Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

enfant (suite)

La maturation osseuse constitue un fidèle reflet de la croissance générale de l’enfant ; son étude permet d’établir l’âge osseux, qui peut être comparé à l’âge chronologique (ou réel) et à l’âge statural. Jusqu’à 11 ans, l’âge osseux est déterminé par la recherche des points d’ossification épiphysaires sur les radiographies (pied et genou chez le nouveau-né ; poignet et main chez l’enfant). Au-delà, les points étant tous apparus, on se fonde sur la présence ou l’absence des soudures diaphyso-épiphysaires. Conjointement avec l’âge statural, l’âge osseux permet, grâce à des tables, de faire des prédictions sur la taille définitive de l’enfant, avec un risque minime d’erreur.


Facteurs de la croissance

Indépendamment de la malnutrition ou de maladies chroniques retentissant sur la croissance, celle-ci est sous la dépendance, à l’état normal, d’un certain nombre de facteurs intrinsèques, dont les plus importants sont au nombre de quatre.
— Les facteurs génétiques conditionnent le développement depuis la conception jusqu’à l’âge adulte : des parents petits auront évidemment plus de chances d’avoir des enfants petits que géants.
— Les facteurs endocriniens tiennent une place importante. La thyroïde* joue le rôle principal dans la première enfance ; l’hypophyse* semble prédominante dans la seconde enfance. Lors de l’adolescence, surrénales* et gonades (v. génital) termineront la maturation.
— Le facteur nerveux, en relation avec les précédents, est représenté par l’hypothalamus, véritable régulateur neuro-hormonal.
— Enfin, le facteur périphérique est important également ; les tissus récepteurs doivent être sensibles aux divers stimuli et permettre un développement normal de l’enfant.

Ph. C.

Les maladies de l’enfant

Elles constituent l’objet principal de la pédiatrie*.

De la naissance à 2 ans, l’enfant bien constitué et correctement alimenté ne présente que peu de maladies. Les affections rhino-pharyngées, les otites, les diarrhées sont les atteintes les plus fréquentes, survenant isolément ou à l’occasion des éruptions dentaires.

De 2 ans à 6 ans, l’enfant marche et, par son contact avec le monde extérieur, est exposé aux accidents et aux maladies infectieuses. Le développement des membres inférieurs et des pieds doit être particulièrement surveillé.

De 6 à 14 ans, la fréquentation scolaire accroît les risques infectieux, et la plupart des enfants font les maladies éruptives (rougeole, rubéole, etc.), la coqueluche, les oreillons. C’est la période des mauvaises attitudes vertébrales (scoliose, omoplates décollées, lordose, etc.), qu’il faut corriger, et celle de l’éruption des dents définitives, dont l’évolution doit être contrôlée et éventuellement traitée (v. odonto-stomatologie).

Les vaccinations et leurs rappels s’échelonnent des premiers mois à l’adolescence et permettent d’éviter de nombreuses affections.

 P. Mozziconacci, l’Hygiène alimentaire de l’enfant (Publications sociales agricoles, 1944 ; 8e éd., Le François, 1969). / A. Le Gall, M. J. Bijon et Pierre-Simon, l’Enfant. Conception, enfance, adolescence (Larousse, 1966). / R. Zazzo (sous la dir. de), Croissance de l’enfant. Genèse de l’homme (P. U. F., 1969). / H. Boissière, l’Enfant, la croissance et la vie (Hachette, 1973).


Problèmes psychologiques


Le problème des périodes ou stades de développement

Le développement de l’enfant se fait à travers un certain nombre de stades ayant chacun une unité et une organisation propres.

La psychanalyse*, considérant le développement affectif, distingue cinq stades en fonction des formes d’organisation et des orientations de la libido.

• Le stade oral (de la naissance à la deuxième année). Le plaisir est lié, alors, à la sensibilité érogène de la zone bucco-labiale. À cette époque s’organisent les relations à la nourriture et à la mère. Ce stade a été subdivisé par Karl Abraham (1924) en deux périodes avec des activités dominantes différentes : « le sucer » et, plus tardivement, « le mordre ».

• Le stade anal ou sadique anal (deuxième et troisième année). La zone érogène dominante devient la zone anale. La relation à l’entourage s’organise sur le mode sadomasochiste : agressivité, possessivité ; domination de l’entourage par le moyen des selles données ou retenues, d’autant plus que les parents y attachent plus d’importance.

• Le stade phallique (de 3 à 5 ans). Les organes génitaux constituent maintenant la zone érogène principale ; la possession du pénis est valorisée, et la constatation de son absence chez la petite fille entraîne l’émergence de l’angoisse de castration. La vie affective de l’enfant s’organise suivant les pôles œdipiens : le choix amoureux porte sur le parent de sexe opposé, alors que les sentiments pour le parent de même sexe sont chargés d’ambivalence, à la fois affection et rivalité, voire haine.

• Le stade de latence (de 6 ans à la puberté). Les pulsions ont perdu de leur énergie, les acquisitions d’ordre intellectuel sont rendues possibles par la sublimation et le refoulement.

• Le stade génital (à partir de la puberté). Au moment de la puberté, le moi doit faire face à une nouvelle poussée instinctuelle, à la suite de laquelle sa libido acquiert normalement ses caractères de libido adulte hétérosexuelle.

La psychologie génétique (théorie construite par J. Piaget entre 1932 et 1945), centrée sur la relation de l’enfant avec le monde des objets et sur les modes de connaissance, distingue quatre grandes périodes dans le développement de l’enfant.

• Le stade de l’intelligence sensori-motrice (de la naissance à l’apparition du langage). Il se subdivise en six sous-stades : a) l’activité purement réflexe des automatismes innés (1er mois) ; b) les conditionnements stables et les premières habitudes (de 1 à 4 mois 1/2) ; c) le stade des premières réactions coordonnées impliquant des objets (de 4 mois 1/2 à 8-9 mois), comportant une première coordination de l’œil et de la main, une différenciation entre but et moyens, mais caractérisé par le fait que l’enfant ne cherche pas les objets cachés ; d) les premières conduites organisées (8-9 mois à 11-12 mois), avec utilisation de moyens connus pour atteindre un but nouveau et recherche (sans méthode) de l’objet caché ; e) l’exploration et les tâtonnements dirigés (de 11-12 à 18 mois) : invention de moyens nouveaux pour atteindre des buts, recherche coordonnée de l’objet disparu ; f) intériorisation des schèmes d’action, solution de quelques problèmes par compréhension brusque : « insight » (de 18 à 24 mois). Pendant la période sensori-motrice, on assiste à une décentration progressive et à une organisation de l’action, mais sans langage ni pensée représentative, uniquement à partir de « concepts pratiques ».

• Le stade de la pensée préconceptuelle. Il est caractérisé par l’apparition de la fonction symbolique (entre 2 et 4 ans), c’est-à-dire de la possibilité de la représentation, du langage, de l’imitation d’un modèle absent.

À partir de 4 ans et jusqu’à 6 ans, on peut déceler le stade de la pensée intuitive, qui annonce la pensée opératoire et conduit à un début de logique. Mais l’enfant considère son propre point de vue comme le seul possible (égocentrisme), tout l’univers est censé obéir au moi (magie), la causalité physique est assimilée à la causalité d’ordre psychique.