Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

enseignement (suite)

 H. Dieuzeide, la Télévision au service de l’enseignement scientifique (O. E. C. E., 1960) ; les Techniques audio-visuelles dans l’enseignement (P. U. F., 1965). / H. Cassirer, la Télévision et l’enseignement (Unesco, 1961). / R. Lefranc (sous la dir. de), les Techniques audio-visuelles au service de l’enseignement (Bourrelier, 1961 ; nouv. éd., A. Colin, 1966). / G. Décote, Vers l’enseignement programmé (Gauthier-Villars, 1963, 3e éd., 1967). / E. B. Fry, Teaching Machines and Programmed Learning (New York, 1963). / G. Miallaret, Psychopédagogie des moyens audiovisuels dans l’enseignement du premier degré (P. U. F., 1964). / G. Gavini, Manuel de formation aux techniques de l’enseignement programmé (Éd. Hommes et techniques, 1965). / M. de Montmollin, l’Enseignement programmé (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1965 ; 3e éd., 1971). / B. Planque, Machines à enseigner (Casterman, 1967) ; Audio-visuel et enseignement (Casterman, 1971). / A. W. Schestakow (sous la dir. de), l’Enseignement programmé et les machines à enseigner en U. R. S. S. (trad. du russe, Dunod, 1968). / M. Vauclin, les Centres audio-visuels, implantation et entretien (Didier, 1970). / G. Barbey, l’Enseignement assisté par ordinateur (Casterman, 1971). / M. O. Ouziaux, Vers l’enseignement programmé par ordinateur (P. U. F., 1972).


L’enseignement des langues

Il s’agit aujourd’hui d’enseigner la langue réellement vivante, celle que parlent, écrivent et vivent quotidiennement des millions de nos contemporains. Or, cette orientation n’est pas très ancienne ; elle ne s’est progressivement imposée que dans les vingt dernières années. Avant que se développent les échanges internationaux, ceux qui avaient besoin de comprendre ou de parler une langue étrangère dans le cadre de leur activité professionnelle ou pour leurs loisirs appartenaient à des groupes socioculturels peu nombreux. L’enseignement fixait donc ses objectifs en dehors de toute considération d’ordre pratique. Les langues étrangères étaient traitées comme des langues mortes. En effet, le livre était presque le seul médiateur des langues et des civilisations étrangères : on enseignait donc la langue écrite. Le découpage de la grammaire en théorèmes et du lexique en mots amenait une présentation souvent abstraite et atomisée des éléments. Mais cette approche permettait d’aborder assez rapidement l’étude de textes littéraires où l’on voyait le couronnement de la civilisation et de la culture étrangères.

Actuellement, la vocation culturelle des enseignements de langues n’est pas ouvertement remise en cause ; elle est comprise différemment. L’accent est mis sur l’enrichissement qu’apporte la maîtrise d’un autre moyen de communication, d’un autre langage. Ceux qui apprennent maintenant une langue étrangère veulent pouvoir la lire et l’écrire, mais surtout la comprendre et la parler.

Il a donc fallu reconsidérer à la fois les méthodes et les contenus de l’enseignement antérieur en fonction de ces nouveaux objectifs : maîtrise de la langue parlée et de la langue écrite, initiation à la civilisation étrangère contemporaine avant toute approche strictement littéraire.

Cette entreprise de longue haleine, qui n’en est qu’à ses débuts, a bénéficié du développement parallèle de certaines sciences et techniques.

• La linguistique appliquée s’appuie sur la langue parlée. Ses analyses phonétiques, phonologiques, syntaxiques, prosodiques ont été directement utiles à l’élaboration de méthodes d’enseignement adaptées à la maîtrise de la langue parlée.

• La psychologie étudie les mécanismes de la perception, de la compréhension et de la mémoire ; elle a mis en lumière le rôle de la motivation dans l’apprentissage. Ses recherches ont permis la définition d’une nouvelle pédagogie.

• Les techniques d’enregistrement, de reproduction et de diffusion à distance de la parole, et, plus récemment, la télévision ont permis d’introduire la parole authentique jusque dans la salle de cours.

L’apport de ces techniques n’est pas négligeable, mais la mutation entreprise repose d’abord sur l’application de quelques principes linguistiques fondamentaux à la pédagogie.


L’apprentissage


Principes linguistiques

Chaque langue fonctionne selon ses lois propres. On admet donc que l’apprentissage d’une langue étrangère ne peut pas être fondé sur des références à la langue maternelle du locuteur. L’élève qui apprend une langue doit donc s’enrichir de nouveaux systèmes : phonologique (ensemble des sons signifiants de la langue), prosodique (rythme et intonation), syntaxique (ensemble des structures grammaticales) et lexical.

Dans la langue, ces systèmes sont indissociables : il ne faut donc pas les isoler dans l’apprentissage.


Applications pédagogiques

• La démarche pédagogique. Pour enseigner les structures de la langue parlée, on s’appuie sur des énoncés courts, présentés oralement dans un contexte situationnel aussi clair et aussi motivant que possible. Les énoncés peuvent ainsi être perçus et compris globalement, sans référence à la langue maternelle et sans intrusion du système de l’écrit, avant d’être réemployés et analysés. Cette analyse consiste en un entraînement systématique au maniement des structures grammaticales, lexicales et prosodiques présentées dans les énoncés de départ. Les exercices dits « structuraux » tendent actuellement à s’imposer comme étant le moyen le plus rigoureux de mener à bien cette phase de la démarche.

Les élèves sont ensuite amenés à utiliser plus librement ces mêmes structures, c’est-à-dire, idéalement, à couler l’expression de leur pensée propre dans les moules de l’autre langue. L’efficacité de cet entraînement à l’expression spontanée dépend du choix d’un support adéquat qui puisse créer chez l’élève le besoin de s’exprimer. La civilisation étrangère retrouve alors la première place.

Cette démarche, qui associe étroitement compréhension et expression, permet de mener l’apprentissage de la langue parlée sans sortir du système dans lequel s’établit la communication linguistique. On tente d’aller encore plus loin en intégrant à cet apprentissage certains éléments extra-linguistiques de la communication : les gestes, les mimiques, qui portent une partie du sens des messages. En s’engageant dans cette voie, on vise un objectif plus ambitieux que les précédents : enseigner la langue comme un comportement.