Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

enquête sociologique (suite)

Les expériences ont lieu soit en laboratoire, avec en général des étudiants comme sujets d’expérience, soit sur le terrain (l’étude, par exemple, des taux de délinquance dans une zone urbaine avant et après la suppression des taudis et leur remplacement par des H. L. M.). Le recours à l’expérimentation est rare en sociologie. L’expérimentation en laboratoire est nécessairement artificielle, et la « manipulation » des êtres humains est difficile à réaliser pour des raisons matérielles et morales. De toutes les techniques précédemment décrites, l’expérimentation demeure la moins utilisée.

J. P.

 C. W. Mills, The Sociological Imagination (New York, 1959 ; trad. fr. l’Imagination sociologique, Maspéro, 1968). / R. Pinto et M. Grawitz, Méthodes des sciences sociales (Dalloz, 1964, 2 vol. ; 3e éd., 1969). / R. Boudon et T. Lazarsfeld (sous la dir. de), le Vocabulaire des sciences sociales (Mouton, 1965) ; l’Analyse empirique de la causalité (Mouton, 1966). / R. Boudon, l’Analyse mathématique des faits sociaux (Plon, 1967) ; les Méthodes en sociologie (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1969). / P. Bourdieu et coll., le Métier de sociologue, t. I (Mouton et Bordas, 1968). / T. Caplow, l’Enquête sociologique (A. Colin, coll. « U 2 », 1970). / F. Chazel, R. Boudon et P. Lazarsfeld (sous la dir. de), l’Analyse des processus sociaux (Mouton, 1970). / P. L. Lazarsfeld, Philosophie des sciences sociales (trad. de l’américain, Gallimard, 1970) ; Qu’est-ce que la sociologie ? (trad. de l’américain, Gallimard, 1971). / C. Jareau, l’Enquête par questionnaire (Institut de sociologie, Bruxelles, 1971).

enquête par sondages

Procédé de recueil d’observations standardisées sur des individus appartenant à un échantillon représentatif d’une population plus large.


L’objet de l’enquête par sondages est de connaître l’opinion, le comportement de cette population sur un problème particulier. La méthode est née du rapprochement de deux techniques jusqu’alors utilisées séparément : le questionnaire, comme mode d’observation, et l’échantillonnage.

Les enquêtes par sondages s’appliquent à des domaines très divers : l’examen des attitudes et des comportements économiques (la consommation des ménages), politiques (la popularité d’un chef d’État), religieux (la fréquence de l’assistance au culte), sexuels (les opinions sur les différents modes de contraception), culturels (la fréquence d’écoute radiophonique), etc.


Historique

Au cours des dernières décennies, les enquêtes par sondages sont parvenues à la hauteur d’une technique d’observation relativement précise. Ce procédé de recueil d’observations est né, puis s’est développé aux États-Unis dans les années 30, avec la création d’instituts spécialisés, dont le plus célèbre est, de nos jours, l’Institut Gallup. Cette innovation s’est rapidement diffusée en Grande-Bretagne et dans les pays nordiques. En France, le premier institut d’enquêtes par sondages (l’Institut français d’opinion publique [I. F. O. P.]) fut créé peu avant la Seconde Guerre mondiale, à l’initiative de Jean Stoetzel. La technique des enquêtes par sondages ne devait, cependant, se répandre en France qu’après 1960. Aujourd’hui, plusieurs dizaines de sociétés se disputent ce nouveau marché : l’I. F. O. P., la SOFRES (Société française d’enquêtes par sondages), la COFREMCA, IRES-MARKETING, etc. Avec des résultats variables, les enquêtes par sondages sont apparues dans les centres urbains des pays en voie de développement (par exemple dans les pays d’Afrique noire d’expression française et d’Amérique du Sud [Argentine, Brésil, Venezuela]). Ce sont les pays de régimes politiques autoritaires qui, les derniers, ont eu recours aux techniques d’enquêtes par sondages (Espagne, démocraties populaires). En 1965, les experts évaluaient à environ 11 millions le nombre des personnes interrogées à l’échelle mondiale au cours de l’année.


Caractéristiques des enquêtes par sondages

Deux qualités caractérisent les enquêtes par sondages : la standardisation et la représentativité des informations recueillies afin de pouvoir les comparer. Ces exigences sont satisfaites par le recours conjoint aux procédés du questionnaire et de l’échantillonnage. À un stade ultérieur, les observations sont analysées selon des règles précises.


La standardisation des informations recueillies : la technique du questionnaire

Le questionnaire est le moyen privilégié de communication entre l’observateur et l’enquêté. Il se présente comme une série de questions concernant les problèmes sur lesquels on attend de l’enquêté des informations. Le questionnaire revêt diverses modalités de présentation : il peut être écrit (adressé généralement par la poste) ou oral. Dans ce dernier cas, on parlera d’interview, d’entretien, relation par laquelle enquêteur et enquêté sont engagés dans une situation de face à face. L’interview peut être unique ou répétée (technique du panel).

• La standardisation des observations est obtenue tout d’abord par la recherche de situations d’interview similaires pour chacune des personnes interrogées. Si les enquêteurs étaient laissés libres de converser à leur guise sur un thème donné avec les personnes de leur choix, il ne serait pas difficile d’imaginer les résultats de l’enquête : les interviews ne pourraient être comparées, car elles seraient affectées d’un biais dû aux variétés des relations du face à face entre les enquêteurs et les enquêtés. Pour éviter de tels biais, les instituts font subir aux enquêteurs un entraînement, avec des sessions régulières de mise au point. Ils leur fournissent des instructions précises, pour chaque étude, sur la façon de se présenter, sur la manière de poser les questions, de les répéter (pour obtenir des réponses précises) et de les retranscrire. L’ensemble de ces mesures cherche à minimiser les variations dans ce que l’on nomme les situations d’interview.

• L’établissement et la rédaction du questionnaire est un autre moyen d’atteindre l’objectif de normalisation des observations. À cet effet, on a été conduit à dégager de façon pragmatique quelques règles pour la mise au point des questionnaires.