Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

alimentation (suite)

La consommation

Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es (Brillat-Savarin).

La consommation des ménages français a absorbé, en 1975, 71 p. 100 de notre production alimentaire. Est-ce à dire qu’il y consacre la majorité de ses dépenses ? Si tel fut le cas jusqu’au milieu du siècle, il en va autrement depuis une décennie environ, où « le réfrigérateur, l’automobile et la machine à laver ont pris, ou sont en train de prendre dans le budget ouvrier la place du pain quotidien » (J. Fourastié). Selon la loi d’Engel (1857), à une augmentation du revenu correspond une diminution des dépenses alimentaires en valeur relative, mais non en valeur absolue. De 1959 à 1974, la part du budget alimentaire dans le budget familial est passée de 37 p. 100 à 25,85 p. 100, et elle ne sera plus que de 21,7 p. 100 en 1985. L’augmentation du revenu réel implique des modifications de structure de la consommation, en fonction, cependant, de l’élasticité des produits. Les produits de base (pain, pommes de terre, riz) ont un faible taux d’élasticité, alors que les produits élaborés (conserves, biscuiterie, confiserie) s’étendent à de nouvelles couches de la population. L’importance respective de ces produits dans l’alimentation de chacun constitue une différence essentielle entre divers types de consommation en rapport à la fois avec la catégorie sociale et le lieu de résidence (I. N. S. E. E., enquête 1965).

Les produits de base entrent pour une large part dans l’alimentation du paysan et de l’ouvrier. Résultat, chez le premier, de l’autoconsommation, ils sont, chez le second, le moyen de se nourrir à moindres frais. Faible consommateur de viande, à laquelle il substitue les produits de la ferme, le paysan est le plus fort consommateur de pain (131 kg par personne et par an) et l’ouvrier est le plus gros consommateur de pommes de terre (110 kg). En revanche, les produits élaborés sont prépondérants dans l’alimentation des classes aisées. Le budget alimentaire des cadres supérieurs, qui ne dépasse que de 15 p. 100 celui de l’ensemble des autres catégories sociales, reflète davantage par sa structure le souci de la qualité que celui de la quantité.

L’urbanisation a développé la consommation des produits élaborés. Le citadin en aime l’aspect pratique et il apprécie la variété de produits correspondant à un affinement de ses goûts : bière de luxe, biscottes, eaux minérales. Forte consommation de viande également dans les villes. La région parisienne vient en tête, alors que pour la pomme de terre elle occupe le dernier rang (72 kg par personne et par an). Le mode de vie urbain explique aussi la forte proportion des repas pris hors du domicile.

La personnalité régionale joue en faveur de certains produits. La consommation de beurre de 9 kg en moyenne par personne s’élève à 16 kg dans le Nord et à 5 kg dans le Midi, où l’huile est prépondérante.

Il faut aussi tenir compte du poids des traditions : elles ont suscité l’apparition, sur les marchés du midi de la France, de couscous et de pâtisseries arabes chers aux « pieds-noirs » émigrés. Le conservatisme freine l’expansion de produits nouveaux, de consommation parfois très faible, tels que les surgelés. Nous sommes encore loin du consommateur européen type, car aux particularités régionales s’ajoutent les particularités nationales.


Au service de la consommation

Échec pour « l’Océan congelé », succès pour « les rois d’Alaska ». Ainsi se réalisa une campagne publicitaire pour la chair de crabe congelée, lancée aux États-Unis par la société Wakefield, qui, d’une formule à l’autre, vit ses bénéfices se multiplier par six. Telle est la force de la publicité chargée de mettre en condition le consommateur ! En tête des annonces sur les écrans de cinéma, la publicité alimentaire est aussi très importante à la radio, à la télévision et par voie d’affichage. Il faut aussi citer la publicité à domicile, par correspondance.

L’emballage constitue une incitation supplémentaire à la consommation, à la fois par ses qualités esthétiques et pratiques. Conditionnement sous azote de denrées périssables pour en prolonger la durée, emballage fractionné en portions, bouteilles en plastique, bombe pour distribuer le produit en le mettant à l’abri de l’air, boîtes de conserve « auto-ouvrantes », autant de formules faites pour séduire le consommateur au moment du choix.

Produite, distribuée et, parfois même, consommée à la chaîne, notre alimentation, qui est l’aboutissement d’applications scientifiques toujours plus nombreuses, reflète la société de consommation.

S. L.

 A. Maurizio, Histoire de l’alimentation végétale (Payot, 1932). / M. Cépède et M. Lengellé, l’Économie de l’alimentation (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1954 ; 3e éd., 1970). / L. Vasseur, J.-J. Bimbenet et M. Hillairet, les Industries de l’alimentation (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1966). / Toute l’alimentation. Annuaire des organisations professionnelles de l’alimentation (Le Carrousel, 1968). / R. Livet, Géographie de l’alimentation (Éd. ouvrières, 1969). / J.-J. Hémardinquer, Pour une histoire de l’alimentation (A. Colin, 1971).

alimentation rationnelle du bétail

Alimentation qui a pour objectif l’établissement de rations susceptibles de couvrir, dans les meilleures conditions économiques, les besoins nutritifs des animaux.


L’alimentation joue un rôle essentiel dans l’amélioration des productions animales. Sans alimentation correcte, les animaux sont incapables d’exprimer leurs potentialités : leurs productions baissent, ils deviennent plus sensibles aux maladies et aux divers accidents. L’alimentation constitue aussi le principal poste de dépenses dans l’établissement des coûts de production, et elle doit donc être rationnelle pour être au mieux valorisée.


Les différents types de besoins

Les besoins des animaux ont une double nature.


Les besoins d’entretien

Ils correspondent au métabolisme de base. Toutefois, ce dernier est majoré d’environ 10 p. 100 pour l’évaluation des besoins d’entretien, afin de tenir compte des dépenses dues à l’activité des animaux dans les conditions normales d’élevage et éventuellement de la régulation thermique. Les besoins d’entretien varient avec l’espèce, le poids, le sexe, la race et les conditions d’élevage.