Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

élection (suite)

En 1951, la France, puis, en 1953, l’Italie ont utilisé ce même système en lui adjoignant toutefois le procédé des apparentements. Des listes concurrentes peuvent — avant l’ouverture du scrutin — s’apparenter (en France, l’apparentement jouait dans chaque circonscription ; en Italie, il intervenait sur le plan national). Si une liste obtient la majorité absolue, elle est élue ; il en est de même si le groupe de listes apparentées obtient cette même majorité, mais alors la répartition proportionnelle avec prime à la plus forte moyenne joue entre les seules listes apparentées. Si aucune liste ou aucun groupement de listes n’obtient la majorité absolue, on applique la représentation proportionnelle avec prime à la plus forte moyenne. Dans une partie de la région parisienne, les apparentements n’étaient pas admis, la prime à la majorité n’était pas accordée, la représentation proportionnelle intervenait dans tous les cas, mais avec prime au plus fort reste.

électorale (sociologie)

Branche de la sociologie politique qui décrit et explique la répartition des opinions telles qu’elles s’expriment à l’occasion des élections*.



Problèmes de méthode

Par nature, les statistiques électorales, qui expriment les résultats des consultations, classent les divers comportements possibles : elles recensent les électeurs inscrits, puis les votants, distinguent — parmi ceux qui ont participé au scrutin — les votes blancs et nuls des suffrages exprimés, et distribuent ceux-ci entre les candidats ou les réponses en compétition. Dans la plupart des pays, ces statistiques sont établies à chacun des échelons de l’administration du territoire : en France, on connaît les résultats électoraux par bureaux de vote, par communes, par cantons, par circonscriptions électorales (pour les élections législatives), par départements.

Cette présentation suggère tout naturellement la description, voire l’interprétation des faits électoraux en termes géographiques. Présentant au lecteur de 1914 l’objet et la méthode de son Tableau politique de la France de l’Ouest sous la troisième République, André Siegfried (1875-1959) souhaitait ainsi « rattacher la politique non pas exactement à la géographie dans le sens étroit de ce mot, mais à ce que l’école de M. Vidal de La Blache appelle aujourd’hui la géographie humaine ». La géographie électorale, devenue sociologie électorale (ou encore sociographie, comme l’avait proposé François Goguel), procède par comparaisons : elle tend à dégager des corrélations entre la répartition des opinions et celle des groupes sociaux et des genres de vie. Par là même, elle considère principalement les relations statistiques les plus massives et néglige souvent les phénomènes minoritaires ; elle décrit des coïncidences, mais établit plus difficilement les rapports de causalité ; elle privilégie quelquefois les facteurs économiques et sociaux du vote au détriment des facteurs proprement politiques.

Pour franchir ces limites, il convient de démonter les mécanismes de formation des choix électoraux et de mettre à jour les attitudes politiques profondes qui les sous-tendent. Depuis une dizaine d’années, l’application des méthodes de la psychologie sociale aux sciences de la politique — domaine où les spécialistes anglo-saxons avaient tracé la voie depuis longtemps — a fait réaliser des progrès décisifs aux études électorales. Le fait nouveau est le développement rapide des enquêtes par sondages et, plus récemment, l’introduction du « panel » (enquêtes en vagues successives appliquées à un échantillon constant), l’établissement d’échelles d’attitudes pour l’exploitation des résultats d’enquêtes et le recours aux entretiens non directifs. La richesse de ces nouvelles voies d’approche s’exprime pleinement dans l’analyse critique des acquisitions de ce qu’il est convenu de nommer l’« école française de sociologie électorale ». Les hypothèses ouvertes par André Siegfried dès 1914 sont ainsi reprises, précisées, infléchies par la psychologie sociale pour décrire les comportements dans les différents groupes d’appartenance, établir les mécanismes de formation de l’opinion et suivre ses mouvements dans le temps.


Comportement électoral et structure sociale

Parmi les caractères biologiques, le clivage du sexe doit être interprété avec prudence et rapproché, en tout état de cause, de la situation respective des hommes et des femmes dans chacune des sociétés considérées. Le statut matrimonial et la nature des relations conjugales, les différences d’intégration économique, les sentiments religieux ont sans doute plus d’importance que les traits originaux de l’ « éternel féminin » pour caractériser le vote des femmes. Retenons cependant les deux aspects principaux du comportement électoral des femmes en France : une moindre participation, puisque les femmes, qui constituent un peu plus de la moitié du corps électoral, semblent fournir près des deux tiers des abstentionnistes ; une orientation plus marquée vers les partis conservateurs. L’influence de l’âge se lit également dans les niveaux de participation : les jeunes électeurs et les vieillards sont moins assidus aux urnes, comme le sont d’ailleurs tous les groupes mal intégrés à la société globale. L’origine ethnique ne peut avoir d’influence que dans les sociétés multiraciales ; elle s’y combine généralement à des inégalités sociales, voire à des conflits linguistiques ou religieux, qui lui donnent son véritable contenu politique.

L’influence du statut socio-économique sur le comportement des électeurs semble découler naturellement de la vocation des partis — qui sollicitent les suffrages — à exprimer et à promouvoir des intérêts collectifs. Et quels intérêts pourraient apparaître plus pressants que ceux qui touchent au travail de l’homme, à ses moyens d’existence, à son genre de vie ? Dans l’arsenal des explications du vote, les structures économiques et sociales devaient donc trouver d’emblée une place de choix. Il convient de marquer la réalité de cette influence et d’en souligner les limites. Le tableau ci-dessous, extrait d’une enquête réalisée par l’I. F. O. P., rend compte de la composition socio-professionnelle des électorats français à l’occasion des élections législatives de 1962.