A. Chapanis, Man-Machine Engineering (Belmont, Calif., 1965). / R. Richta (sous la dir. de), la Civilisation au carrefour (en tchèque, Prague, 1966 ; trad. fr., Anthropos, 1969). / L’Ergonomie des processus industriels (Inst. de sociologie, Bruxelles, 1966). / O. G. Edholm, The Biology of Work (Londres, 1967 ; trad. fr. la Science du travail, Hachette, 1967). / E. Grandjean, Physiologische Arbeitsgestaltung, Leitfaden der Ergonomie (Munich, 1967 ; trad. fr. Précis d’ergonomie, organisation physiologique du travail, Presses acad. europ., Bruxelles, et Dunod, 1969). / J. Scherrer et coll., Physiologie du travail. Ergonomie (Masson, 1967 ; 2 vol.). / H. de Frémont et M. Valentin, l’Ergonomie, l’homme et le travail (Dunod, 1970). / A. Laville, l’Ergonomie (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1976).

ergot de Seigle ou Seigle ergoté

Champignon parasite qui se développe sur l’ovaire du Seigle et qui contient des substances douées d’une grande activité pharmacodynamique. C’est le sclérote, ou forme de conservation de Claviceps purpurea (Protoascomycètes-Pyrénomycètes).



Généralités

Ce Champignon peut parasiter la plupart des Graminacées, notamment l’Avoine et le Dryss, dont les ergots ont une composition et une activité analogues à celui du Seigle.

L’ergot se présente comme un petit cylindre noir violacé, plus ou moins arqué, de 1 à 4 cm de long et de 2 à 7 mm de diamètre. La teneur des alcaloïdes, exprimée en ergotamine, ne doit pas être inférieure à 0,15 p. 100.

Depuis l’Antiquité, l’ergot fut employé pour faciliter les accouchements, mais sa toxicité en limita l’usage. Il fut étudié au xixe s. et il est inscrit au Codex depuis 1866.

L’ergot renferme de très nombreux principes, tels que des matières minérales, des acides, des glucides, des lipides, mais ce sont les composés aminés et les alcaloïdes qui lui confèrent son activité propre et sa toxicité.

Parmi les bases aminées de l’ergot, la plus importante est la tyramine (C8H11NO), que l’on utilise sous forme de chlorhydrate comme vaso-constricteur et hémostatique énergique. Elle provoque les contractions de l’utérus, action que l’on retrouve avec l’histamine, autre amine de l’ergot. On cite également la présence de choline et d’acétylcholine à action vaso-dilatatrice.

Ce sont les travaux de C. Tanret qui ont ouvert la voie à la connaissance des nombreux alcaloïdes de l’ergot. Ceux-ci ont tous un noyau commun, qui est l’acide lysergique.

L’ergotinine est le premier alcaloïde de l’ergot obtenu à l’état cristallisé ; elle est isomère de l’ergotoxine. Ces deux corps, de formule C35H41O6H5, ont une action sur le sympathique et les vaisseaux qui est relativement faible.

Du point de vue thérapeutique, l’ergotamine et l’ergobasine, ou ergométrine de Arthur Stoll (1935), sont beaucoup plus importantes pour leur action durable et constante sur l’utérus et le sympathique.

L’ergot est employé, sous forme de poudre fine (tamis no 32 ; Codex 1965) de couleur gris noirâtre, pour son action en obstétrique.