Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Égypte (suite)

Dans la peinture des tombes thébaines du début de la XIXe dynastie, les scènes empruntées à la vie populaire tendent souvent vers un pittoresque facile. On se complaît d’autre part aux représentations mettant en scène les figurations mystérieuses et angoissantes de l’au-delà, exécutées sur un fond jaune très caractéristique de l’époque ramesside (tombes de Deir el-Medineh).


L’art de la base époque jusqu’à la conquête d’Alexandre (332 av. J.-C.)

À la mort de Ramsès XI, le pays retomba dans sa bipartition originelle : des rois-prêtres régnèrent dans le Delta, tandis que les grands prêtres d’Amon, souvent parés du cartouche de pharaon, présidaient à Thèbes aux destinées de la Haute-Égypte. L’activité architecturale est restreinte sous les XXIe et XXIIe dynasties. À Thèbes, on se contente de restaurer les anciens monuments. Les fouilles effectuées avant la Seconde Guerre mondiale ont permis de mettre au jour, à Tanis*, une partie des sépultures royales de l’époque, qui témoignent de l’appauvrissement général et du déclin artistique.

Avec la conquête de l’Égypte par les souverains de la XXVe dynastie dite « éthiopienne », venus du Soudan, c’est, à la fin du viiie s. av. J.-C., le renouveau : fort pieux, les rois couchites (koushites) ont laissé les témoignages de leur activité tant dans leur capitale de Napata (près de la quatrième cataracte) qu’à Thèbes. Taharka fit dresser des colonnades-propylées aux quatre points cardinaux de Karnak.

La statuaire de la XXVe dynastie s’inspire des grandes œuvres de l’Ancien et du Moyen Empire. Certaines représentations de Taharka et de Montouemhat, le puissant préfet de la ville, sont d’une vigueur étonnante, tandis que les Divines Adoratrices, les Aménirdis et les Chepenoupet, présentent des images d’une élégante dignité. Il y a là des recherches de réalisme, à côté d’une tendance à l’archaïsme qui marque toute la Basse Époque, en particulier l’art saïte.

La XXVIe dynastie, originaire de Saïs, complète la renaissance éthiopienne. Bien peu a subsisté des constructions du Delta. Dans la nécropole thébaine, le quartier de l’Assassif se creuse de multiples galeries ; de puissantes superstructures de briques crues dominent des cours dont les murs s’ornent d’élégants reliefs. À côté de froides copies d’œuvres antérieures, la statuaire saïte se signale par de très beaux portraits sculptés dans des pierres dures, d’un poli extrêmement poussé ; particulièrement attachantes sont des têtes de prêtres, au crâne rasé, au visage grave et méditatif. La foi de l’ancienne Égypte se figeant en ce qu’elle avait de plus original, tel le culte des animaux sacrés, l’art animalier reste très vivace : statues de lions à la musculature puissante, de chiens, de chats, d’ibis ou de faucons, où le réalisme s’allie à un certain hiératisme.

Les deux dernières dynasties indigènes connurent un développement artistique qui indique que la sève égyptienne était loin d’être épuisée. Les Nectanebo de la XXXe dynastie, féaux de la déesse Isis et originaires de Sebennytos, ont procédé à de nombreuses constructions jusque dans l’île lointaine de Philae. Les cités du Delta, surtout, ont profité de leurs largesses : Memphis, Saïs, Tanis, Mendès, Sebennytos avec l’Iseum de Béhbet el-Hagar, où les reliefs sculptés dans le granité sont d’une vigoureuse élégance.


L’art de l’Égypte à l’époque gréco-romaine (332 av. J.-C. - 395 apr. J.-C.)

La conquête d’Alexandre ne marque nullement la fin de l’art égyptien. Celui-ci se perpétue après l’instauration de la dynastie des Lagides, d’origine macédonienne, en 306 av. J.-C. On admet, en revanche, que la civilisation égyptienne cesse d’exister en 392 de notre ère, lorsque Théodose proclame des mesures sévères contre le paganisme en Égypte.

Cependant, l’art de l’Égypte hellénistique et romaine est devenu hybride, combinant des apports extérieurs qui avaient d’ailleurs commencé à se faire sentir dès la dynastie saïte.

L’architecture connaît une remarquable éclosion à l’époque ptolémaïque. Chaque partie du temple (cour, salles hypostyles, saint des saints) est délimitée plus nettement ou possède même, comme à Kom-Ombo, son enceinte propre. Les façades du vestibule (pronaos) donnant sur la cour ont des colonnes reliées jusqu’à mi-hauteur par des murs-écrans couverts d’inscriptions et de reliefs. Enfin, près du temple principal est édifié un petit sanctuaire annexe qu’on a appelé mammisi, ou « temple de la naissance » : la déesse locale était censée s’y retirer pour enfanter le troisième personnage de la triade divine, auquel était identifié le roi.

Le temple d’Horus à Edfou, édifié par les Ptolémées de 237 à 150 av. J.-C., est le mieux conservé d’Égypte et le plus vaste après Karnak ; dépassant un immense pylône, on accède à une grande cour à portiques au fond de laquelle la façade du temple est rythmée par six colonnes que relient des murs-écrans ; deux salles hypostyles lui font suite ; enfin, deux vestibules précèdent le saint des saints, entouré de chapelles. Le mammisi, situé à l’avant de l’entrée du temple, se compose de deux chambres entourées d’un péristyle, dont les piliers sont surmontés de têtes de Bès, dieu de l’amour, de la danse et protecteur des accouchements. Le grand temple d’Hathor à Dendérah, œuvre des derniers Ptolémées poursuivie par l’empereur Auguste, est, comme celui d’Edfou, le type accompli du temple de Basse Époque.

Le premier, Nectanebo édifia un temple sur l’île de Philae. Mais ce sont les souverains lagides et les empereurs romains qui firent de cette petite île le joyau d’architecture que l’on espère sauver des eaux du haut barrage d’Assouan. Le grand temple d’Isis édifié par les Ptolémées est précédé d’un pylône derrière lequel se trouve le mammisi constitué par trois pièces en enfilade entourées d’un portique. On remarque encore dans l’île le temple d’Hathor, commencé par les Ptolémées et continué par Auguste, le charmant kiosque de Trajan et une chapelle élevée sans doute par les Antonins. Plus au sud, en Nubie, l’influence de l’art romain est sensible dans les temples de Kalabchah, Debod, Dendour, Dakkeh. À côté de ces monuments traditionnels, on trouve des édifices de conception gréco-romaine, même s’ils comportent des éléments égyptiens, comme au dromos du Serapeum de Saqqarah ou au petit Iseum de Louqsor.