Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Allemagne (suite)

Les grandes étapes de l’histoire allemande


La formation des Allemagnes


Des origines à Louis le Pieux

• Sous la pression d’envahisseurs slaves et asiatiques venus de l’est, les Barbares germaniques s’installent de part et d’autre du Rhin (v. Germanie).

• Le royaume franc englobe Alamans, Thuringiens, Bavarois, Saxons..., populations germaniques qui, grâce à l’action de missionnaires venus de l’Occident, se convertissent progressivement au christianisme. Les plus réfractaires, les Saxons, sont soumis et christianisés de force par Charlemagne.

• 800 : Charlemagne* fonde l’empire d’Occident, auquel sont intégrés les Germains.

• 814-840 : sous Louis* le Pieux, l’unité impériale résiste mal à la tradition germanique des partages. Son fils Louis le Germanique reçoit, dès 817, le titre de roi, et fait de la Bavière le centre de son royaume.


Vers le régime féodal

• 840 : à la mort de Louis le Pieux, si l’unité de l’Occident n’est plus qu’un souvenir, subsiste l’idée d’« empire universel », attachée au titre impérial que conserveront, avec des fortunes diverses, les souverains germaniques.

• 842 : le serment de Strasbourg constitue l’acte de naissance de la nationalité allemande.

• 843 : le traité de Verdun consacre la souveraineté de Louis le Germanique sur les territoires situés à l’est du Rhin.

• 870 : au traité de Meersen, la Lotharingie est partagée entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, si bien que les territoires de ce dernier s’étendent jusqu’à la Meuse et la Saône (Francia orientalis).

• 876 : les fils de Louis le Germanique se partagent son royaume.

• 882-887 : l’un d’eux, Charles le Gros, reconstitue, pour peu de temps, l’empire d’Occident.

• 887 : Arnulf, neveu de Charles le Gros, devient roi de Germanie. De 896 à 899, il est empereur d’Occident.

• 899-924 : la faiblesse des derniers Carolingiens, dont la couronne est devenue élective, et les invasions (Normands, Hongrois, Moraves) accélèrent l’implantation du régime féodal dans le cadre à la fois territorial et ethnique des duchés nationaux : Bavière, Souabe, Franconie, Lorraine, Saxe.

• 911 : Conrad Ier, duc de Franconie, devient roi de Germanie. À sa mort, il désigne, pour lui succéder, son principal adversaire, le duc de Saxe, Henri l’Oiseleur.


Les grandes dynasties nationales : 919-1273


La dynastie saxonne (919-1024)

• 919 : le duc de Saxe Henri Ier l’Oiseleur (919-936) s’assure le pouvoir royal. Tandis qu’il ramène la Lorraine dans la mouvance germanique, il crée un système militaire remarquable et lutte avec succès contre les Slaves, les Hongrois et les Danois.

• Son fils et successeur Otton Ier (936-973) renoue la tradition carolingienne en se faisant sacrer roi à Aix-la-Chapelle ; d’autre part, il s’empare de la « couronne de fer » d’Italie (951) et, en reprenant le titre impérial, il fonde à Rome (962) le Saint* Empire romain germanique, qui durera jusqu’au début du xixe s.

• Comme Otton Ier, Otton II (roi de Germanie en 961, empereur en 967), qui règne de 973 à 983, Otton III (roi en 983, empereur en 996) et Henri II (roi en 1002, empereur en 1014) s’efforcent d’affaiblir les grands féodaux en s’appuyant sur le clergé et la petite noblesse. En fait, ils précipitent l’émiettement de l’Allemagne : le pouvoir central qu’ils établissent est trop embryonnaire. Le pays est ainsi condamné à n’être longtemps qu’une expression géographique.


La dynastie franconienne (1024-1138)

• 1024 : Conrad II le Salique, duc de Franconie, cousin d’Henri II, est élu roi de Germanie ; en 1026, il devient roi d’Italie et, en 1027, empereur. En 1032, il annexe le royaume d’Arles à l’Empire.

• Élu roi de Germanie du vivant de son père Conrad II (1028), Henri III le Noir devient empereur à la mort de ce dernier, en 1039. Sous son règne sévit le « césaropapisme », que les souverains germaniques vont pratiquer au détriment des intérêts de l’Allemagne.

• 1059 : la querelle des Investitures* éclate, au sujet de la collation des titres ecclésiastiques ; elle va durer jusqu’en 1122. Le roi de Germanie et empereur germanique est alors Henri IV (1056-1106), qui mène une âpre lutte contre la papauté, et notamment contre Grégoire VII*.

• 1122 : la querelle des Investitures se termine par le concordat de Worms, signé entre Calixte II et Henri V (1106-1125), fils et successeur d’Henri IV.

• À la mort d’Henri V, l’Allemagne est en pleine crise féodale, car, de la longue lutte avec le pape, le pouvoir central et l’autorité impériale sortent diminués au profit de l’Église et des petits féodaux souvent alliés contre l’empereur.

• 1125 : c’est avec l’appui de l’Église que le duc de Saxe, Lothaire III de Supplinburg, succède à Henri V comme roi de Germanie et empereur. Mais il se heurte à Conrad de Hohenstaufen, qui lui dispute la couronne ; Lothaire le soumet momentanément avec l’appui du Welf Henri le Superbe.


Les Hohenstaufen* (1138-1273)

• 1138 : Conrad de Hohenstaufen, duc de Souabe, est élu empereur sous le nom de Conrad III (1138-1152) par les Grands effrayés de la puissance acquise par Henri le Superbe. La lutte des guelfes et des gibelins se développe alors, lutte qui recouvre en réalité l’opposition existant entre les partisans de la poussée germanique vers l’est (Drang nach Osten) et ceux de la monarchie universelle orientée vers Rome (Expeditio romana). En fait, les Hohenstaufen s’en remettent aux guelfes du soin de germaniser et d’évangéliser les Slaves des Marches de l’Est (chevaliers Teutoniques), tandis qu’eux-mêmes s’orientent vers l’Italie, dont ils sont rois.

• 1152-1190 : neveu et successeur de Conrad III, Frédéric Ier* Barberousse se fixe comme objectifs : le rétablissement de l’autorité impériale en Allemagne et en Italie, l’affirmation de la suprématie du pouvoir impérial sur celui des autres rois d’Occident, la limitation du pouvoir pontifical au domaine spirituel. En Allemagne, il brise la puissance d’Henri le Lion ; en Italie, il se heurte aux papes et notamment à Alexandre III*. Ainsi reprend un vieux conflit connu sous le nom de lutte du Sacerdoce et de l’Empire (1154-1250). Quand Frédéric part pour l’Orient, où il va mourir, ses tentatives de domination sur l’Italie du Nord ont échoué.