Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Empire (premier) (suite)

Les Cent-Jours*

En quelques mois, la situation semble se retourner en faveur de Napoléon. Les émigrés rentrés avec Louis XVIII mènent une réaction qui dresse contre eux une bonne partie de l’opinion publique. Les propriétaires, bourgeois ou paysans, de biens nationaux s’inquiètent des propos des prêtres sur les confiscations possibles. Enfin, 12 000 officiers sont placés en demi-solde : autant d’hommes prêts à tout pour éviter l’indigence. Napoléon, encouragé par des informations qui lui dépeignent les Français comme soupirant après lui, quitte secrètement l’île d’Elbe. Il débarque le 1er mars 1815 à Golfe-Juan, près d’Antibes.

C’est la France de la Révolution qui l’accueille, et, un temps, Napoléon reprend le ton du général jacobin. Mais, parvenu aux Tuileries, il s’empresse de rassurer une bourgeoisie effrayée désormais plus par le spectre de 93 que par les Bourbons. Il ne sera pas « le roi d’une jacquerie », « l’Empereur de la canaille ». Les souvenirs de sa jeunesse l’effraient, comme il le dira lui-même en 1816, et il ne voit de frein possible aux « rancunes populaires » que dans le règne des idées constitutionnelles et libérales. Par l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire, il réforme les institutions dans un sens libéral. Mais la différence avec la Charte octroyée par Louis XVIII n’apparaît pas sensible à la bourgeoisie, inquiète de l’état de guerre dans lequel le retour de Napoléon va replacer la France.

Car, dès le 13 mars, en dépit des ouvertures faites à l’Autriche et à la Russie, les alliés le déclarent « hors la loi ». En juin, commence la courte campagne de Belgique qui, dès le 18, se clôt par le désastre de Waterloo.

Le 22 juin, Napoléon abdique en faveur de son fils. Personne ne s’en soucie, et, le 8 juillet, Louis XVIII est de nouveau à Paris. Le 13, bloqué à Rochefort par une croisière britannique, Napoléon sollicite l’hospitalité de l’Angleterre. Elle le déporte à Sainte-Hélène.

Mais déjà Napoléon construisait sa légende. Pour détruire cette légende, les historiens du xixe s., souvent opposés au second Empire, tels Jules Barni (1818-1878) ou Pierre Lanfrey (1828-1877), ont insisté sur les pertes que la période impériale avait fait subir à la France. Le second traité de Paris, il est vrai, lui enlève la Savoie et plusieurs places fortes du Nord-Est. Elle doit payer une lourde contribution de guerre et recevoir sur son sol, durant trois ans au moins, une armée d’occupation, tandis que les alliés contrôlent le gouvernement. Mais l’histoire de l’Empire ne peut se résumer à cela, et les peuples qui, avec Napoléon, ont fait et propagé sa légende ne s’y sont pas trompés. Le premier Empire consolide l’œuvre politique et sociale de la Révolution. Il l’étend à une bonne partie de l’Europe, qui passe ainsi de l’âge de la féodalité à celui du capitalisme. « Napoléon mit ainsi, comme le disait l’historien F. Guizot, sa haute intelligence, sa puissante volonté au service de la pensée générale, du vœu commun. » C’est par là qu’il prend figure de héros et que l’histoire de son règne enthousiasmera encore bien des générations.

J.-P. B.

➙ Alexandre Ier de Russie / Autriche / Beauharnais (de) / Blocus continental / Bonaparte (les) / Bourgeoisie / Cent-Jours (les) / Charles XIV de Suède / Confédération du Rhin / Consulat (le) / Espagne / Italie / Louis XVIII / Murat (Joachim) / Napoléon Ier / Ney (Michel) / Russie.

 G. Lefebvre, Napoléon (P. U. F., 1936 ; nouv. éd., 1971). / A. Chabert, Essai sur les mouvements des revenus et de l’activité économique en France de 1798 à 1820 (Génin, 1949). / J. Godechot, les Institutions de la France sous la Révolution et l’Empire (P. U. F., 1951 ; rééd., 1969) ; l’Europe et l’Amérique à l’époque napoléonienne (P. U. F., coll. « Magellan », 1967). / J. Massin, Almanach du Premier Empire (Club fr. du livre, 1965). / J. C. Quennevat, Atlas de la Grande Armée (Sequoia, 1966). / La France à l’époque napoléonienne, numéro spécial de la Revue d’histoire moderne et contemporaine (A. Colin, 1970).


Les armées du premier Empire

Magnifique instrument de guerre entre les mains du premier capitaine de tous les temps, elles proviennent des armées de la République : celles de Dumouriez et de Hoche, de Jourdan et de Sambre-et-Meuse, avec leurs cavaliers en sabots qui sanglaient leurs chevaux efflanqués avec de vieilles cordes à fourrage, leurs va-nu-pieds légendaires qui ont fait les campagnes du Palatinat, de Hollande, de Vendée...


L’armée de Marengo

Après Brumaire, le Premier consul perfectionne en hâte ce qu’il trouve : le temps presse, la guerre est aux frontières et il faut gagner la paix que la France réclame. Quatre armées : Italie, Rhin, Nord, Ouest, en tout 200 000 hommes, sont opposées à la deuxième coalition ; mais Bonaparte compte surtout sur l’armée de réserve à ses ordres : 40 000 hommes, que 100 000 conscrits pourront renforcer. Les éléments essentiels des armées de l’avenir s’y trouvent : les corps d’armée, sans le nom, existent, commandés par des lieutenants du général en chef. La garde consulaire, née des gardes honorifiques du Directoire et du Corps législatif, est une troupe de combat. C’est l’armée de Marengo (14 juin 1800).

La paix conclue (1801-1802), l’armée s’organise. La conscription étant impopulaire, le Premier consul réduit le nombre des appelés, retient les soldats instruits au moyen de hautes payes d’ancienneté, attire les étrangers, même les vagabonds, habille, équipe, arme difficilement les régiments...


La Grande Armée

Mai 1803 : rupture avec l’Angleterre. Aussitôt, chacun des six camps établis face à elle sur les côtes du pas de Calais reçoit 30 000 hommes soumis à l’entraînement à terre et sur l’eau. Ils célèbrent joyeusement la proclamation de l’Empire (18 mai 1804), la distribution des étoiles de la Légion d’honneur, et s’apprêtent à monter à bord de la flottille pour mettre le cap sur la Cornouailles ; mais les escadres d’accompagnement manquent au rendez-vous. Sur ordre de l’Empereur, les camps se transforment en corps d’armée, et l’Armée des Côtes de l’Océan déferle vers le Rhin, au-devant des forces autrichiennes et russes en route vers la France. L’Empereur la baptise Grande Armée ; 350 bouches à feu, 200 000 hommes : 5 000 d’entre eux ont servi l’Ancien Régime, 100 000 comptent trois ans de services — les campagnes de Marengo et de Hohenlinden —, 80 000 ont fait les guerres de la République. La moitié des 140 généraux viennent des « armées du Roy » : âge moyen, 30 à 45 ans ; un dixième des 5 000 officiers sont fournis par la conscription ; une centaine sortent des Écoles ; le reste est peu instruit ; âge moyen, 35 à 40 ans. La Garde impériale forme une belle division de 7 000 hommes et 24 pièces. Cette armée, solide, entraînée, à direction jeune, tenue par la vraie discipline militaire, non rigoureuse mais acceptée, gagne en huit heures, à 400 lieues de ses bases, la bataille d’Austerlitz (2 déc. 1805), qui termine brillamment la campagne.