Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
E

Égypte (suite)

Textes didactiques

• La Sagesse du vizir Ptahhotep (Ve dynastie) est le plus ancien qui nous soit parvenu ; les instructions du vizir à son fils (son « bâton de vieillesse ») vont des conseils les plus matériels de bonne tenue en société jusqu’aux règles morales et spirituelles que se doit d’observer l’honnête homme : respect de la famille et de la hiérarchie sociale ; simplicité, humilité (« Ne donne pas d’importance aux richesses, qui te sont venues comme un don du dieu ») ; goût du travail et de la connaissance ; pratique de la charité ; maintien de la paix et de la concorde entre les hommes (« Que l’amour que tu ressens passe dans le cœur de ceux qui t’aiment, fais que les gens soient aimants et obéissants ») ; soumission aux volontés divines (« Ce ne sont pas les desseins des hommes qui se réalisent, mais bien le désir du dieu »). Ce traité de morale laïque est le reflet d’une haute conception humaniste de la vie, dont les Maximes d’Ani continueront la tradition.

Ce « genre » est utilisé au profit de la royauté, après que celle-ci (à la fin de l’Ancien Empire) a connu ses premières difficultés ; plusieurs souverains adressent alors à leur fils, en ces instructions, un véritable « testament » moral et politique. Dans les Instructions de Kheti à Merikarê (fin de la Xe dynastie), le dieu « bon pasteur » confie au roi les hommes pour qu’il les protège (« Le roi a été créé par la divinité comme un soutien pour l’échiné des faibles ») ; celui-ci gouvernera dans un éminent souci de justice (« Plus précieuse au dieu est la vertu du juste que le bœuf du méchant »), en toute intelligence, clairvoyance, maîtrise de soi (« Fais-toi un monument durable par l’amour qu’on te porte »), dans le respect des traditions qui sont une garantie de sagesse (« Comme la bière, la sagesse se prépare longuement »).


Textes littéraires

Ils fleurissent à partir du Moyen Empire, lorsque l’emploi du papyrus (support léger et maniable) se vulgarise, à l’époque où la langue égyptienne acquiert sa plus grande maîtrise.

• Les contes et romans sont de sources diverses. Certains, typiquement égyptiens, sont un exercice purement verbal : le Paysan, où un beau parleur volé en chemin saura se faire rendre justice après neuf longs plaidoyers écrits en un style vif. imagé, rutilant d’allitérations et consonances, émaillé de maximes.

Le penchant oriental pour les enchantements inspire des contes merveilleux (préludes aux Mille et Une Nuits et aux féeries de Perrault) : les Contes du papyrus Westcar, où le roi Kheops, qui s’ennuie, s’entend conter, par chacun de ses fils, des histoires de magiciens (ainsi Djadjaemankh savait, bien avant Moïse, fendre en deux un élément liquide pour le traverser à pied sec) ; le Conte du prince prédestiné (plus tardif : Nouvel Empire), dont le destin fut façonné à sa naissance par les sept Hathors.

Parfois, des éléments historiques se laissent deviner dans le récit de certaines aventures : romans historiques, affabulations masquant des faits réels. Dans les Aventures de Sinouhé, un dignitaire palatin en fuite, Sinouhé, après maintes péripéties, devient chef d’une tribu du désert avant de rentrer triomphalement à la cour de Sésostris Ier. Coureur d’aventures ? Agent secret ? Le style de l’œuvre, classique, est sobre et beau. La Prise de Jaffa dévoile comment un général de Thoutmosis III conquit la ville en utilisant une ruse qui sera celle d’Ali Baba. Le Voyage d’Ounamon (XXe dynastie) conte les aventures d’un marchand parti quérir des cèdres au Liban.

Les grands mythes du monde méditerranéen déjà sont présents ; naufrage, refuge dans une île merveilleuse où un être divin (serpent) détient des pouvoirs ou une plante magique (Conte du naufragé ; voir Gilgamesh, Ulysse, Sindbād) ; thème de la femme rejetée qui dénonce, par vengeance, un faux adultère, mythe solaire des métamorphoses (Conte des deux frères ; voir Joseph et Putiphar, Phèdre et Hippolyte, Protée).

• La poésie amoureuse est un genre très en vogue au Nouvel Empire ; les images sensibles, de fervente impudeur, les thèmes amoureux inspireront directement les chants de Salomon et, plus tard, les poètes alexandrins (« Ton amour est dans ma chair comme un roseau dans les bras du vent »).

• Les fables, conservées sur ostraca, en substituant les animaux aux hommes (le Loup et le Chevreau...), tirent des événements une morale aisée. Esope, ensuite, et plus tard La Fontaine useront du procédé.

• Les Égyptiens n’ont point cultivé le genre satirique. Toutefois, le texte que nous appelons la Satire des métiers, dont le but est de vanter l’état de scribe, dénigre joyeusement et plaisamment les autres professions.

• Philosophie ? Pas de dissertation abstraite ; à ce peuple épris de vie les réalités du monde suffisaient ; quant à l’au-delà, les dieux et les formules y pourvoyaient. Toutefois, pendant la période trouble qui sépara l’Ancien du Moyen Empire (2280-2050 av. J.-C.) et qui vit l’écroulement de la première institution pharaonique, l’individu, rejeté brutalement hors des limites rassurantes d’une société centralisée, ressentit, au cours d’une crise morale qui sera la seule de l’histoire d’Égypte, l’angoisse de l’existence et le doute du lendemain. Une réflexion philosophique naît alors. Des textes d’une grande beauté décrivent la solitude apeurée de l’homme, dont le seul recours semble la mort : les Lamentations d’Ipou-our ; le Dialogue d’un désespéré avec son âme (« La mort est aujourd’hui devant moi, comme le parfum de la myrrhe, comme lorsqu’on se tient sous la voile par grand vent »). Mais, 2 000 ans avant Épicure, l’autre remède à la « peur existentielle » constituera, aux rives du Nil, le thème des Chants du harpiste (« Suis ton cœur et les plaisirs que tu souhaites. Fais un jour heureux » : la philosophie de l’instant était née).


Textes historiques

Certes des allusions, plus ou moins évidentes, aux événements historiques se rencontrent dans certains contes ou romans, ou dans les biographies que, dès l’Ancien Empire, les nobles faisaient sculpter sur les parois des chapelles de leurs mastabas.