Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

embryon (suite)

L’œuf des Mammifères se segmente de façon totale et égale, et aboutit à une blastula dont l’ectoderme (ou trophoblaste) entoure une masse interne : le bouton embryonnaire. Le trophoblaste, bientôt doublé par le mésoderme pariétal, se soude aux replis de la muqueuse utérine et forme le chorion. Une masse tissulaire mixte, d’origine maternelle et embryonnaire, se constitue, dont les rapports, chez les Primates, sont si intimes avec l’organisme de la mère que les tissus embryonnaires baignent littéralement dans des lacunes sanguines maternelles : c’est le placenta, dont l’irrigation propre est assurée par les vaisseaux de l’allantoïde ou de son pédicule. Jusque-là, l’embryon, logé dans la cavité de nidation de l’utérus, était nourri et approvisionné en oxygène par du sang maternel extravasé et par les produits de lyse cellulaire qui emplissent cette cavité. À présent, l’embryon (désigné dans l’espèce humaine et, par extension chez les autres Mammifères, sous le terme de fœtus) sera nourri par le placenta mis en place, qui interviendra en outre pour assurer un développement embryonnaire harmonieux par l’intermédiaire de nombreuses substances chimiques qu’il élabore, en particulier d’hormones.

R. M.


L’embryon humain

Dans l’espèce humaine, on désigne sous le terme d’embryon le produit de la conception à partir de la fin de la deuxième semaine de son développement (date à laquelle l’œuf a mis en place le disque germinatif) jusqu’à la fin du second mois de la grossesse (date à laquelle la morphogenèse est achevée). À partir du troisième mois, l’embryon devient un fœtus.


Formation du disque embryonnaire

L’œuf humain est une petite sphère de 150 μ environ, ne contenant pratiquement pas de vitellus (de réserves). Peu après la fécondation, il commence à se segmenter d’une façon totale, mais légèrement inégale. Il se divise d’abord en deux blastomères, dont l’un est un peu plus gros que l’autre. Le plus gros se subdivise ensuite en deux, conduisant au stade trois blastomères. Le plus petit se divise à son tour, et le stade quatre blastomères est réalisé. Les divisions continuent, et, au stade huit blastomères, on a quatre blastomères dérivés du petit blastomère, à un pôle, et quatre dérivés du gros blastomère, à l’autre pôle. Tandis que cette segmentation progresse, l’œuf descend dans la trompe de Fallope, et, lorsque le stade douze à seize blastomères est atteint, il prend le nom de morula. Les petits blastomères ayant fini par entourer les gros, la morula est constituée par un amas cellulaire central, le bouton embryonnaire, et une couche cellulaire périphérique, appelée le trophoblaste, car elle est destinée à assurer la nutrition de l’embryon. Le trophoblaste, en s’accroissant, se décolle de la partie inférieure du bouton embryonnaire. Une cavité apparaît ainsi, séparant le bouton embryonnaire d’une partie du trophoblaste : on donne à ce stade le nom de blastocyste.

À la face inférieure du bouton embryonnaire, une couche de cellules s’isole par clivage et constitue l’endoblaste. Celui-ci prolifère et vient constituer au-dessous du bouton embryonnaire une nouvelle cavité, appelée le lécithocèle. Le bouton embryonnaire lui-même se creuse progressivement d’une cavité, ébauche d’une annexe fondamentale, l’amnios primaire. L’œuf présente alors de ce fait deux cavités accolées : l’une supérieure, l’amnios primaire ; l’autre inférieure, le lécithocèle. Les deux feuillets d’accolement sont les ébauches de l’embryon proprement dit (ectoblaste primaire au-dessus et endoblaste en dessous). L’ensemble constitue le disque embryonnaire didermique, qui donnera naissance à l’embryon.

Dans l’espace qui sépare le trophoblaste des deux vésicules issues du bouton apparaissent des éléments cellulaires dissociés, qui prennent le nom de mésenchyme primaire. Les cellules de ce mésenchyme se localisent ensuite uniquement en dehors, au contact du trophoblaste, et en dedans, au contact des deux vésicules. Le trophoblaste, ainsi doublé d’une partie de cette lame mésenchymateuse, constitue le chorion. Entre la lame mésenchymateuse qui double le trophoblaste et celle qui double les deux vésicules, l’espace ainsi délimité prend le nom de cœlome externe. La dernière annexe, l’allantoïde, se différencie tôt aux dépens de la vésicule endoblastique. On voit donc que les annexes sont déjà très différenciées, alors que l’embryon lui-même est seulement préfiguré par l’adossement de deux feuillets interposés entre la cavité de l’amnios et celle du lécithocèle, vers la fin de la seconde semaine. La troisième semaine du développement constitue une phase importante, caractérisée par la mise en place d’un troisième feuillet, le feuillet mésoblastique (gastrulation). Au début de cette troisième semaine, les cellules de l’ectoblaste de la région caudale du disque embryonnaire deviennent sphériques, prolifèrent et migrent vers la ligne médiane. Ces modifications entraînent la formation de la ligne primitive, nettement visible sur un embryon de quinze à seize jours et caractérisée par une ligne sombre terminée à son extrémité antérieure par un épaississement, le nœud de Hense. Cette ligne primitive n’est autre que la ligne le long de laquelle des éléments du feuillet superficiel s’invaginent pour former le troisième feuillet, ou chordo-mésoblaste.

L’aspect extérieur du disque embryonnaire, initialement arrondi ou ovalaire, s’allonge et, vers le dix-huitième jour, devient piriforme avec une extrémité céphalique large et une extrémité caudale étroite. L’expansion siège particulièrement dans la région céphalique, tandis que la région de la ligne primitive conserve plus ou moins la même taille.

Ainsi s’est constitué un embryon à trois feuillets, encore au stade de disque embryonnaire, tridermique et toujours plan. Toutes les régions futures sont représentées, mais elles sont étalées sur un même plan.