Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

enseignement (suite)

• Les films animés sonores. Il n’existe encore que peu de films (animés ou d’animation) destinés à l’enseignement des langues. Les films en version originale constituent donc actuellement l’apport essentiel du cinéma à l’enseignement. Rarement utilisés dans le cadre des horaires de classes, ils tiennent maintenant une place relativement importante dans les activités culturelles des établissements d’enseignement et dans les circuits commerciaux, ce qui peut avoir à long terme des répercussions importantes sur l’attitude des jeunes élèves vis-à-vis de l’enseignement des langues vivantes.


Les méthodes audio-visuelles

• Les principes. La langue parlée est leur objet fondamental. La langue est donc toujours présentée dans des dialogues en situation, c’est-à-dire dans des sketches courts mettant en scène plusieurs personnages et ayant une unité de sens. Ces sketches, qui servent de base à chaque unité de travail, sont en fait des fables grammaticales et le moyen d’introduire de façon systématique les structures à enseigner. Ces méthodes posent en principe la nécessité d’un cadre contraignant au moment de l’apport initial d’information. C’est pourquoi le dialogue de chaque sketch est enregistré sur une bande magnétique et illustré par des dessins montés en séquence sur un film fixe. À chaque phrase du dialogue correspond une image. Chaque image est donc associée à un groupe sonore et vice versa. Cela est important, puisque la pédagogie est fondée sur la possibilité d’une coïncidence de chaque énoncé avec une image qui est sa contrepartie visuelle et qui favorise la compréhension de l’énoncé par l’élève sans référence à sa langue maternelle. Ainsi, on place l’élève dans un monde différent, où l’on cherche à lui donner de nouvelles habitudes d’expression pour qu’il retrouve dans l’autre langue un comportement autonome.

• La démarche pédagogique. L’enseignement de chaque unité pédagogique comprend trois phases.
1o Présentation. Après une ou plusieurs présentations globales, les notions nouvelles sont expliquées par référence aux données de l’image ou aux notions acquises antérieurement. Les élèves sont ensuite entraînés à répéter précisément chaque phrase du sketch tout en regardant l’image, puis à s’exprimer avec l’image comme seul guide. Ils acquièrent ainsi des habitudes d’expression dans un cadre rigide dont ils vont être amenés à se dégager progressivement.
2o Fixation. Le contenu nouveau du sketch est alors repris systématiquement dans des exercices du type « exercices structuraux », enregistrés le plus souvent. Il s’agit, en s’appuyant sur les habitudes acquises lors de la présentation du sketch, de faire pratiquer aux élèves une grammaire audio-orale. Ces exercices font appel à la réflexion et à l’analyse, pas encore à la spontanéité.
3o Exploitation. Les élèves sont alors amenés à utiliser ce qu’ils viennent d’apprendre dans un contexte élargi ou différent et à intégrer les acquisitions nouvelles à l’ensemble de leurs connaissances antérieures. Au stade ultime de l’exploitation, on arrive à la communication directe entre les élèves et le professeur. C’est le moment où interviennent les jeux pour les élèves très jeunes, les références à la civilisation étrangère et à l’expérience personnelle pour les autres.

• Rapports entre l’oral et l’écrit. Il est plus facile de dissocier l’apprentissage de la langue orale et de la langue écrite dans ces méthodes que dans celles qui s’appuient sur un manuel. Il est même possible de ne pas introduire du tout la langue écrite, surtout quand la méthode est enseignée intensivement en quelques semaines. Cependant, dans la plupart des cas, le texte écrit des sketches est remis aux élèves soit immédiatement après la présentation des sketches, soit avec un décalage allant de quelques jours à plusieurs mois.

L’enseignement audio-visuel des langues connaît une grande faveur auprès du public. Les méthodes se multiplient. Actuellement, elles sont considérées comme les plus efficaces pour l’enseignement accéléré aux adultes et pour l’initiation des jeunes enfants. Dans l’enseignement secondaire, elles sont progressivement introduites sans qu’on puisse encore en généraliser l’emploi. L’équipement d’une classe audio-visuelle est relativement coûteux, mais surtout cet enseignement ne peut être conduit de façon satisfaisante que par des professeurs spécialement formés à cette tâche.


Perspectives : l’initiation précoce

L’âge de onze ans est-il le meilleur pour commencer l’étude d’une langue étrangère ? Selon des groupes d’experts (Conseil de l’Europe), l’enfant plus jeune pourrait apprendre mieux et plus vite. Des expériences sont donc tentées à divers niveaux de l’enseignement préscolaire et primaire.

• L’enseignement préscolaire. L’initiation précoce à l’anglais ou à l’allemand dans certaines écoles maternelles est conduite selon des méthodes dites « naturelles ». Une partie importante des activités habituelles de ces classes est menée dans la langue étrangère, le plus souvent par des institutrices étrangères. La seconde langue est alors vécue, comme la langue maternelle, plutôt qu’apprise, et ces classes bilingues donnent des résultats assez spectaculaires. Mais leur extension repose sur la possibilité d’accords culturels plus larges que ceux conclus jusqu’à présent.

• L’enseignement primaire. Moins ambitieuses et plus facilement applicables dans les cadres actuels de l’enseignement public, les expériences d’enseignement de l’anglais ou de l’allemand dans les trois dernières années du cycle élémentaire sont menées en liaison avec un projet du Conseil de l’Europe, qui prévoit que, dans vingt ans, tous les enfants européens devront connaître deux langues européennes. Jusqu’à neuf ans, les enfants sont capables d’acquérir très rapidement de nouvelles habitudes d’audition et de phonation ; de plus, ils s’expriment oralement plus spontanément que leurs aînés dans une langue étrangère comme dans leur langue maternelle. L’enseignement vise à développer ces aptitudes, qui s’émoussent ensuite. Il est conduit par les instituteurs dans leur classe, le plus souvent avec des méthodes audio-visuelles intégrées, spécialement conçues pour ce niveau et faisant une large place aux activités ludiques, afin que la langue soit toujours associée à un comportement. Bien que les résultats obtenus soient très encourageants, l’extension de cet enseignement poserait le problème de la formation linguistique d’un grand nombre d’instituteurs.

Les perspectives passionnantes qu’ouvrent les expériences d’initiation précoce pourraient, à long terme, modifier radicalement les conditions de l’enseignement des langues étrangères.

A. R.