Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Allemagne (suite)

Les réalisateurs allemands de l’époque les plus connus, Hans Steinhoff, Gustav Ucicky, Veit Harlan (auteur du Juif Süss, 1940), ne parviennent guère cependant à tirer le cinéma allemand de sa médiocrité, médiocrité qui se poursuivra longtemps après la fin de la Seconde Guerre mondiale. En effet, le fameux « miracle allemand » ne touche guère le domaine cinématographique. Deux metteurs en scène seulement échappent à la platitude : Helmut Käutner et Wolfgang Staudte, qui tous deux ont débuté pendant la guerre en signant des œuvres prometteuses, respectivement Lumière dans la nuit et Bravo acrobate. Käutner en Allemagne fédérale, Staudte, qui travaillera surtout en Allemagne démocratique, seront pendant vingt ans des exceptions, non que leurs productions soient toujours réussies mais parce qu’au moins leurs scénarios échappent aux poncifs commerciaux qui hantent un cinéma considéré à juste titre comme le plus médiocre d’Europe. Dans le désert, quelques œuvres ont tenté sans succès de secouer la torpeur d’une industrie atteinte de sclérose artistique. Parmi elles, il faut citer l’essai brillant de Peter Lorre (Un homme perdu, 1951), le film pacifiste de Bernhard Wicki (le Pont, 1959), quelques réussites de Paul May, Kurt Hoffmann ou Rolf Thiele.

Imitant avec un certain retard les « nouvelles vagues » française, britannique, italienne, de jeunes cinéastes ont réagi à partir de 1963-1964 contre l’engourdissement du cinéma. Face aux succès commerciaux des pseudo-westerns comme Winnetou (réalisés par le Dr Harald Reinl), existe désormais un « nouveau cinéma » dont les plus brillants représentants sont Ferdinand Khittl (la Route parallèle. 1961), Volker Schlöndorff (les Désarrois de l’élève Törless, 1965 ; la Soudaine Richesse des pauvres gens de Kombach, 1971 ; l’Honneur perdu de Katharina Blum, 1975), Alexander Kluge (Anita G., 1966 ; les Artistes sous le chapiteau : perplexes, 1968 ; Ferdinand le libéral, 1976), R. W. Fassbinder (le Marchand des Quat’Saisons, 1971 ; Tous les autres s’appellent Ali, 1974 ; la Loi du plus fort, 1975), Wim Wenders (Au fil du temps, 1976), Werner Herzog (Aguirre, la colère de Dieu, 1973 ; l’Énigme de Kaspar Hauser, 1975), Jean-Marie Straub, Edgar Reitz, les frères Schamoni, Peter Fleischman, Johannes Schaaf, Uwe Brandner, Ulli Lommel, Peter Lilienthal.

J.-L. P.


Les metteurs en scène allemands


Ewald André Dupont

(Zeitz 1891 - Hollywood 1956). Critique de cinéma puis scénariste, il débute dans la mise en scène en 1918. Deux films suffiront à assurer sa renommée : Baruch, tourné en 1923, et surtout Variétés (1925), dont la réussite est due tout autant au talent du réalisateur qu’à celui de ses principaux collaborateurs : la scénariste Théa von Harbou, le chef opérateur Karl Freund et le décorateur Otto Werndorff. Dupont poursuivit sa carrière en Grande-Bretagne et aux États-Unis.


Helmut Käutner

(Düsseldorf 1908). Son premier film date de 1939. Remarqué dès Lumière dans la nuit (Romance in Moll, 1943), il tourna ensuite notamment De nos jours (In jenen Tagen, 1947), La pomme est tombée (Der Apfel ist ab, 1948), Épilogue (Epilog, 1950), le Dernier Pont (Die letzte Brücke, 1953), le Général du Diable (Des Teufels General, 1955), le Capitaine de Köpenick (Der Hauptmann von Köpenick, 1956).


Fritz Lang.

