Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

environnement (suite)

• Le bruit. Cette nuisance ne cesse d’amplifier ses méfaits en milieu industrialisé. Les usines (chaudronneries par exemple), les bureaux, la rue (compresseurs, avertisseurs, échappements, etc.), le ciel même, surtout à proximité des aérodromes, deviennent le siège d’émissions, diurnes, nocturnes, de bruits dépassant les seuils tolérables, menaçant les tympans, agissant sur les systèmes nerveux.

• L’agitation. La complexité croissante des fonctions dirigeantes, les modes perfectionnés de communication, l’encombrement des transports (embarras de trafic, obligation de prendre le repas de midi loin du domicile et souvent hâtivement) condamnent beaucoup d’habitants des pays riches à une existence agitée, tendue, engendrant un surcroît de fatigue musculaire, sensorielle et nerveuse, multipliant les accidents cardiaques.

• La rupture du rythme nycthéméral. Les mécanismes complexes du cortex de la glande surrénale règlent le rythme nycthéméral de l’alternance de dépense par le travail et de reconstitution par le sommeil. Diverses situations nouvelles — changement de fuseaux horaires pour les équipages d’avion et, surtout, travail de nuit dans les usines, les supermarchés, etc. — entraînent des perturbations de ce rythme. Un ouvrier passant d’une équipe de jour à une équipe de nuit met une semaine à s’adapter.

• L’enlaidissement du cadre. Fréquemment, des implantations de complexes industriels, de bâtiments à divers usages, de voies de communication, de lignes de transport de forces s’effectuent au détriment du paysage, par exemple au prix du sacrifice de dernières portions de forêt. L’urbanisme, l’aménagement du territoire ne parviennent pas toujours à éviter ces enlaidissements. Le désir de beaucoup de citadins de quitter le plus souvent possible les villes polluées et bruyantes a conduit les pays à haut niveau de vie vers la formule de la résidence secondaire, ce qui parsème les ultimes paysages ruraux d’une multitude croissante de petites habitations préfabriquées et inesthétiques. La beauté devient une denrée rare et précieuse qu’il faut aller chercher de plus en plus loin de son lieu de travail.


La conservation de l’environnement

Des réflexions qui précèdent, on peut déduire :
— que le phénomène de l’altération de l’environnement est général sur la planète, encore que variant considérablement dans ses manifestations d’une région à l’autre, et surtout du monde industrialisé au monde pauvre ;
— que les transformations vont s’accélérant et s’aggravant, et continueront à le faire si rien ne vient ralentir l’explosion démographique ni discipliner plus sévèrement l’utilisation des progrès technologiques ;
— que, pour combattre l’appauvrissement de l’environnement-ressources, on connaît déjà nombre de méthodes d’utilisation plus rationnelle de ces ressources, surtout en agriculture, mais que ces méthodes sont beaucoup trop peu appliquées dans le tiers monde ;
— que, pour combattre l’altération de l’environnement - cadre de vie, on dispose également déjà de nombreuses techniques de contrôle des nuisances (épurateurs, insonorisants, etc.), mais que, de nouveau, c’est parmi les facteurs politiques qu’il faut chercher la raison pour laquelle il est encore beaucoup trop peu fait appel à ces techniques ;
— que, très souvent, l’opinion publique et même ses dirigeants sont encore insuffisamment conscients du danger qui les menace et surtout qui menace les générations à venir ;
— que la mise en œuvre de mesures de conservation de l’environnement est souvent inopérante si elle n’est pas d’application simultanée sur des territoires étendus dont les limites, commandées par la géographie (le bassin d’un fleuve, une mer, etc.), ignorent les frontières politiques et administratives ;
— que ces mesures imposent souvent des restrictions de droits d’usage et de propriété de la part des citoyens, et d’importants sacrifices financiers tant de la part du secteur privé (industriels pollueurs) que des collectivités publiques, intervenant en tant que pollueurs (égouts) et pollués.


Conclusion

La conservation de l’environnement doit se fonder sur un certain nombre de principes.

• La recherche scientifique doit rendre possible la prise de mesures efficaces.

Une politique nationale doit se traduire par :
— un cadre législatif approprié et des dispositions réglementaires ;
— un cadre administratif et judiciaire veillant au respect de ces législations et réglementations ;
— un organe responsable de la mise en œuvre permanente de cette politique nationale ;
— des moyens budgétaires suffisants.

L’information permanente des citoyens, à l’école, à tous âges, doit amener ceux-ci à :
— connaître le danger qui les menace ;
— exiger des autorités qu’elles agissent ;
— accepter les limitations de droits (discipline civique) et les dépenses publiques inhérentes à l’action des autorités.

La coopération internationale doit être générale, puisque :
— les nuisances ignorent les frontières politiques ;
— les mesures, souvent coûteuses, de conservation imposent aux producteurs des majorations de prix de revient que ceux-ci ne peuvent supporter si leurs concurrents étrangers y échappent. À cet égard, la conférence internationale de Stockholm (juin 1972), malgré certains résultats décevants, constitue la marque d’un début de prise de conscience du problème de l’environnement dans ses dimensions mondiales.

J.-P. H.

➙ Agglomération urbaine / Agriculture / Aménagement du territoire / Aquatique / Atmosphère / Chasse / Circulation / Développement / Eau / Érosion / Fertilité / Forêt / Industrialisation / Nuisance / Pêche / Pollution / Population / Sol / Urbanisation / Urbanisme / Ville.

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