Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Allemagne (suite)

Mais le second plan, derrière ces deux maîtres, est encore richement garni. Lucas Cranach* l’Ancien (1472-1553), après avoir commencé par un style large, continue, à la cour de Saxe, par un art maniéré et des nus féminins d’une séduction fort irritante. L’érotisme comme l’étrangeté ne manquent pas non plus chez le Strasbourgeois Baldung* Grien (1484 ou 1485-1545), que Dürer chargeait de colporter ses gravures sur bois, et dont le coloris est fort riche. Plus prosaïque, Hans Burgkmair (1473-1531) est le fécond collaborateur des entreprises de gravure de l’empereur Maximilien. Albrecht Altdorfer* (v. 1480-1538) a su échapper à la hantise de Dürer ; c’est surtout un chercheur original pour le paysage, la composition, le clair-obscur. En dehors des territoires allemands proprement dits, la Suisse alémanique possède quelques isolés qui ont la singulière particularité d’avoir été des lansquenets. Niklaus Manuel Deutsch (1484-1530), coloriste singulièrement raffiné ; Urs Graf (v. 1485-1527/1528), mauvais garçon mais grand artiste, dont les estampes truculentes et féroces sentent la sueur, le sexe et le sang.


Autres arts

Un précieux ouvrage, et qui semble résumer la sculpture allemande de cette époque, est la châsse de bronze de saint Sébald, à Nuremberg, sortie de la fonderie des Vischer*, commencée par Peter Vischer l’Ancien (v. 1460-1529) et transformée dans l’esprit de la Renaissance par lui-même et par ses trois fils, Hermann le Jeune (v. 1486-1517), Peter le Jeune (1487-1528) et Hans (v. 1489-1550). Exubérance et surcharge caractérisent la production considérable des ornemanistes et des orfèvres.

L’architecture est moins brillante. Aux châteaux de Brieg et de Wismar foisonne le décor trop couvrant de l’Italie septentrionale ; la composition architecturale d’une façade comme celle du palais de l’Électeur Otton Henri à Heidelberg (1556-1559), d’ailleurs due à un architecte des Pays-Bas, reste une exception, de même que le château de Landshut, qui a l’air d’une enclave à l’italienne.


L’intermède ou maniérisme

Il est hors de doute que l’élan créateur de la Renaissance a été en quelque sorte « cassé » par les événements politiques dès la seconde partie du xvie s. La Réforme avait été accompagnée de troubles affreux, le commerce allemand était en pleine décadence. À partir de 1618, les ravages de la guerre de Trente Ans n’épargneront que bien peu de terroirs allemands.

Deux centres sollicitent surtout l’attention, tandis que Nuremberg décline : la ville libre d’Augsbourg et la Bavière. À Augsbourg*, où les rapports avec l’Italie sont, de tradition, étroits, la sévère architecture d’Élias Holl (1573-1646) brille par le rapport très calculé des ouvertures au plan des murs, et elle est relevée par les bronzes du Néerlandais Hubert Gerhard (v. 1545-1620), dont la sculpture s’apparente à celle de Giambologna. À Munich*, un autre artiste des Pays-Bas, mais éduqué en Italie, Frederik Sustris (v. 1540-1599), exécute la grotte de la Résidence et participe à la construction de Sankt Michael, la grande église des jésuites. À Strasbourg, des architectes comme Wendel Dietterlin (v. 1550-1599) composent des recueils d’estampes où s’étalent les plus délirantes inventions de ce qu’on a appelé le style cartilagineux ou auriculaire, et un tel décor se retrouve approximativement dans certaines résidences du Nord, telle Bückeburg en Westphalie (salle dorée de 1605).

La peinture et la gravure du xviie s. sont mal connues et — peut-être injustement — dédaignées. L’empereur Rodolphe II, grand amateur de nudités, avait réuni autour de lui à Prague un certain nombre de peintres formés en Italie, parmi lesquels Hans von Aachen (1552-1615) et Hans Rottenhammer (1564-1625), bien faits pour satisfaire ses goûts. D’autres, plus importants, se fixèrent en Italie : Adam Elsheimer (v. 1578-1610), admiré de Rubens, à Rome, Johann Liss (v. 1597-1629) à Venise.


Baroque et rococo

Un phénomène capital a été, pendant le xviiie s. et dans tous les pays d’Allemagne, le développement d’une architecture de qualité supérieure, dont l’importance et surtout l’originalité n’ont été reconnues que tardivement (v. baroque).

Dans les pays catholiques, la création artistique est d’une abondance et d’un éclat admirables, dus à la multiplication des églises de pèlerinage et des riches monastères. Précocement, au voisinage du lac de Constance où viennent se conjoindre la Suisse, l’Autriche et la Souabe, travaillent des architectes appartenant à des familles locales de maîtres maçons, tels Franz Beer (1660-1726) et Peter Thumb (1681-1766), ainsi que le frère Gaspar Moosbrugger (1656-1723), auxquels sont dues notamment les églises d’Einsiedeln et de Saint-Gall. Ils constituent ce que l’on a nommé un peu ambitieusement l’école du Vorarlberg, que caractériseraient des contreforts intérieurs entre lesquels se placent les chapelles et les tribunes.

En Bavière, les frères Asam* (Cosmas Damian [1686-1739] et Egid Quirin [1692-1750]) ont dépensé des trésors d’imagination et de verve tant dans leur propre église à Munich qu’à Rohr et à Weltenburg. Comme décorateurs, les frères Zimmermann (Johann Baptist [1680-1758] et surtout Dominikus [1685-1766]), qui sortent du milieu de Wessobrunn où se sont formés les plus grands stucateurs allemands et où l’on n’ignore point les recueils de gravures françaises, font preuve, notamment à Steinhausen en Souabe et à la Wies, près de Steingaden, en Bavière, d’une souplesse étonnante dans le dessin et dans la couleur de leurs capricieux ornements. Beaucoup plus architecte, Johann Michael Fischer (1692-1766) a déployé une prodigieuse activité ; on le trouve à Diessen, à Zwiefalten et surtout, à partir de 1744, au grandiose Ottobeuren, dont il a su mettre la décoration à l’échelle du vaste vaisseau. Par contre, l’architecture princière reste sous la dépendance de la France avec Joseph Effner (1687-1745), élève de Boffrand, et avec l’inépuisable décorateur hainuyer François de Cuvilliés (1695-1768), auteur du pavillon de l’Amalienburg dans le parc de Nymphenburg et dessinateur de cahiers de modèles de décoration, que l’on copie à l’envi. Parmi les nombreux sculpteurs travaillant en Bavière, Ignaz Günther* occupe une place de choix.