Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Empire colonial portugais (suite)

L’empire territorial qui se constitue est de faible étendue, car insulaire, mais il est riche. Céréales, vigne et canne à sucre se développent à Madère. Les Açores connaissent une activité agricole analogue et tirent profit de leur rôle d’escale. Le passage des galions espagnols permet une fructueuse contrebande, fournissant ainsi à la métropole ce métal argent indispensable pour le commerce oriental et dont l’Empire portugais est si cruellement démuni. Les îles du golfe de Guinée non seulement sont des escales pour les négriers, mais aussi figurent à la fin du xvie s. parmi les grandes zones sucrières. Un tableau de l’Atlantique portugais ne serait pas complet sans évoquer la présence portugaise sur les lieux de pêche proches de Terre-Neuve et du Labrador.

L’exploration méthodique des côtes africaines se poursuit tout au long du siècle. En 1483, Diogo Cam reconnaît l’embouchure du Congo, et des contacts sont établis avec les grands royaumes de l’intérieur. Des padrões, piliers de pierre dont les inscriptions trilingues signalent la prise de possession au nom du roi de Portugal, jalonnent cette route océanique. En même temps, Pêro da Covilhã († v. 1545) et Afonso de Maiva explorent la route entre la Méditerranée et le pays des épices. En 1487, Bartolomeu Dias (v. 1450-1500) contourne la pointe méridionale du continent africain. Dix ans plus tard, Vasco de Gama* ouvre la route des Indes. Déjà roi de l’or grâce aux gisements africains, le souverain portugais va, pour un temps, devenir aussi le « roi des épices ».


L’empire oriental

Au terme d’un long et périlleux voyage, Vasco de Gama atteint Calicut en mai 1498. Malgré les pertes en hommes et en navires, les bénéfices de l’expédition augurent favorablement de l’avenir. Mais les Portugais ne peuvent se contenter du simple rôle de marchands ; dès la deuxième expédition, il faudra envisager des conquêtes.


Établissement de l’empire

Au cours de la deuxième expédition, Pedro Álvares Cabral (v. 1460-1520 ou 1526) comprend l’intérêt d’établissements permanents à terre : ainsi on pourra effectuer les achats à temps et éviter la brusque flambée de prix lorsque les vaisseaux, tributaires de la mousson, doivent faire le plein au plus vite. La rivalité avec les commerçants musulmans et le fanatisme religieux qui joue de part et d’autre suscitent un véritable cycle de violences. Aussi, les comptoirs à terre doivent être doublés de forteresses, sur le modèle des établissements de Cochin. Depuis 1502, ce port est devenu la base portugaise, de préférence à Calicut, situé en pays musulman.

Avec Francisco de Almeida (v. 1450-1510), le premier vice-roi, arrivé en 1505, une dernière étape est franchie : faute de pouvoir conquérir le continent, les Portugais vont se rendre maîtres de l’océan. L’œuvre est complétée par Afonso de Albuquerque* (1453-1515), qui veut allier la maîtrise des lignes maritimes à la possession d’un réseau de bases solides à terre. Il consolide les bases d’entrée sur la côte africaine : Mozambique, Kilwa..., où les vaisseaux peuvent attendre la mousson à l’abri des canons ; des escadres sillonnent la mer, détruisant les flottes musulmanes. Enfin, Albuquerque choisit quelques points d’appui permettant de contrôler de larges zones de trafic : en 1510, Goa, pour la côte de Malabār ; en 1515, Ormuz, qui commande l’entrée du golfe Persique. Jamais, toutefois, les Portugais ne réussissent à enlever Aden et à verrouiller la mer Rouge ; c’est une grave faille dans leur système.

Très vite, ils se rendent compte que la zone des épices chères n’est pas l’Inde, mais les îles orientales. En 1511, Albuquerque fait enlever Malacca, puis, avec António de Abreu et Francisco Serrão, les commerçants portugais s’établiront dans les îles Banda et les Moluques.

Au-delà de cet océan, devenu leur pendant un bref moment, les Portugais poussent vers la Chine et le Japon. Ainsi, au milieu du xvie s., l’empire portugais d’Orient a atteint sa plus grande extension.


L’organisation de l’empire

Pour les Portugais, avant tout commerçants, il suffit de tenir les lignes essentielles, soit directement, soit par l’entremise de vassaux. À l’entrée de l’océan Indien, les deux capitaineries de Mozambique et de Sofala permettent de drainer une partie du commerce africain et surtout l’or du Monomotapa. Autour de l’océan, divisé en douze secteurs militaires, les Portugais n’occupent qu’un nombre réduit de bases, car celles-ci coûtent cher : Ormuz, Diu, Goa, Malacca... Quant aux vassaux, ils acquittent des tributs : soit en argent, ce qui paie les garnisons portugaises, soit en nature, fournissant des produits utiles pour le commerce d’Indes en Indes et les exportations vers la métropole. Ainsi, l’empire portugais, au sens strict du terme, n’est qu’une petite partie d’un vaste ensemble s’étendant de l’Afrique au Japon. Le cœur de l’empire est la ville de Goa, siège du vice-roi, qui a supplanté Cochin depuis 1530. Les Portugais ne sont qu’une infime minorité ; mais, à la différence des Espagnols, ils n’ont pas introduit sous les tropiques des préjugés raciaux, et la présence portugaise se prolonge par une foule de métis. C’est un véritable État multinational qui a été ainsi édifié en Orient, et, parfois, ces Luso-Indiens ont fait passer leurs propres intérêts avant ceux d’une lointaine métropole.

Dans l’optique portugaise, il n’est pas nécessaire de tenir le pays — tâche d’ailleurs impossible — mais de tenir la mer, ou plutôt les mers, car cet empire commercial se scinde en deux ensembles complémentaires, centrés l’un sur l’océan Indien, l’autre sur l’Extrême-Orient. En métropole, le commerce est contrôlé par la Casa da Índia. Les bénéfices sont trop importants pour que les souverains les abandonnent à des particuliers, et, comme la Casa da Guiné e Mina pour l’or africain, c’est un organisme d’État qui supervise le trafic. La Casa da Índia se charge de procurer les matières nécessaires pour assurer le fret et surtout elle s’efforce de régulariser les ventes en contrôlant les arrivages en Europe.