Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

électrochoc (suite)

On s’interroge toujours, après plus de trente ans d’expériences cliniques et de recherches, sur le mécanisme d’action de l’électrochoc. Celui-ci agit biologiquement sur le fonctionnement cérébral, sur les systèmes qui règlent l’humeur et la vie instinctivo-affective. Le phénomène convulsif cérébral semble modifier la neurophysiologie et la neurochimie cérébrales dans un sens favorable, mais nous n’en savons guère plus. Pour certains auteurs, les troubles de la conscience et de la mémoire, les modalités de retour de l’inconscience à l’état d’éveil seraient importants. Pour d’autres, au contraire, les modifications passagères de la mémoire ne sont que des anomalies sans réelle utilité thérapeutique.

Autres méthodes employées en psychiatrie

Rapprochons des chocs électriques les autres méthodes de chocs biologiques, qui, pour nombre d’entre elles, ont été découvertes et appliquées avant 1938. Il en est ainsi des chocs insuliniques constituant la cure de Sakel (1932 ; du nom du psychiatre américain Manfred Joshua Sakel), des chocs pentétrazoliques de von Meduna (1936 ; du nom du psychiatre américain d’origine hongroise László von Meduna), etc.

• La cure de Sakel comporte une série de comas hypoglycémiques provoqués par injection d’insuline. La durée de ces comas est d’une heure environ ; leur nombre est très variable, de 50 à 80, ce qui nécessite plusieurs mois de traitement. La grande indication reste la schizophrénie, surtout au début de la maladie, certains états dépressifs chroniques plus ou moins atypiques, certains délires chroniques.

• Les chocs au pentétrazol, à l’acétylcholine, aux amphétamines, ainsi que les chocs pyrétothérapiques (fièvre artificielle), anoxiques (par privation d’oxygène), par carbonarcose (emploi du gaz carbonique) et même des chocs de pratique plus récente tels ceux qu’on obtient avec le flurothyl (éther trifluoro-éthylique) sont infiniment moins utilisés.

G. R.

 J. O. Ottoson, Experimental Studies of the Mode of Action of Electroconvulsive Therapy (Copenhague, 1960).

électrocution

Accident dû à la mise en contact du corps humain avec un conducteur électrique sous tension. Ce contact entraîne des réactions d’importance très variable, allant de la secousse électrique à l’état de mort apparente, ou électrocution vraie.


Les accidents électriques se sont limités pendant des siècles aux fulgurations, accidents déterminés par la foudre. Les accidents d’électrocution ne sont apparus qu’avec la production industrielle d’électricité, mais, en raison des progrès rapides des méthodes de prévention et d’éducation des utilisateurs, le nombre de cas mortels par an varie peu malgré les progrès de l’électrification (environ 140 décès par an en France, dont 80 à l’occasion du travail). Dans certains États, on emploie l’électrocution pour exécuter les condamnés à mort (chaise électrique).


Signes cliniques

Ils sont de deux ordres : manifestations neuro-musculaires et brûlures dans l’immédiat, complications secondaires et séquelles par la suite.


Manifestations immédiates

a) Réactions neuro-musculaires. La mise en contact accidentelle du corps avec le conducteur sous tension détermine une secousse musculaire accompagnée d’une réaction commotionnelle plus ou moins intense.

À un degré de plus, le sujet souffre d’une contracture qui peut soit projeter l’accidenté à distance du métal conducteur, soit au contraire l’accrocher au conducteur. Si la contracture porte sur les muscles intercostaux, elle provoque une striction tétanique avec angoisse, gêne respiratoire, puis asphyxie.

Pour des chocs plus importants, le sujet perd connaissance, il tombe à terre, en état de mort apparente. Selon le type d’électrocution, il est classique de distinguer l’électrocution bleue, avec signes asphyxiques, et l’électrocution blanche, où les signes syncopaux dominent.

Dans les minutes qui suivent l’accident, les manœuvres de réanimation, en particulier la respiration artificielle et le massage cardiaque, peuvent permettre le retour de l’automatisme cardiaque, puis respiratoire. Ces méthodes permettent d’obtenir parfois la guérison complète.

b) Brûlures électriques. Des brûlures électriques typiques s’observent lorsque une forte intensité dégage une quantité de chaleur élevée dans la zone de passage.

Schématiquement, ces brûlures, qui sont très nettes, indiquent bien les zones de contact. En principe, elles se manifestent par une nécrose blanchâtre s’il n’y a pas carbonisation ; elles sont brunâtres dans les autres cas. Les brûlures électriques sont peu douloureuses. Elles suppurent rarement, mais, par contre, évoluent vers une phase d’élimination très lente et entraînent souvent une cicatrice adhérente, chéloïdienne, parfois avec forte rétraction tendineuse.

Il convient d’isoler, en raison de leur fréquence, les brûlures oculaires, avec conjonctivite, rétinite, iridocyclite.


Manifestations tardives

Dans les heures ou les jours qui suivent un accident électrique, on peut observer un état anormal classé comme choc secondaire et comprenant des céphalées, des vomissements, parfois des signes d’hypertension intracrânienne et un coma, ainsi que des cas d’anurie (absence d’urine) avec myoglobinurie (présence d’une protéine des muscles dans les urines). L’importance de ces manifestations retardées a fait envisager la possibilité de troubles vasculaires cérébraux, avec hémorragie ou œdème cérébral. Des séquelles assimilables au syndrome post-traumatique et de très nombreuses séquelles lésionnelles centrales ou périphériques ont été décrites. Parmi les autres complications, il faut citer les troubles cardiaques, troubles du rythme, troubles de conduction, manifestations coronariennes, parfois anomalies électriques retardées.


Traitement

Le traitement de l’électrocution comprend un dégagement rapide de l’électrocuté, en évitant que les sauveteurs ne soient eux-mêmes accidentés, la réanimation en cas de mort apparente, le massage cardiaque externe et la réanimation respiratoire, de préférence par la technique du respirateur à soufflets. L’hospitalisation, même en cas d’électrocution relativement bénigne, est nécessaire s’il y a eu perte de connaissance, même de courte durée.