Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Einstein (Albert) (suite)

Ses efforts pour la paix du monde

« La guerre est gagnée, mais non pas la paix », écrit-il à la fin du cauchemar. L’explosif nucléaire menace la survie de l’humanité. Dès 1946, Einstein sait que « détourner cette menace est devenu le problème le plus urgent de notre temps ». Avec la conscience de cette mission à accomplir, il a trouvé le sens de la vie qu’il lui reste à vivre. Il mène une ardente campagne contre la bombe à hydrogène et prend vigoureusement le parti des victimes du maccartisme. Alors qu’il a soutenu en vain les projets de contrôle international de l’énergie atomique, le plan qu’il préconise est l’établissement d’un gouvernement mondial, et il l’annonce en 1947 dans une lettre ouverte aux Nations unies. Il multiplie les appels aux dirigeants et aux responsables des décisions qui engagent le destin du monde. Mais la mort vient le surprendre avant qu’il ait pu aboutir à un exposé définitif de sa théorie du champ unitaire et sans que ses paroles humanitaires aient été vraiment entendues.

R. T.

➙ Gravitation / Relativité.

 L. K. Barnett, The Universe of Dr. Einstein (New York, 1948 ; trad. fr. Einstein et l’univers, Gallimard, 1962). / P. Frank, Einstein, his Life and Times (Londres, 1948 ; trad. fr. Einstein, sa vie et son temps, A. Michel, 1968). / L. de Broglie, la Physique contemporaine et l’œuvre d’Einstein (Palais de l’Institut, 1949). / A. Vallentin, le Drame d’Albert Einstein (Plon, 1954). / H. Cuny, Albert Einstein (Seghers, 1961). / B. G. Kouznetsov, Einstein (Moscou, 1962 ; trad. fr., Gérard, Verviers, 1967). / B. Hoffmann et H. Dukas, Albert Einstein, créateur et rebelle (Éd. du Seuil, 1975).

Eisenhower (Dwight David)

Général et homme d’État américain (Denison, Texas, 1890 - Washington 1969).


Né dans une famille de condition modeste, il passe sa jeunesse à Abilene, dans le Kansas, où il reçoit l’empreinte du Far West entreprenant et indépendant. Sorti de West Point en 1915 comme sous-lieutenant d’infanterie, il allait, après diverses garnisons, partir pour l’Europe, lorsque intervint l’armistice de 1918. Dès lors, en dehors de ses stages à l’École d’état-major et à l’École de guerre, ses affectations les plus marquantes le conduiront trois ans à Panamá (1922-1924), un an en France (1928) et surtout quatre ans aux Philippines (1935-1939), où il se lie avec MacArthur*, découvre l’Extrême-Orient et passe à quarante-huit ans son brevet de pilote.

En décembre 1941, il est appelé comme jeune général à l’état-major de l’armée auprès du général George C. Marshall (1880-1959), qui, appréciant ses qualités d’ordre, de travail, de patience, le fait nommer en juin 1942 commandant du théâtre d’opérations d’Afrique du Nord. De Londres, puis de Gibraltar, il dirige en novembre le débarquement des troupes alliées en Afrique du Nord, qui aboutira à la rentrée de la France dans la guerre et, après la victoire de Tunisie, à l’éviction d’Afrique de la Wehrmacht (mai 1943). Très tôt, notamment du fait de la présence de Darlan* à Alger en novembre 1942, il doit affronter de difficiles problèmes politiques. Il réussit si bien qu’à Noël 1943 Roosevelt le nomme commandant en chef des forces alliées chargées de la libération de l’Europe. C’est à Londres qu’il monte l’opération « Overlord », qui exige un immense effort d’organisation mais aussi une grande détermination politique et stratégique, notamment pour imposer le point d’application de l’effort en Normandie*. La décision qu’il prend, le 4 juin 1944, d’ordonner, malgré un temps menaçant, le débarquement pour le surlendemain compte sûrement parmi les plus lourdes qu’un chef de guerre ait eu à assumer. Au cours de la campagne, il réussit constamment à affirmer la primauté de son commandement suprême. En moins d’un an, il réalise le but qui lui avait été fixé en obtenant à Reims la capitulation sans condition de l’Allemagne (7 mai 1945).

Après avoir été pendant plus de deux ans chef d’état-major des forces américaines, où il essaie, sans grand succès, d’unifier les trois armées de terre, de mer et de l’air, il prend sa retraite en février 1948 et accepte la présidence de l’université de Columbia. En décembre 1950, toutefois, au moment où la poussée chinoise en Corée devient menaçante, et où une psychose de guerre se développe en Europe occidentale, dont la défense apparaît fragile, le président Truman* le charge d’aller étudier sur place le moyen de renforcer l’efficacité du pacte de l’Atlantique Nord. Convaincu par expérience de la nécessité d’un commandement militaire unique, le général Eisenhower organise en juillet 1951 celui des forces alliées en Europe (Shape), dont il devient pour un an le chef au quartier général de Rocquencourt. En novembre 1952, il se présente comme candidat républicain à la présidence des États-Unis. Élu par 34 millions de voix contre 27 millions au démocrate Adlai Stevenson (1900-1965), il est réélu quatre ans plus tard par près de 36 millions d’Américains. Dans les deux cas, il s’agit cependant plus d’un succès personnel que d’une victoire de son parti.

Pendant huit ans, c’est la politique étrangère qui va accaparer la majeure partie de son activité. Comme chef de sa diplomatie, Eisenhower choisit John Foster Dulles*, partisan, vis-à-vis du bloc communiste, d’une attitude plus énergique que le « containment » démocrate, mais il fait preuve d’une grande prudence et tient à s’affirmer comme le « président de la paix » avec lequel il n’y aura ni excès ni précipitation. Estimant que ce n’est pas le rôle des États-Unis de s’engager militairement sur le continent asiatique, il profite de la détente consécutive à la mort de Staline pour mettre fin à la guerre de Corée (1953) et refuse, l’année suivante, d’intervenir aux côtés de la France en Indochine. Mais l’essor de la Chine populaire l’amène, en 1954, à créer l’Organisation du traité de l’Asie* du Sud-Est.