V. l’article.


Paul Leni

(Stuttgart 1885 - Hollywood 1929). Décorateur de théâtre, collaborateur de Max Reinhardt, il devient assez rapidement l’un des grands noms de l’expressionnisme. Coréalisateur de l’Escalier de service (1921) avec Leopold Jessner, il tourne en 1924 le Cabinet des figures de cire. À Hollywood, où il travaille à partir de 1926, il devient un excellent spécialiste de films de terreur comme la Volonté du mort (The Cat and the Canary, 1927), L’homme qui rit (The Man who laughs, 1928), le Dernier Avertissement (The Last Warning, 1929).


Ernst Lubitsch.

V. l’article.


Lupu-Pick

(Lupu Pick, dit) [Iaşi, Roumanie, 1880 - Berlin 1931). Acteur de théâtre et de cinéma, il est l’auteur des meilleurs films du « Kammerspiel » : le Rail (1921) et la Nuit de la Saint-Sylvestre (1924). Il réalise ensuite des productions de moindre intérêt, dont la Casemate blindée (Das Panzergewölbe, 1925) et le Canard sauvage (Lügenhaus, 1926).


Friedrich Wilhelm Murnau.

V. l’article.


Georg Wilhelm Pabst.

V. l’article.


Leni Riefenstahl

(Berlin 1902). Danseuse et actrice (notamment dans la Montagne sacrée [1926] du Dr Arnold Fanck), elle réalise en 1932 la Lumière bleue (Das blaue Licht), puis des documentaires fortement inspirés par l’idéologie national-socialiste : le Triomphe de la volonté (Triumph des Willens, 1934) et les Dieux du stade (Olympia, 1937, film en deux parties sur les jeux Olympiques de Berlin).


Wolfgang Staudte

(Sarrebruck 1906). Acteur de théâtre, il travaille avec Max Reinhardt et Piscator, puis aborde le cinéma en 1933. Ses meilleurs films le placent aux côtés de Käutner comme l’un des rares cinéastes talentueux de l’après-guerre : Les assassins sont parmi nous (1946), Rotation (1949), Pour le roi de Prusse [ou le Sujet] (1951), réalisés en République démocratique allemande, Rose Bernd (1957), Je ne voulais pas être un nazi (Kirmes, 1960), réalisés en République fédérale d’Allemagne.


Robert Wiene

(en Saxe 1881 - Paris 1938). Son nom demeure lié à la réalisation de l’archétype du cinéma expressionniste : le Cabinet du Dr Caligari, dont le succès est dû en grande partie au talent des scénaristes Carl Mayer et Hans Janowitz ainsi que des décorateurs Hermann Warm, Walter Röhrig et Walter Reimann. Wiene réalise ensuite notamment Genuine (1920), Raskolnikow (1923), I. N. R. I. (1923), les Mains d’Orlac (Orlacs Hände, 1925), Ultimatum (1938).

 R. Kurtz, Expressionismus und Film (Berlin, 1926). / O. Kalbus, Vom Werden deutscher Filmkunst (Altona, 1935). / S. Kracauer, From Caligari to Hitler (Princeton, 1947). / H. H. Wollenberg, Fifty Years of German Film (Londres, 1948). / A. Bauer, Deutscher Spielfilm-Almanach 1929-1950 (Berlin, 1950). / L. Eisner, l’Écran démoniaque (Bonne, 1952 ; nouv. éd., Le Terrain vague, 1965). / G. Lamprecht, Deutsche Stummfilme (Deutsche Kinemathek, Berlin, 1961-1970 ; 3 vol. parus). / R. Borde, F. Buache et F. Courtade, le Cinéma réaliste allemand (Serdoc, Lyon, 1965). / H. Baumert et H. Herlinghaus, 20 Jahre Defa Spielfilm (Berlin, 1968). / D. S. Hull, Film in the Third Reich (Berkeley, Californie, 1969). / Fantastique et réalisme dans le cinéma allemand 1912-1933 (Musée du Cinéma, Bruxelles, 1969). / F. Courtade, Jeune Cinéma allemand (Serdoc, Lyon, 1970). / F. Courtade et P. Cadars, Histoire du cinéma nazi (le Terrain vague, 1972).